Les Jardins Collectifs de l’Ourika : un programme d’expérimentation éthique signé Yves Saint Laurent Beauté

Terre de cœur d’Yves Saint Laurent depuis 1966, le Maroc voit un nouveau projet expérimental naître sur ces sols. Après le Jardin Majorelle et le musée YSL Marrakech, les Jardins Collectifs de l’Ourika. Laboratoire d’observation et d’expérimentation, ces jardins accueillent des plantes cultivées par des femmes de la région, à partir desquelles sont façonnés les produits de la marque. Comment concilier le savoir-faire et l’artisanat ancestral des communautés locales avec les standards d’une marque cosmétique luxe ? Comment cette initiative s’inscrit-elle au cœur de la démarche RSE YSL Beauté ? Les cosmétiques peuvent-ils vraiment aspirer à un avenir responsable ? Comment s’organise la transition écologique sociale et solidaire d’YSL Beauté ? Et du secteur du luxe et de la cosmétique ? Rencontre avec Caroline Nègre, Directrice scientifique d’Yves Saint Laurent Beauté pour faire le point. 

The Good : Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet de création des Jardins collectifs de l’Ourika ?

Caroline Nègre : Tout a commencé en 2013, à l’occasion du développement de la ligne Soins d’Yves Saint Laurent Beauté, Or Rouge. Au terme de plusieurs années de recherche, nous avons découvert les propriétés exceptionnelles d’une variété de safran, récoltée dans les plaines de l’Atlas au Maroc. Une terre reconnue pour sa culture florissante, et qui a toujours présenté une source d’inspiration essentielle pour Yves Saint Laurent. 

Nous avons alors accompagné les femmes marocaines qui récoltent le safran, pour la création d’une coopérative. Puis nous avons créé un premier jardin en 2015 pour la culture de nos ingrédients, et enfin en 2017, ce nouveau jardin dont la superficie est de 2 hectares, et qui contient une zone botanique expérimentale pour nos recherches cosmétiques. 

The Good : En quoi cette expérimentation incarne-t-elle les valeurs d’YSL Beauté et comment cette démarche s’inscrit-elle dans une dynamique RSE de marque au sens plus large ?

C.N. : Au départ, c’est l’homme qui a inspiré cette aventure à plusieurs niveaux : Yves Saint Laurent a toujours exprimé sa volonté d’accompagner l’indépendance et l’autonomie des femmes. Grâce au jardin et aux revenus générés par la coopérative, le niveau de vie de 32 femmes s’est trouvé nettement amélioré. Implanter ce projet au Maroc -la terre de cœur d’YSL était aussi une façon de poursuivre son œuvre, lui qui voulait « participer à la transformation du monde ». 

Aujourd’hui grâce à cette initiative, YSL beauté s’engage pour avoir un impact positif sur la biodiversité : il permet de garantir une meilleure traçabilité et une récolte responsable de nos ingrédients signature, parmi les 200 espèces qu’il compte, avec notamment un projet de certification bio à venir. Et via un programme de reforestation, nous garantissons la plantation d’arbres pour un impact plus fort sur la région et la biodiversité.

The Good : Le marché de la beauté et du luxe ne cesse de déployer de nouvelles initiatives intégrant l’environnement et le social au cœur de sa stratégie de développement. Parmi la foule de nouvelles pépites éco-bienveillantes, y a t-il des marques/démarches/initiatives qui vous inspirent ?

C.N. : Effectivement, il y a une vraie prise de conscience des marques liée aux attentes grandissantes du consommateur qui porte un nouveau regard sur le sens donné à ses achats. C’est un challenge que le groupe l’Oréal a su relever depuis déjà plusieurs années et dans lequel, la marque YSL Beauté s’inscrit en cohérence avec son histoire et ses valeurs.

YSL Beauté travaille en partenariat avec Pur Projet autour de ces sujets, leur démarche permet aux marques d’avoir un réel impact positif à travers toute une panoplie d’actions qui permet de limiter l’impact de nos activités sur l’environnement.

The Good : En 2020, le consommateur attend toujours la qualité, mais la transparence doit avant tout primer. Comment YSL Beauté intègre-t-il concrètement ces nouveaux enjeux dans son processus de production/communication ?

C.N. : Tout à fait, c’est l’enjeu majeur que les marques doivent intégrer au-delà de la qualité.

YSL Beauté a mis la transparence au cœur de ses objectifs de communication en créant sur notre site yslbeauty.com des pages dédiées à la fabrication de nos produits que ce soit pour le soin, le parfum et le maquillage. Afin de répondre aux exigences sur la composition, un glossaire répertorie l’ensemble des ingrédients utilisés en soin et bientôt 400 matières premières seront référencées.

Cette démarche nous l’appliquons jusqu’à l’étiquetage, comme par exemple sur les emballages de la gamme de soin Pure Shot, indiquant la provenance de nos ingrédients.

Cette démarche, nous la poussons également dans nos espaces de vente YSL Beauté où un espace est dédié aux engagements de la marque.

The Good : Le marché des cosmétiques luxe prend-il réellement un virage green ?

C.N. : Le virage est pris par le consommateur qui attend des marques de pouvoir consommer de façon responsable, « moins mais mieux ». La génération Z porte des convictions fortes et veut une prise de conscience de ses aînés. C’est elle qui dicte le marché et les marques doivent pouvoir répondre à ces attentes si elles veulent rester connectées à leurs consommateurs. Au-delà de devenir une marque « green », les marques de luxe jouent désormais la carte de la transparence et de la responsabilité.

La mission qu’YSL beauté s’est fixée est de leader ce changement en prenant des engagements forts – que ce soit au niveau environnemental et social – mais surtout d’agir avec des actions concrètes au-delà du savoir-faire.

The Good : Quels sont les enjeux du Good spécifiques à ce marché et comment les dépassez-vous ?

C.N. : Les enjeux sont communs à toute l’industrie et concernent aussi bien le développement que la commercialisation de nos produits. En cohérence avec ses valeurs, YSL Beauté a décidé d’aller plus loin en s’engageant sur une cause mondiale : celle des violences conjugales (IPV). « Abuse is not Love » (Aimer sans abuser) est un programme créé en partenariat avec des ONG locales pour aider à lutter contre les violences faites aux femmes à travers la sensibilisation aux signes de violence et à l’éducation des plus jeunes. La campagne “les 9 signes” a été lancée le 16 novembre dernier en France, au Royaume-Uni et aux USA. Notre objectif est de sensibiliser 30 millions de personnes d’ici 2030.

The Good : Quels sont vos objectifs concrets pour les années à venir ? Avez-vous déjà des chiffres à nous communiquer sur l’évolution de votre feuille de route RSE ?

C.N. :  L’ensemble des engagements de YSL Beauté s’inscrit dans la feuille de route du groupe L’Oréal avec des objectifs d’ici 2030 : transformer notre activité tout en respectant les limites de la planète : limiter l’impact de nos activités sur le climat, l’eau, la biodiversité et les ressources naturelles. Il en va de notre responsabilité d’impliquer nos clients, nos fournisseurs, nos consommateurs dans ce process de transformation. C’est contribuer à relever les défis planétaires les plus urgents qui touchent l’environnement et la société. 

L’Oréal a ainsi alloué 100 millions d’euros à de l’impact investing environnemental pour la régénération des écosystèmes et le développement de l’économie circulaire, et 50 millions d’euros pour un fonds de dotation philanthropique pour soutenir les femmes en situation de grande vulnérabilité.

Pour revenir sur YSL Beauté, 100% de nos produits contiendront un ingrédient des jardins collectifs de l’Ourika d’ici 2025. Nous venons de lancer la gamme de soin Pure Shot dont les sérums ont un pack totalement rechargeable. D’ici 2021, nos parfums les plus vendus seront rechargeables dans certains points de vente.

Camille Lingre
Rédactrice en Chef The Good. Diplômée d’un Master en communication et journalisme, elle commence en agence de publicité chez DDB Paris puis intègre la rédaction d’INfluencia en 2017 et passe rédactrice en chef adjointe en 2020. Passionnée de littérature et engagée dans les luttes pour la justice sociale et la reconnaissance des minorités, elle est co-fondatrice d’une club de lecture et podcast féministe et membre de l’association de journalistes AJL.

Dernières publications

Emballages plastique : qu’attendent les marques pour s’en séparer ?!

: Passé le premier anniversaire de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, sa phase finale approche enfin. Tandis que la Commission européenne doit bientôt adopter des lignes directrices sur ce que signifient en pratique les dispositions concernant les plastiques à usage unique, les discussions autour de la Convention Citoyenne pour le Climat continuent et les prochaines semaines seront déterminantes pour les secteurs de l'emballage et de la gestion des déchets. Qu’en pensent les Français et comment se plient-ils au changement ? Tipa fait le point en étude via Ipsos.Digital et visiblement, les consommateurs attendent les entreprises au garde à vous.

Faut-il envisager la reconversion écologique du secteur aérien ?

Face à la pire crise économique de son histoire, le secteur aérien envisage des plans sociaux massifs. L’occasion pour ses 300 à 450 000 salariés français de réfléchir à une reconversion écologique dans des secteurs frontaliers comme le ferroviaire. Une manière de préserver l’emploi tout en agissant pour le climat.

Voiture électrique la grande intox : Toute la vérité sur ce marché

Les véhicules électriques ne connaissent pas la crise et poursuivent une progression spectaculaire. Plus de 2 millions de voitures électriques et hybrides rechargeables écoulées dans le monde en 2018, en hausse de près de 70% sur un an. Comment expliquer cette progression de 110% au cours des trois dernières années au sein de l'UE alors que le nombre de points de recharge n'a augmenté que de 58 % sur la même période* ? La voiture électrique est-elle plus polluante qu’une thermique ? Comment sont fabriquées les batteries ? Marc Muller, ingénieur suisse expert dans la mobilité durable et CEO d’Impact Living, livre à The Good son analyse sans complaisance. Deux ans d’enquête lui ont permis de produire un documentaire explosif « A contresens » qui va sortir bientôt en France.

Comment accélérer la transition vers une économie circulaire dans le secteur du BTP ?

Malgré une chute de son activité de 89% pendant le confinement, le secteur du bâtiment, quoique discret, est responsable de 39% des émissions mondiales et 27 % des émissions françaises de CO2*. Chaque année, il cause près de 300 millions de tonnes de résidus polluants, soit 75 % des déchets produits sur terre, et 45 % de la consommation énergétique. Bref, une arme de destruction massive dont l’impact fait réfléchir sur la notion de « construction ». Avec quoi et aux dépens de qui ? Comment investir l’espace et le transformer sans en faire pâtir la planète ? Pour en parler, nous rencontrons Myriam Tryjefaczka, Directrice Développement Durable et Affaires Publiques Tarkett EMEA, dont les ressources, idées et initiatives ne manquent pas pour changer la donne et donner du sens à la notion d’économie circulaire.

Clubhouse : déceler le Good d’une plateforme qui crée le débat

Tout le monde en parle, tout le monde s’y met, tout le monde la questionne : comment expliquer la bipolarité de Clubhouse entre extrême popularité et vives critiques ? Une plateforme comme celle-ci est-elle selon vous durable ? Quelles opportunités cette plateforme représente-elle pour les marques et influenceurs en termes de Good ? Réflexion matinale sur ces questions en vrac avec Guillaume Doki-Thonon, CEO & co-fondateur de Reech.