« Dans tous les débats sur l’écologie, on définit ce qui est bien ou mal. Mais je crois qu’entre le noir et le blanc existe toute une palette de gris. On est sans cesse contraint de faire des concessions, et c’est ça qui est intéressant à raconter. »
Et de citer la tronçonneuse. À la fois bruyante, dangereuse et polluante, c’est son outil du quotidien.
Car Mathias Bonneau est le bûcheron qui a donné son titre à son premier roman, paru en mars 2025, et qui vient de remporter le prix du Roman d’écologie. Né en 2017, ce prix est co-présidé par la présidente du think tank La Fabrique écologique Lucile Schmid et l’écrivain Laurent Quintreau, avec le soutien de la Fondation La Poste.
Paradoxalement, d’écologie, son livre n’en parle pas. En tous cas, pas directement. Il est pourtant aux premières loges pour constater ce que le changement climatique fait à la forêt. Notamment dans les 80 hectares plantés par son grand-père près de Mazamet, dans l’Hérault, qu’il exploite aujourd’hui.
« Quand on est dans la forêt, on ne parle pas d’écologie, mais de bonne ou mauvaise santé des arbres, du fonctionnement de l’écosystème… »
C’est un point dont il a discuté avec son éditrice. Pas question d’appuyer sur le volet écologique de son roman, et encore moins, de feindre un militantisme qui n’est pas le sien.
D’ailleurs, il réfute le terme « entretenir la forêt ». Il l’exploite, en effectuant des prélèvements visant à créer des « éclaircies » permettant de favoriser des arbres sélectionnés, notamment en laissant la lumière se frayer un passage jusqu’à eux.
Ce que 15 ans de bûcheronnage font au corps et à l’esprit
Mathias Bonneau n’est pas tout à fait un bûcheron comme les autres. Élevé par des parents soixante-huitards venus s’installer comme paysans sur les terres achetées par le grand-père dans les années 1950, il a d’abord suivi des études d’architecte, avant d’expérimenter une année entière de bûcheronnage aux côtés de son père.
À cette occasion, il renoue avec le plaisir qu’il éprouvait déjà, enfant, lorsqu’il l’accompagnait exploiter la forêt de son propre père, tandis que sa mère s’occupait des brebis. « Mais jusque-là, je ne pensais pas pouvoir en faire mon métier à temps plein. »
C’est à cette époque qu’il commence à raconter son métier dans des livres illustrés, parfaits compromis entre son quotidien et son goût pour le dessin. Il en a publié trois en quinze ans, dont le dernier « Histoire d’un arbre », est actuellement en cours de ré-édition au Seuil, éditeur de son roman. « Le livre illustré est parfait pour expliquer des choses très concrètes, reconnaît-il.
En revanche, le roman se prêtait mieux à l’expression de mon rapport à la nature et de mes émotions, de ce que 15 ans de bûcheronnage font au corps et à l’esprit ». Par exemple,
« on n’est plus dans l’émerveillement des débuts, mais on est touché par des choses plus profondes. »
Il dit aussi trouver un certain équilibre entre le bûcheronnage, très physique mais qui ne se pratique pas toute l’année, et l’écriture. Un équilibre aussi entre un métier pratiqué dans l’ombre et une forme de reconnaissance apportée par la littérature.
À quand un prochain roman ? « Ça s’est bien passé avec le texte, j’en ai encore envie et j’ai des idées », reconnaît-il. Aujourd’hui pris dans la promotion qui entoure la relance de son roman nouvellement primé et de son dernier livre illustré, il attend de pouvoir disposer à nouveau des longues périodes nécessaires à l’écriture.