Rétrofutur : quand les innovations du passé répondent aux enjeux actuels

L’histoire des technologies et de l’innovation recèle de savoir-faire méconnus qui s’avèrent cruciaux dans la transition énergétique actuelle. Des low-tech antiques à énergie renouvelable qui démontrent les intérêts de la rétro-innovation.

L’histoire des innovations énergétiques n’est pas un récit linéaire dans lequel le progrès humain trace une courbe sans cesse ascendante. Les énergies fossiles ont certes permis notre essor civilisationnel, mais leur surexploitation nous contraint désormais à innover en pensant frugalité et sobriété. Or, notre passé regorge de technologies antiques qui sont restées en sommeil pour des raisons politiques, économiques ou sociologiques. Dans le livre Rétrofutur, une contre-histoire des innovations énergétiques, Cédric Carles, Thomas Ortiz et Éric Dussert révèlent la richesse de ces innovations et leur pertinence au regard des enjeux énergétiques actuels. Un certain éloge de la rétro-innovation que défendent ces trois membres de l’association Paléo-énergétique

Maison solaire, cargo-voilier et dirigeable

Parmi elles, la maison solaire autosuffisante à 75%. Conçu en 1948 par la bio-physicienne Maria Telkes, cet habitat quasi autonome en chauffage a été largement oublié dans les décennies qui ont suivi. Seul le chauffe-eau solaire intégré à la maison de Telkes connaîtra le succès qu’il mérite, vendu par milliers dans les années 1950 aux États-Unis. Aujourd’hui, les maisons autonomes fleurissent, notamment sous la forme de tiny house. On notera aussi la résurgence des moulins à vent qui, après des siècles d’usage et une quasi-disparition à l’ère du fossile, retrouvent leur place par le biais des éoliennes maritimes et terrestres. Même son de cloche pour la navigation marchande et ses navires à voiles qui font aujourd’hui leur retour sous forme de cargo-voilier. C’est aussi le cas du dirigeable dont l’accident médiatique de 1937 n’a pas totalement scellé le sort comme nous l’expliquions ici

En 1979, Jimmy Carte installe des panneaux solaires thermiques sur le toit de la Maison Blanche.
Marie Telkes

L’attrape-vent

Élément traditionnel de l’architecture persane de 1300 ans av. J.C, le badguir est utilisé depuis des siècles pour créer dans les régions chaudes du Moyen-Orient une ventilation naturelle dans les bâtiments. Ces attrapes-vent sont dotés de plusieurs conduits verticaux séparés dont une partie expulse l’air chaud des habitations et l’autre accueille l’air frais de l’extérieur. Cette circulation des courants est rendue possible par la légère différence de pression entre la base et le sommet des colonnes, permettant de faire remonter les courants chauds et de faire redescendre les vents frais. Pour maximiser le rafraîchissement des habitations, un bassin est souvent situé en dessous de l’attrape-vent afin de produire une évaporation fraîche. C’est aussi une manière de stocker de l’eau à des températures froides pendant l’été. Les architectes iraniens plébiscitent ces systèmes de ventilation naturelle et de conservation de l’eau. Ne nécessitant ni consommation d’énergie ni matériaux rares, le badguir retrouve aujourd’hui ses lettres de noblesse en Occident.

La tour solaire

Le vent est un allié tout aussi précieux que le soleil dans la production d’énergie renouvelable. Un potentiel qu’exploitent les tours solaires pour produire de l’électricité. Le principe consiste à installer au sol des capteurs à air chaud qui vont transférer leur énergie dans la cheminée et actionner des turbines. Cette cheminée a été créée à la fin du XXe siècle par un ingénieur anglais. Les premiers modèles furent accolés à une maison pour la chauffer de façon renouvelable. Si l’idée n’a pas connu de grande notoriété, en Israël en revanche, la très récente tour Ashalim, haute de ses 240 mètres, reprend ce principe de tour solaire. Elle devrait fournir 1% de l’électricité du pays, soit l’équivalent de la consommation d’une ville de 120 000 foyers. Preuve que les innovations du passé peuvent s’appliquer de façon industrialisée à des projets ambitieux. À la lecture de Rétrofutur, on mesure à quel point l’histoire de la technique n’est pas une histoire constante de progrès et d’avancée. Au point que c’est probablement dans l’histoire préindustrielle, celle qui n’était pas encore abreuvée des énergies fossiles, que se trouvent les innovations de demain. 

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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