Pollution sonore : les pistes pour combattre un fléau à 156 milliards d’euros

Selon l’ADEME, le coût social du bruit en France s’élève à 156 milliards d’euros par an. Un chiffre astronomique né de l’impact des transports, du voisinage et du milieu de travail sur la santé humaine, la productivité et l’immobilier. Plusieurs pistes sont déjà envisagées pour bâtir un urbanisme durable.

Il y a des pollutions plus médiatisées que d’autres. Mesurée depuis plusieurs années, on sait par exemple que la pollution atmosphérique cause en moyenne la mort prématurée d’au moins 40 000 personnes chaque année en France. De même, la mesure de la pollution de l’eau ou de la pollution des sols font fréquemment le tour des rubriques environnementales. En parallèle, des formes de pollution moins manifestes, mais tout aussi dommageables restent encore méconnues du grand public. La plus emblématique est certainement la pollution sonore, dont on mesure tout juste l’étendue des conséquences sur la santé humaine. Dans son étude publiée en juillet 2021, l’ADEME (Agence de la transition écologique) et le Conseil National du Bruit offrent un éclairage cru sur cette nuisance avant de proposer une liste de solutions concrètes et rapidement applicables.

Le bruit : seconde pollution la plus dommageable après celle de l’air

Le son des villes nous accompagne tout le long de nos journées, de notre logement à nos transports jusqu’à notre lieu de travail et nos espaces de loisirs. Son invisibilité est aussi dangereuse que son omniprésence. Selon une étude de l’OMS de 2018, le bruit représente le second facteur environnemental provoquant le plus de dommages sanitaires en Europe, derrière la pollution atmosphérique. Ses origines sont triples : d’abord les transports avec de très loin la voiture comme premier poste, ensuite les nuisances de voisinage comme les soirées en appartement, les bars en bas de la rue et les chantiers de construction, enfin certaines activités professionnelles bruyantes comme l’industrie, l’école ou l’hôpital. Quant à l’impact du bruit, il est tant sanitaire qu’économique. En matière de santé, les études révèlent qu’une surexposition au bruit entraîne gêne, insomnie, maladies cardiovasculaires, obésité, troubles de la santé mentale et difficultés d’apprentissage. Sur le plan économique, on constate une importante perte de productivité au travail ainsi qu’une relative dépréciation immobilière des zones concernées. Des coûts marchands et non marchands qui s’élèvent à 155,7 milliards d’euros par an selon l’ADEME.

Des propositions concrètes pour séreniser la ville

Parmi ces 156 milliards d’euros, près de 106 milliards correspondent au bruit des transports (51,8% rien que pour le transport routier, 9,4% pour l’avion, 7,2% pour le train), 26 milliards sont liés aux bruits de voisinage (principalement les particuliers) et 21 milliards pour le milieu du travail. Pour lutter contre ce fléau sanitaire et économique, l’Agence de la transition écologique engage les décideurs à mener des politiques conjointes de lutte contre la pollution sonore et atmosphérique. Quatre pistes ont été particulièrement retenues car elles proposent un ratio bénéfice/coût avantageux. D’abord la réduction de la vitesse autorisée de 10 km/h sur les voies rapides en agglomération. Cette proposition fait suite à des expériences concluantes de baisse de l’exposition au bruit et à la pollution de l’air à Lyon, Grenoble et Toulouse. Ensuite l’instauration de Zone à Faibles Émissions (ZFE) comme le pratique la métropole du Grand Paris, en gardant à l’esprit la contrainte d’intégrer le risque d’exclusion des populations les plus défavorisées. Autre mesure, l’amélioration de la qualité acoustique des bâtiments scolaires, notamment par le remplacement des fenêtres. Enfin, la création d’une charte de « chantier propre » à faible nuisance où les émissions de particules et de bruit intense seraient plafonnées en termes de décibels.

Electrification des véhicules, végétalisation urbaine, régulation de l’urbanisme

D’autres mesures plus ambitieuses et structurelles sont également mentionnées dans l’étude de l’ADEME. Parmi elles, une transformation de l’urbanisme par un éloignement des bâtiments, l’insertion de zones tampons et d’écrans acoustiques qui absorbent le son. La végétalisation des zones urbaines est évidemment conseillée, qu’il s’agisse des façades des bâtiments, de leurs toitures, mais aussi des espaces publics comme le tramway. Autre piste : la réduction et la régulation du trafic routier, responsable de 68,4% du coût économique et sanitaire du bruit en France. Cela passe par l’incitation à la mobilité douce, la création de voies dédiées au covoiturage et à l’auto-partage de véhicules, mais aussi par une gestion centralisée des feux et la déviation du trafic de transit et de fret. Enfin, l’étude conseille de soutenir l’achat de véhicules électriques par subvention d’achat et installation de bornes de recharge, mais aussi de favoriser le passage à des moteurs hybrides et GnV (gaz naturel) ainsi qu’à des véhicules plus légers pour les livraisons en centre-ville. Une kyrielle d’initiatives que l’ADEME reconnaît ne pas toujours être applicables car souvent conditionnées à de multiples contraintes locales. C’est d’une véritable volonté politique nationale que naîtra une stratégie structurelle de lutte contre la pollution de l’air et du son

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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