Tourisme durable : l’été sera (encore) chaud…

Alors que le Président de la République nous invite fortement à voyager en France cet été et que se multiplient les consultations citoyennes pour générer des idées pour un tourisme plus responsable, le désir de consommation durable et locale en vogue dans de nombreux secteurs, sera-t-il toujours aussi vif une fois le temps des vacances venu ? Le secteur du tourisme connaîtra-t-il lui aussi une transformation écologique, sociale et solidaire importante ou le besoin de relance fera-t-il passer la quantité avant la qualité ?

En quelques semaines, pas moins de 3 consultations citoyennes ont été lancées sur la thématique du tourisme durable. Côté Atout France (organisme de promotion de la France comme destination touristique), on invite touristes français et internationaux à se questionner : « comment agir pour un tourisme plus responsable ?». L’ambition affichée est de proposer « des actions prioritaires » aux acteurs du tourisme, publics comme privés, nationaux comme locaux. Côté territoire, Paris et Bordeaux cherchent à se disputer le titre de capitale du tourisme durable. A Paris, les habitants sont invités à partager sur idée.paris leur vision d’un tourisme plus responsable, dans le cadre des Assises pour le Tourisme Durable qui se tiendront début Juillet 2021. A Bordeaux, la ville et la métropole organisent le 1er Forum participatif sur le tourisme durable

L’objectif est louable, puisqu’il s’agit de rendre l’ensemble du secteur du tourisme plus durable. En se plaçant tour à tour du point de vue du touriste, de l’habitant ou du professionnel, ces enquêtes auront le mérite de récolter matière à réflexion et diversité des points de vue, une bonne photographie de l’état de l’opinion sur ce sujet cornélien (tourisme et responsabilité sont-ils compatibles ?) et bien sûr de faire émerger la question du tourisme responsable dans le débat public pour faire évoluer les pratiques individuelles.

On peut cependant se poser la question du calendrier : n’y aurait-il pas mieux valu avoir une vision claire des attentes en matière de tourisme durable avant la reprise de l’activité touristique ? Ces éléments n’auraient-ils pu être déjà intégrés au plan de « reconquête » du tourisme annoncé par le Président de la République la semaine dernière depuis Saint Cirq Lapopie ? Car les premiers éléments dévoilés concernant ce plan nous laissent un peu sur notre faim…Si l’on y parle « formation », « tourisme vert », « valorisation du patrimoine », « montée en qualité des infrastructures » et « investissement dans le numérique », on peut regretter qu’il ne soit à aucun moment fait mention de tourisme durable et/ ou responsable.

En attendant d’y voir plus clair côté État et collectivités, on pourra compter sur quelques acteurs qui ont compris que, pour leurs vacances aussi, une majorité de Français veulent « consommer » plus responsable (85% d’entre eux attendent des plateformes en ligne qu’on leur propose une sélection spécifique de séjours « responsable » et respectueux de l’environnement). On saluera le développement des plateformes d’hébergements éco-reponsables comme Vaovert ou We Go GreenR, ou les plateformes coopératives comme FairBnB. On saluera également le volontarisme affiché par les acteurs traditionnels comme Accor qui vient de recruter l’ancienne Secrétaire d’Etat à la Transition écologique et solidaire Brune Poirson comme Directrice du Développement Durable, le Groupe Pierre&Vacances, dont le nouveau Directeur Général milite pour un tourisme durable et de circuit-court, ou encore Voyage SNCF qui abat toutes ses cartes pour nous faire préférer le train.

Emilie Thiry
Ex publicitaire reconvertie dans la communication corporate en 2011, puis dans la politique en 2015, Emilie est depuis juillet 2020 en charge du consulting et de la diversification des offres d’INfluencia. Elle dirige à ce titre The Good, la plateforme dédiée à la transformation écologique, sociale et solidaire des entreprises et des marques. Elle anime également un séminaire sur le monde de la communication en Master 2 Conseil éditorial à Sorbonne Université. Emilie est diplomée de l’IEP de Strasbourg et ancienne élève du CELSA.

Dernières publications

Charte #MaVilleVégétale : de la nécessité de rassembler les élus des collectivités françaises autour d’engagements forts en faveur de la nature en ville !

Favoriser le bien-être des citadins, lutter contre le réchauffement climatique, limiter le ruissellement des eaux de pluie, assurer la préservation de la biodiversité… il est indéniable que les plantes ont de nombreux bienfaits. Fortes de ce constat, les collectivités s’emparent progressivement de cet enjeu de société qu’est la Nature en ville. Mais, si nous ne pouvons que s’en féliciter, il faut aujourd’hui aller plus vite et plus loin ! Or, pour inciter un maximum d’élus locaux à prendre part à la Révolution Verte, il convient de les accompagner dans leur politique de verdissement, ce notamment en leur indiquant les premières actions fondamentales à mener. Ainsi, à quelques semaines des élections régionales, Merci Raymond a choisi de créer la toute première charte d’engagement à destination de ceux qui sont en mesure de faire réellement bouger les lignes (et fleurir les rues) dans nos villes : les élus locaux. En voici les 3 axes majeurs.

Ecotable

Ecotable est une entreprise de l’économie sociale et solidaire créée par trois amis et lancée en 2019. Depuis ses débuts, l’entreprise recense les tables qui respectent les 8 critères de notation justifiant...

Railcoop : des lignes de trains abandonnées retrouvent la voie

La SNCF n’a plus de monopole ferroviaire depuis décembre 2020. La coopérative Railcoop veut profiter de cette réforme contestée pour relancer des lignes rurales et développer le train de nuit. Une alternative écolo et citoyenne qui profiterait à l’économie locale.

Face aux mastodontes de l’économie, l’alliance inédite de neuf coopératives

Proposer une alternative solidaire et écologique aux besoins de consommation que préemptent les géants du commerce. C’est l’objectif que se sont fixées des coopératives françaises spécialisées dans des secteurs d’avenir comme le train, la location, le covoiturage ou l’occasion.

Agnès Weil, Directrice DD Club Med : « le tourisme est capable du meilleur et du pire »

Club Med développe depuis plus de 70 ans une offre de séjour tout compris dans des villages implantés aux quatre coins du globe. En 2005, l’entreprise crée une Direction du Développement Durable pour intégrer au mieux les aspects sociaux environnementaux à son modèle. Mais le tourisme en club à l’étranger peut-il jamais être responsable ? En 2020, alors que les prises de conscience sur l’impact du tourisme se mêlent à une crise économique et sanitaire sans précédent, comment l’entreprise gère-t-elle ces enjeux ? Comment les inscrit-elle dans sa démarche RSE ? Et laquelle est-elle exactement ? Peut-on parler de crise quand on sait que la clientèle Club Med est loin d’être majoritairement dans le besoin ? Rencontre avec Agnès Weil, Directrice du Développement Durable et du Mécénat, Déléguée générale de la Fondation d’Entreprise du Club Med, et membre du C3D.