Les modèles de gouvernance à suivre en 2022

L’année qui vient est constellée de nouvelles ambitions en matière d’organisation sociale. L’expérimentation d’une semaine de 4 jours, l’essor de la première coopérative dédiée aux VTC, la constitution d’une Convention des entreprises pour le climat… Tour de table de ce qui pourrait faire à 2022 un virage sociétal.

Les fêtes de fin d’année se terminent et vos discussions n’ont tourné qu’autour de sujets clivants type climat, chasse et foie gras ? Pour rafraîchir la liste et proposer des sujets légers et encourageants pour les prochains repas, voici une liste de trois beaux espoirs qui pourraient coiffer l’année 2022. Des signaux faibles qui n’ont pour le moment pas d’envergure nationale, mais qui pourraient devenir des moteurs de changements sociétaux.

500 chauffeurs Uber créent la première coopérative VTC française

On connaît le leader du VTC au moins autant pour ses turpitudes socio-économiques que pour ses services de transport. Propension à payer de très faibles impôts, prix des courses imposé aux chauffeurs, système d’auto-entreprise malgré un lien évident de subordination… Pour au moins ces trois raisons, des centaines de chauffeurs ont décidé fin novembre de lancer une coopérative indépendante. On ne parle pas là d’une petite initiative locale sans investissement, mais d’une future coopérative d’ores et déjà soutenue par la ville de Saint-Denis, l’Ademe et le conseil départemental du 93, lequel a intégré le capital à hauteur de 25 000 €. Plus de 500 chauffeurs ont d’ailleurs déjà payé les 300 euros nécessaires à l’entrée au capital, et des centaines d’autres semblent déjà intéressés selon le secrétaire général de l’Intersyndicale nationale VTC, à l’origine du projet. La future coopérative ne vise certes pas à concurrencer Uber tout de suite, mais ses ambitions sont réelles. La Scic, dont le nom n’est pas encore établi, visera à assurer des courses commandées à l’avance par des entreprises et des collectivités, notamment pour les Jeux Olympiques de Paris 2024. Une première pierre dans la “ désubérisation ” de l’économie et le retour du Code du Travail dans les habitacles, alors que de nombreux tribunaux européens requalifient en contrat de travail le statut de ces auto-entrepreneurs.

L’expérimentation d’une semaine de 4 jours

Pour ceux qui bénéficient déjà d’un contrat de travail, la lutte ne porte plus sur le statut, mais bien sur le temps de travail. C’est ainsi que l’Espagne teste dès à présent la semaine de quatre jours au sein de 200 entreprises volontaires, dont les salariés verront leur temps de travail passer de 40 à 32h par semaine. Les entreprises sélectionnées sont de tailles et secteurs différents pour mieux observer l’impact de la réduction du temps de travail sur la productivité et le bien-être des employés. En France, si l’expérimentation reste plus timorée, elle a cependant le mérite d’exister. De plus en plus de PME libèrent le vendredi de leurs salariés, et modulent la semaine de travail entre 35 et 39 heures sur 4 jours, sans perte de salaire. Une manière de rendre les entreprises attractives et d’améliorer le bien-être au travail dans un contexte sanitaire difficile. L’entreprise Welcome to the Jungle l’expérimente ainsi depuis plusieurs mois, comme le commerçant d’électronique LDLC, ainsi que de nombreuses TPE. Le Centre des jeunes dirigeants (CJD) a quant à lui sondé ses 2600 membres sur la question d’une semaine à 4 jours. Contre toute attente, plus de la moitié des dirigeants interrogés se dit prête à tester la formule. Si la semaine de quatre jours ne sera sûrement pas généralisée en 2022, la démocratisation du débat sur la pertinence de ce modèle est un premier pas décisif vers un modèle d’équilibre.

L’espoir de la Convention des entreprises pour le climat

Côté employeur, le bon modèle de gouvernance ne se trouve pas seulement du côté de ses salariés, mais aussi du côté du carbone. Après la Convention citoyenne pour le climat, 150 entreprises se sont lancées dans leur propre convention en septembre dernier. De grandes structures comme Heineken France, Bouygues Immobilier, UPS et EM Lyon Business School, mais aussi des structures plus intermédiaires comme la MACIF, le Palais de Tokyo, Les Nouveaux Fermiers et Les Marmites Volantes. Jusqu’en juin 2022, ces dirigeants vont élaborer des feuilles de route pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici 2030. L’objectif est d’inspirer les secteurs qu’ils représentent, d’où la diversité sectorielle de la convention (construction, culture, énergie, alimentation etc.). Malgré la difficulté à obtenir la participation de grosses entreprises, 30 dirigeants de structures de plus de 1000 salariés ont finalement été intégrés. Si les feuilles de route environnementales sont sincères et ambitieuses, l’influence de cette convention économique pourrait être déterminante sur la politique climatique à venir. La politique étant ce qu’elle est, on imagine bien que le gouvernement écoutera davantage des dirigeants d’entreprises que des citoyens tirés au sort.

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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