Laurence Moulin (CEW) : notre mission est de donner du sens à la beauté

Le CEW (pour Cosmetic Executive Women) est le 1er réseau international des professionnels de la beauté. Il rassemble aujourd’hui 10 500 membres regroupés aux US, au UK et en France. C’est un réseau engagé, qui met la beauté au service de l’utilité sociale. Il organise sa prochaine Journée de la Beauté (mercredi 22 septembre) sur le thème “Mission beauté”, où il questionnera le rôle du secteur en matière environnementale, sociale et sociétale. Rencontre avec Laurence Moulin, la directrice générale du CEW qui nous en dit plus sur les enjeux RSE du secteur et sur la prochaine Journée de la Beauté, dont The Good est partenaire.

The Good : Votre signature « We move beauty forward » et vous vous décrivez comme un réseau « engage native ». Pouvez-vous nous en dire plus quant à votre rôle/ votre mission dans le monde des professionnels de la beauté ? 

Laurence Moulin : Le CEW, Cosmetic Executive Women, est à l’origine un réseau féminin, désormais mixte, qui existe depuis 60 ans aux Etats-Unis. En France, il a été créé il y a 35 ans sous l’impulsion d’un groupe de dirigeantes qui voulait se réunir, s’entraider mais aussi donner plus de sens à leur carrière dans le parfum et la cosmétique, souvent taxée de « futile ». De cette volonté sont nés, les « Centres de Beauté »  qui proposent des soins socio-esthétiques individuels gratuits aux patients hospitalisés. Comme le rappelle souvent Françoise Montenay, présidente du CEW France et des Centres de Beauté, «apporter une offre bien-être et beauté à l’hôpital, était une démarche extrêmement novatrice à l’époque». Aujourd’hui ce sont plus de 36 000 soins prodigués dans 39 établissements, et plus personne ne doute des bienfaits majeurs de cet accompagnement.

Le CEW France s’appuie donc sur 2 piliers conduits par les mêmes valeurs de partage et de volonté de « donner du sens à la beauté ». Un pilier caritatif avec les Centres de Beauté et un pilier professionnel où nous apportons à nos membres un lieu d’enrichissement et de networking pour nourrir son métier au quotidien et réfléchir ensemble à un futur de la beauté innovant et responsable connecté aux évolutions de la société.

TG : Le CEW organise le 22 septembre prochain sa Journée de la Beauté annuelle sur le thème de « Mission Beauté ». Comment ce thème a été choisi ? Comment s’est-il imposé à vous ? Quels seront les grands moments de cette journée ? 

LM : La Journée de la Beauté est le grand rendez-vous du CEW dédié à l’analyse des futures tendances et transformations qui impactent ce secteur. Un événement pour tous les professionnels de la beauté, car articulé chaque année autour d’un grand thème clef qui engage l’avenir de cette industrie.

Après 18 mois de pandémie, dans un contexte de phénomènes climatiques extrêmes qui se multiplient et de mouvements sociétaux comme #meetoo et #Blacklivesmatter qui explosent, le thème « Mission Beauté » s’est naturellement imposé. Comment, dans un monde où on attend de plus en plus que les entreprises agissent pour le bien commun, le secteur de la beauté redéfinit ses priorités, accélère ses transformations et répond à ces nouveaux impératifs ?

Lors de cette Journée, co-construite avec un groupe d’experts, membres du CEW, et Laurence Dorlhac, journaliste beauté de France 2, qui l’anime également, nous aborderons à la fois l’urgence environnementale, les exigences sociétales et l’engagement social. Pour débattre de ces « missions de la beauté », partager les expériences, les difficultés et les solutions, en se tournant vers l’avenir, nous avons réuni un plateau de 25 intervenants composé de scientifiques, conseils en stratégie, bureau de tendances, instituts d’études, marques et industriels. Ce prisme de la mission nous tient très à cœur car elle est en droite ligne avec les convictions et les engagements du CEW France.

TG : Quelles sont aujourd’hui les attentes des consommateurs et des consommatrices en matière de RSE sur le marché de la beauté ?

LM : Le consommateur est aussi un citoyen (plus ou moins militant) qui réagit en fonction de la communauté à laquelle il appartient, son âge, son lieu de vie et beaucoup d’autres critères. Pour appréhender ses attentes vis-à-vis des entreprises, les experts s’accordent pour dire qu’il faut le considérer dans toutes ses dimensions.

Plus préoccupé que jamais par sa santé et celle de la planète, mais aussi plus informé, ce consommateur prend conscience de l’importance de privilégier des produits « clean », à la fois sans danger pour lui et respectant des process de fabrication soucieux de leur impact environnemental. Ces attentes passent par une exigence accrue de transparence vis-à-vis des entreprises sur toute la chaîne de fabrication, du sourcing à la vente : ingrédients, formules, packagings, usines, transport, mais aussi respect de l’humain et des terroirs. Quels chemins pour relever la multitude des défis ? Quels sont les enjeux les plus cruciaux ? A quelles échéances ? C’est tout ce que nous allons creuser lors de la Journée de la Beauté.

A ces attentes industrielles, s’ajoute aujourd’hui pour les entreprises et les marques un devoir d’engagement sociétal. Pour la beauté dont les produits et gestes touchent au bien-être, au corps, à l’estime de soi, la demande de diversité et d’inclusivité est au cœur des préoccupations. Nous y consacrerons toute une session. Mais nous irons au-delà, parlerons d’utilité sociale, et jusqu’où une marque doit-elle se sentir investie d’une mission justement ? 

TG : Quels sont aujourd’hui les enjeux prioritaires en matière d’impact écologique, environnemental, social et solidaire sur le marché de la beauté ? Quelles sont les difficultés rencontrées ? Est-ce qu’un marché de la beauté 100% durable est une utopie ? 

LM : Face à l’urgence de la situation climatique, les prises de conscience se renforcent et désormais il ne s’agit plus seulement d‘afficher une volonté, il faut une feuille de route aux objectifs ambitieux et des outils pour mesurer l’efficacité des actions pour réduire les bilans carbone, respecter la biodiversité, limiter les pollutions et l’utilisation des ressources naturelles. La pandémie a aussi montré certaines limites des institutions et les citoyens se retournent vers les entreprises pour faire bouger les lignes.

Comme le mentionnait un expert lors d’un échange préparatoire : « S’il est vrai que le rôle d’une entreprise est de se remettre en question et d‘être agile, il faut reconnaître que depuis 10 ans entre la révolution digitale, les exigences environnementales et les mutations sociétales, elles doivent faire face à un nombre considérable de transformations en peu d’années. C’est  pourquoi cette journée se veut aussi le reflet des convictions du CEW, en privilégiant l’encouragement, la bienveillance et une implication collective de ces enjeux qui nous engagent tous.

Infos et inscriptions à la Journée de la Beauté du 22 septembre : ici.

*Photo de Laurence Moulin issue d’une opération digitale « fier d’être membre du CEW » au profit des Centres de Beauté CEW et de Abri de femmes  ©parislovetrash ©galerietaglialatella

Emilie Thiry
Ex publicitaire reconvertie dans la communication corporate en 2011, puis dans la politique en 2015, Emilie est depuis juillet 2020 en charge du consulting et de la diversification des offres d’INfluencia. Elle dirige à ce titre The Good, la plateforme dédiée à la transformation écologique, sociale et solidaire des entreprises et des marques. Elle anime également un séminaire sur le monde de la communication en Master 2 Conseil éditorial à Sorbonne Université. Emilie est diplomée de l’IEP de Strasbourg et ancienne élève du CELSA.

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