Pour une justice sociale et environnementale, Greenpeace propose un ISF climatique

Placer son argent sur un compte offre aux banques la liberté de l’investir dans les énergies fossiles. C’est ainsi qu’en France, les placements financiers des 1% les plus riches ont une empreinte carbone 66 fois supérieure à celle des 10% les plus pauvres. Une inégalité criante qui selon Clément Sénéchal, porte-parole climat à Greenpeace France, pourrait se corriger par l’instauration d’un ISF climatique qui taxerait les plus riches à juste proportion de leurs émissions.

On a de cesse d’évoquer les causes sectorielles du réchauffement climatique : viande, avion, voiture, textile, numérique, BTP… On en oublierait presque la responsabilité des banques dont l’argent finance très majoritairement des projets climaticides en lien avec le charbon, le pétrole ou le gaz. C’est ainsi que sur 10€, les banques françaises investissent en moyenne 7€ dans des projets d’énergie fossile et seulement 2€ dans le renouvelable, selon OXFAM. Un investissement dont les fonds viennent en partie de l’argent de leurs clients, que ce soit par l’ouverture d’un simple compte épargne ou de la détention d’actions dans une banque. Ce qui signifie que les plus riches, par leurs placements financiers, polluent directement ou indirectement bien davantage que les plus modestes. 

Quand l’impôt intègre une composante climatique

Partant de ce constat, Greenpeace France propose de rétablir l’impôt sur la fortune (ISF) – supprimé par Emmanuel Macron en 2017 – et d’en indexer la valeur sur les émissions de gaz à effet de serre nées des produits financiers des ménages les plus riches. « Un ISF climatique qui permettrait d’une part de sensibiliser au caractère hautement émetteur des placements financiers et d’autre part de rappeler que les plus riches contribuent infiniment plus au réchauffement climatique à travers leurs activités économiques et financières », explique Clément Sénéchal, porte-parole climat à Greenpeace France. Cet impôt serait une manière de faire respecter l’accord de Paris qui limite le réchauffement à 1,5°C tout en introduisant une forme de justice sociale par un effort contributif proportionné aux émissions de chacun. 

Pour expliquer l’intérêt d’un ISF climatique, l’ONG a exploité les données sur le patrimoine des ménages de l’Insee en les croisant avec celles du cabinet Carbone 4 spécialisé dans la mesure des empreintes carbones. « Nos estimations montrent que l’empreinte carbone des 1% les plus riches de France est de 189 tonnes de CO2/an contre 2,9 tonnes de CO2/an pour les 10 % les plus pauvres », souligne le porte-parole climat de Greenpeace France. Le résultat est sans appel : le patrimoine financier des 1 % des ménages les plus riches possède une empreinte carbone 66 fois supérieure à celle des 10 % les plus pauvres. Un gouffre qui ne touche qu’aux produits financiers, excluant de l’équation d’autres facteurs de disparité des émissions comme l’avion.

« La taxe carbone est injuste et partiale »

D’après Clément Sénéchal, l’idée d’un ISF climatique est venue d’un constat simple : la taxe carbone actuellement en vigueur est un impôt qui ne prend pas en compte la question sociale. D’après les calculs de l’économiste Jean Gadrey, cette dernière pèserait quatre fois plus lourd sur les ménages les plus pauvres que sur les plus riches. Une absence de pondération qui écarte d’emblée l’idée d’un partage de l’effort fiscal. « La taxe carbone est injuste et partiale puisqu’elle fait payer tout le monde sans distinction de richesse ou d’émission. La mobilisation des gilets jaunes en a montré les limites, permettant au gouvernement d’en expliquer l’échec non pas par un problème de pondération, mais de défaut d’acceptabilité sociale de la transition écologique », insiste Clément Sénéchal. Le débat épidermique autour de l’injustice de cette taxe pigouvienne (c’est-à-dire qui intègre les externalités négatives comme la pollution) révèle en creux l’absence de répartition de l’effort en fonction des richesses et des émissions de chacun.

L’intérêt de lSF climatique résiderait dans l’inefficacité collective des marchés liés au carbone. Jusqu’à présent, la tarification du carbone, c’est-à-dire le fait de poser un prix sur les émissions de CO2 afin d’intégrer leurs externalités négatives, a été un levier efficace pour limiter au niveau global le réchauffement climatique. « Sauf que cette tarification qui devait être élevée pour être dissuasive a longtemps été basse. Elle s’est souvent transformée en de simples quotas carbone attribués aux entreprises et dont le prix est plus faible que la tonne du carbone appliquée sur la consommation des ménages », souligne le porte-parole de Greenpeace France. Le mécanisme n’a donc rien de dissuasif pour les plus fortunés et souligne la relative inanité des méthodes à l’oeuvre. 

« La crédibilité politique ne peut plus se décorréler de la crédibilité climatique »

Malgré la viabilité de leur proposition, Clément Sénéchal sait déjà que l’idée d’un ISF climatique ne trouvera pas d’écho au sein de la majorité actuelle. « Même s’il est bien incertain que l’idée d’un ISF climatique soit considérée par le gouvernement, nous voulons apporter notre grille de lecture en médiatisant l’idée d’un partage de l’effort et d’une transition juste. On espère que les forces d’opposition vont s’en emparer et que la crédibilité politique ne pourra plus se décorréler de la crédibilité climatique. Il faut rappeler que l’ISF a été supprimé par Emmanuel Macron en 2017 ». L’objectif est donc de planter la graine pour la voir germer dans l’hémicycle parlementaire, avec l’espoir d’éclore dans les propositions de campagne de 2022. 

D’ici là, Clément Sénéchal ne manque pas d’idées pour dissuader les banques d’investir dans les énergies fossiles « On pourrait imposer à ces entreprises des objectifs contraignants de réduction de leurs émissions, interdire de verser des dividendes afin de limiter la spéculation, ou encore accélérer le pourrissement de leurs actifs échoués, c’est-à-dire les actions liées aux énergies fossiles dont la valeur risque de s’échouer dans une économie décarbonée ». Un arsenal d’idées pour tenter d’enfin faire correspondre justice sociale et climatique. 

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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