Pourquoi il faut décarboner les campagnes électorales

Du logo à la typographie, de la vidéo au meeting, les campagnes électorales sont souvent montrées du doigt pour leur empreinte carbone. Pour mieux concilier vie démocratique et urgence écologique, le designer Sylvain Boyer fait appel à une éco conception méthodique.

La question écologique ne cesse de croître dans l’opinion publique. Selon un sondage de l’IFOP et du JDD paru en juin 2020, 77% des Français ont une appréciation positive de la transition écologique, contre 62% en novembre 2018. 56% sont même favorables à un modèle de développement qui préserve les ressources naturelles et ne met plus en priorité absolue la croissance et l’emploi. Un changement de mentalité que le personnel politique a bien saisi dans les mots, parfois moins dans les gestes. 

3000 tonnes de CO2 pour François Hollande en 2012

La preuve avec les campagnes électorales dont les émissions en gaz à effet de serre sont très élevées. Selon une étude du cabinet B&L évolution en date de 2012, la campagne électorale de François Hollande aurait généré plus de 3 000 tonnes d’équivalent CO2 à l’époque. Peu ou prou ce qu’a émis celle de Nicolas Sarkozy qui grimpe à 2 750 tonnes la même année. Des chiffres importants liés à l’impression de millions d’affiches, tracts et programmes, mais aussi à leur envoi en région, notamment par avion dans les DOM-TOM. C’est aussi la partie déplacement qui alourdit le bilan, avec en avant-poste les meetings géants dans les grandes villes. Le transport des spectateurs et des bénévoles, parfois venus de toute la France, nécessite la mobilisation de nombreux bus et trains spécialement affrétés. À noter que le calcul de B&L exclut la pollution numérique des sites internet et des vidéos de campagne des candidats. 

Eco-Logo, Eco-Couleurs, Eco-Typographie…

Réduire le bilan carbone d’une campagne passe par des méthodes assez simples selon le designer Sylvain Boyer. Il faut avant tout penser à une éco-conception distincte selon que le support est papier ou numérique. Cela passe d’abord par un logo qui consomme à la fois moins d’encre sur papier et moins d’énergie lors de son chargement sur écran. Mais aussi par des couleurs favorables aux supports choisis : des couleurs claires pour l’impression et à l’inverse des couleurs sombres pour le digital. En matière de typographie, plus elle sera compacte, plus elle économisera du papier. En ligne, des polices variables permettront de réduire l’énergie nécessaire. Le mode sombre d’un site internet peut également participer à l’économie d’énergie. Tout autant de nouveaux codes visuels qui vont peu à peu s’imprimer dans l’inconscient collectif. En résumé, le noir est idéal pour les écrans, le blanc pour l’impression.

L’écoconception comme devoir de cohérence

Eco-concevoir une campagne électorale, c’est faire de la communication d’un candidat un manifeste de son engagement écologique. Mais attention à ne pas se repeindre en vert simplement pour l’imaginaire de la couleur. Le vert serait d’ailleurs l’une des couleurs les plus énergivores selon le site eco-branding. Quoi qu’il en soit, l’écoconception peut permettre à un candidat de transformer sa communication en manifeste visuel et écologique. Plusieurs marques et institutions se sont déjà emparées de cette question, parlant à ce titre d’éco-interface, d’éco-édition, d’éco-iconographie ou d’éco-packaging. De nombreuses déclinaisons participent à la création d’un nouveau langage visuel adapté aux limites posées par l’écologie. Un langage de la sobriété qui offre de la cohérence, mais aussi de la distinction vis-à-vis des autres acteurs. Pour l’anecdote, la campagne d’affichage 2020 de la maire de Paris Anne Hidalgo consommait 10% d’encre de plus que celle de 2014. En cause : la forte présence de la couleur verte en fond d’affiche. Comme quoi, le monopole du vert dans le milieu écologique n’est pas toujours aussi cohérent qu’on veut bien le croire.

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

Dernières publications

Jeunes en 2020 : « Avant, on se battait pour avoir de la place et pouvoir agir. Aujourd’hui on se bat pour que nos actions...

En quoi la so-called jeunesse engagée, peinte et dépeinte par les études et autres enquêtes marketing incarne-t-elle une économie durable et responsable ? En quoi le digital la nourrit-elle et qu'apporte-t-elle de si précieux que les entreprises se doivent de saisir ? Comment créer des ponts avec elle et comment l'élever ? Au regard des mille et unes initiatives citoyennes, solidaires, et responsables portées par les étudiants de l’ECV digital, il y a très sérieusement un sujet ici. Rencontre avec Alexia Moity, directrice générale de cette école de Good talents.

Pourquoi le « Yuka du carbone » est un casse-tête politique

La Convention pour le climat le réclamait depuis des mois, Macron s’y est finalement engagé. Une app dédiée au score carbone devrait bientôt voir le jour afin d’évaluer l’impact environnemental de nos produits. Mais derrière ce vœu pieux, une myriade de difficultés apparaissent, à commencer par le système de notation.

2021 : après les voeux, parlons des enjeux

Dans la poursuite d’une démarche d’accompagnement des marques et entreprises vers un horizon plus vert, The Good a réfléchi aux enjeux que l’année semble leur réserver. Actrices du changement au même titre que les institutions dirigeantes officielles de notre société, elles ne sont plus seulement “encouragées” au virage vert dans l’idée de garder la cote auprès d’un public citoyen engagé et soucieux de l’environnement, mais bien sommées d’y prendre part sous peine de lourdes représailles. Coup d'œil sur un programme du Good à sens unique.

Shift Your Job : un « pôle emploi du climat » collaboratif qui cartonne

Face à la crise climatique et à la nécessité d’engager des plans de reconversion écologique massifs, la plateforme française Shift Your Job recense les entreprises et associations engagées dans la transition carbone. Une aubaine pour celles et ceux dont le métier ne fait plus sens en ce contexte de crise sanitaire. Éclairage avec Ariane Phélizot, initiatrice du projet.

Quels changements derrière le brouhaha d’une « mode durable » ?

Découvert dans une récente trendsletter de l’agence créative Peclers Paris, le dernier rapport des Nations Unies "Durabilité et Circularité dans la Chaîne de Valeur Textile" nous questionne sur l’évolution de l’empire Mode dans sa conquête d’un horizon plus vert. Si depuis plus de 10 ans on entend parler de révolution à venir du prêt-à-porter et de la mode responsable, qu’en est-il vraiment ? Est-ce un leurre de penser qu’une telle industrie puisse réellement changer alors même que tout son succès se base sur des principes aux antipodes de ceux d’un monde durable ? Les jeunes pousses et autres pépites d’une mode Good doivent-elles suffire à nous convaincre ?