Voiture électrique la grande intox : Toute la vérité sur ce marché

Les véhicules électriques ne connaissent pas la crise et poursuivent une progression spectaculaire. Plus de 2 millions de voitures électriques et hybrides rechargeables écoulées dans le monde en 2018, en hausse de près de 70% sur un an. Comment expliquer cette progression de 110% au cours des trois dernières années au sein de l’UE alors que le nombre de points de recharge n’a augmenté que de 58 % sur la même période* ? La voiture électrique est-elle plus polluante qu’une thermique ? Comment sont fabriquées les batteries ? Marc Muller, ingénieur suisse expert dans la mobilité durable et CEO d’Impact Living, livre à The Good son analyse sans complaisance. Deux ans d’enquête lui ont permis de produire un documentaire explosif « A contresens » qui va sortir bientôt en France. 

La technologie électrique rebat complètement les cartes de l’industrie automobile et entraîne à la fois une recomposition du jeu concurrentiel, avec l’apparition de nouveaux champions (Tesla et les chinois BYD et BAIC) tout en bouleversant la répartition de la valeur au profit des fabricants de batteries (Panasonic, CATL, LG Chem). Les constructeurs, confrontés au durcissement de la réglementation ont initié des plans de développement massifs dans l’électrique, et n’ont plus d’autre choix que de vendre des véhicules “zéro émission”. Questions-réponses avec l’expert et CEO d’Impact Living, Marc Muller pour rétablir la vérité sur le marché de la voiture électrique.

The Good : La voiture électrique est-elle moins polluante qu’une voiture thermique ? 

Marc Muller: Oui, aucun doute possible. Quel que soit le mix énergétique utilisé sur la durée de vie totale du véhicule, une voiture électrique est moins impactante pour l’environnement qu’une voiture thermique. 

The Good : Quelle est la part de l’empreinte carbone d’une batterie dans la fabrication d’une voiture électrique ? Est-il vrai que la fabrication des batteries électriques a une empreinte sociale et environnementale négative (travail des enfants dans des mines de cobalt, usage massif d’eau pour produire du lithium) ?  

M.M : N’importe quel objet et action dans la vie a un impact environnemental. La question est de se demander ce qui est acceptable ou pas. Fabriquer une voiture électrique a bien sûr un impact environnemental. Rouler à vélo serait préférable. L’impact carbone de la voiture électrique est moins important que ce qui se lit dans les médias.

Pour l’extraction du lithium au Chili, quasiment aucune utilisation d’eau n’est nécessaire. Les grosses industries d’extraction minières utilisent leurs déchets de potassium avec un pompage de saumure sans aucune eau claire pour faire du lithium. Beaucoup d’articles de presse décrivent l’extraction du lithium comme une catastrophe écologique. Or les études scientifiques indiquent qu’il est impossible de démontrer l’impact négatif ou positif de l’extraction du lithium sur les écosystèmes.

Est-ce que le cobalt, élément essentiel pour la production des batteries de voitures électriques, pourrait améliorer la qualité de vie du peuple de la République Démocratique du Congo? Le problème est que 80% du cobalt de RDC est extrait par des grandes mines industrielles avec des machines énormes et très chères et ne créent pratiquement pas d’emploi. En revanche, 50% des mines artisanales avec des statuts officiels, permettent de générer des revenus stables dans des conditions sécurisées sans faire travailler ni les enfants ni les femmes enceintes. Comme le cours du cobalt atteint aujourd’hui 30 000€/tonne, les mines artisanales illégales de Cobalt peuvent s’orienter désormais vers l’extraction manuelle de l’or. Il est vrai que le travail des enfants existe encore en RDC (3%) mais l’exploitation du cobalt a heureusement favorisé les enfants à sortir des mines plutôt que l’inverse. Il est à regretter aujourd’hui que tous les constructeurs automobiles soient en train de quitter le Congo pour de mauvaises raisons. Et pourtant le cobalt est un composant indispensable dans le fonctionnement de la batterie, il stabilise la chimie et évite les risques d’explosion. Il possède un avantage écologique fort car il augmente sa durée de vie. 

The Good : Le marché automobile est-il dépendant des terres rares pour fabriquer des voitures électriques? Est-ce toujours un mythe?

M.M. : Oui c’est un mythe total. Prétendre que nous allons quitter une dépendance au pétrole pour une dépendance aux terres rares est complètement faux.Il n’y a pas de terres rares dans les batteries au lithium. On peut donc fabriquer et alimenter une voiture électrique au solaire ou à l’éolien sans y recourir. En revanche, certaines terres rares sont utilisées dans certains moteurs électriques ou hybrides. Le néodyme est exploité pour concevoir des moteurs plus puissants et plus petits avec de meilleurs rendements. C‘est le cas par exemple de la Tesla 3. Un débat scientifique est en cours sur l‘usage du néodyme très polluant à la fabrication mais qui a un meilleur rendement à l’usage.

The Good : Qu’est ce qui freine le développement du marché des voitures électriques? 

M.M. : Le problème de la voiture électrique est qu’elle n’a que des ennemis, sauf le consommateur! Personne ne veut de voitures électriques : ni les fabricants européens, ni les garagistes, ni les pétroliers, ni les stations services. Et pourtant c‘est une voiture fiable, plus écologique et qui ne demande pratiquement aucun entretien. Suite au «diesel gate» les normes européennes pour 2025 vont être encore plus strictes pour les constructeurs et il n’y aura plus de débat!

The Good : Pensez-vous que la voiture électrique est une des plus belles solutions d’avenir pour la mobilité douce? 

M.M. : La voiture électrique est vraiment une complémentarité à toutes les autres transformations du transport public ou des pistes cyclables. En revanche, elle ne résout pas le problème des embouteillages… Le point fort de ce marché : nous pourrons, avec le saut technologique, potentiellement changer très vite le parc automobile en moins de 10 ans et réduire ainsi les émissions de CO2 du transport en Europe.

The Good : Pourquoi pensez-vous que votre documentaire va changer les idées reçues du public et des entreprises sur la voiture électrique ? 

 M.M. : Je crois que mon documentaire va plutôt changer les idées reçues sur la façon de s’informer. La voiture électrique est une illustration du poids des réseaux sociaux qui nous fait perdre le contrôle de l’information. En perdant ce contrôle, on perd notre capacité à imaginer un futur décarboné.

Notre documentaire a bénéficié de la plus large collaboration scientifique et universitaire pendant deux ans. Vous pourrez télécharger une application mobile qui vous permettra de suivre, pendant le visionnage en toute transparence, la source de toutes les analyses ou recherches scientifiques et vous aider à aller creuser davantage certains sujets. 

*Avere

Laurent Lafite
Expert en transformation digitale et environnementale depuis 20 ans. Spécialiste du marketing de rupture, des GreenTech et du développement durable, il est le fondateur de TransfoGreen et accompagne les entreprises dans leur transformation RSE.

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