Philippe Mareine, Directeur RSE d’Atos : “Le numérique joue un rôle central dans les solutions contre le réchauffement climatique”

Parmi les entreprises du CAC 40, certaines se démarquent. A en croire l’actualisation des critères de réussite et la manière dont sont conçus  les nouveaux indices de performance des entreprises, c’est l’impact et l’engagement qui mènent la danse. Mastodont de l’industrie de la tech, membre actif d’un CAC 40 qui aspire au durable, Atos poursuit son déploiement vers une dynamique verte qui capte notre attention. Pour en parler, nous rencontrons Philippe Mareine, Directeur de la Transformation Digitale et RSE d’Atos.  Au menu : décarbonation et transition digitalo-environnementale. 

Feu le sensationnalisme lié à un chiffre d’affaires toujours plus extravagant et à une implantation aux quatre coins du globe, c’est désormais le degré d’engagement socio-environnemental qui garantit à tout un chacun de marquer des points. Passé l’engagement public via une Raison d’Être qui claque, les actions doivent suivre. À en croire les résultats de l’indice d’engagement sociétal de BCG Brighthouse ainsi que ceux de l’enquête annuelle EcoAct sur les performances des entreprises du CAC40 en matière de reporting climat, les poids lourds de l’industrie française sont en pleine mutation et les innovations vertes ont le vent en poupe. Récemment récompensé du Grand Prix du business et de la gouvernance responsable par l’Institut du Capitalisme Responsable, Atos fait partie de ceux qui détonnent. 

Avec pour Raison d’Être de contribuer à façonner l’espace informationnel via une maîtrise incontestable de la data et des technologies, l’entreprise multiplie les offres d’accompagnement digital dans un souci de responsabilité et au prisme d’une décarbonisation des industries urgentes. 

Son fil rouge : débloquer l’économie neutre en carbone avec les technologies numériques. Efficacité énergétique des technologies, maîtrise, compensation et neutralisation de l’empreinte carbone pour une décarbonation généralisée, sobriété numérique et tech à impact : pour comprendre l’étendue de son portefeuille d’actions et les enjeux qui façonnent son rapport au digital comme à  l’environnement, nous rencontrons Philippe Mareine, Directeur de la Transformation Digitale et RSE d’Atos.

The Good : Green Advisory, Green for IT, Green IT for Industry : au regard de la multitude d’offres Décarbonation dont Atos dispose, la tech semble être LA solution à un monde en transition. Pourquoi ?

Philippe Mareine : On estime aujourd’hui que les technologies numériques pourraient réduire de près de 20% les émissions de gaz à effet de serre : le numérique joue donc un rôle central dans les solutions contre le réchauffement climatique en actionnant plusieurs leviers. Tout d’abord, son usage peut parfois permettre de réduire directement les émissions de CO2. Prenons l’exemple du télétravail, particulièrement d’actualité. Les employés qui travaillent à leur domicile utilisent les technologies de visioconférence et de collaboration et réduisent en parallèle les déplacements au bureau souvent coûteux en termes d’émission de carbone. Le deuxième levier, très puissant, consiste à développer des solutions numériques utilisant des technologies de pointe comme l’intelligence artificielle ou la blockchain pour faire progresser l’efficacité énergétique ou réduire drastiquement l’impact environnemental d’une industrie : par exemple l’optimisation d’une chaîne logistique, la traçabilité des produits pour le recyclage… Enfin, la recherche dans le numérique ouvre aujourd’hui des horizons nouveaux.

The Good : On oublie souvent que le digital a aussi un poids sous-estimé dans la balance de l’impact environnemental. Quid de la sobriété numérique ?

P.M. : C’est vrai, le numérique représente aussi approximativement 4% des émissions de CO2 annuelles. Réduire l’impact environnemental du numérique est aujourd’hui une évidence pour la plupart des grands acteurs du secteur. Nous avons été l’un des premiers à prendre des engagements forts en ce sens, en nous engageant sur l’objectif de zéro émission nette d’ici 2035, soit avec 15 ans d’avance sur les préconisations de l’Accord de Paris sur le Climat. Aujourd’hui, nous sommes heureux de constater que de nombreux concurrents et partenaires nous ont rejoints dans cette démarche. Pour y parvenir, l’utilisation responsable du numérique constitue certes un important levier. Chez Atos par exemple, nous mettons à disposition de nos collaborateurs une application verte qui permet de calculer sa propre empreinte carbone au travail et partager des bonnes idées pour la réduire ! Au-delà, il y a aussi la recherche. Nous travaillons par exemple à développer des supercalculateurs fonctionnant à l’hydrogène vert, c’est-à-dire sans impact environnemental.     

The Good : Comment mettez-vous concrètement la data et la tech au service de la transformation socio-environnementale des entreprises ?

P.M. : Nous mettons à leur disposition l’expertise et les compétences de notre récente acquisition, EcoAct. Concrètement, il s’agit d’un accompagnement complet dans leur stratégie de décarbonisation, en s’appuyant sur les technologies numériques vertes ou des solutions intelligentes bien sûr, mais aussi d’offres de compensation des émissions, par des projets de séquestration carbone par exemple.

The Good : Parmi la foule de business que vous accompagnez dans la transformation de leurs modèles, quel est celui dont vous êtes secrètement le plus fier, et pourquoi ?

P.M. : Précisément, dans le domaine de la compensation du carbone, nous sommes particulièrement fiers du travail que nous réalisons pour aider un client à développer des matériaux capables de capturer le CO2 de l’atmosphère comme le font les plantes. Pour ce faire, nous mettons à sa disposition nos technologies d’informatique quantique, qui sont les seules aujourd’hui permettant de simuler des réactions chimiques impliquant des molécules aussi complexes. Cette recherche ouvre des perspectives immenses.

The Good : Récemment récompensé du Grand Prix du business et de la gouvernance responsable par l’institut du Capitalisme Responsable, Atos porte de nombreux engagements dont un en particulier : « 0 émission nette » pour 2035. Comment y parvenir ?

P.M. : Nous allons déjà réduire de moitié nos émissions de carbone d’ici 2030, non seulement les émissions sous notre contrôle direct, comme nos centres de données informatiques, nos bureaux, les déplacements professionnels de nos collaborateurs, mais aussi l’ensemble des émissions dites sous notre influence, c’est-à-dire provenant de nos fournisseurs ou des produits et services que nous vendons à nos clients (champ d’application 3 complet du Protocole des gaz à effet de serre GHGP). A cet égard, nous avons introduit ce semestre dans nos contrats des engagements contraignants de décarbonation, comme nous le faisons en matière de qualité de service. Nous avons également introduit un prix du carbone en interne, pour que l’impact carbone soit pris en compte dans nos décisions d’entreprise. Zéro émission nette 2035 signifie aussi que nous nous engageons à compenser 100% de nos émissions résiduelles via des projets certifiés de compensation carbone.

The Good : Expert de la transition digitale et franchement engagé pour que celle-ci ait un impact positif sur la planète, quel conseil donneriez-vous à un entrepreneur à l’aube de sa transition ?

P.M. : Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à s’engager dans la transition environnementale. Les start-up aussi, avec lesquelles nous travaillons également très étroitement sur ce sujet. Cette tendance ne va aller qu’en s’intensifiant car elle correspond à une évolution profonde et durable de notre société, qui est très visible en particulier chez les nouvelles générations. Je conseillerais donc à tous les entrepreneurs d’intégrer comme nous l’avons fait cette dimension environnementale dans la Raison d’Être de leur entreprise, et en pratique dès les premières étapes de la conception de leur projet, car elle est maintenant un vecteur de leur pérennité.

Camille Lingre
Journaliste, ex rédac chef de The Good. Diplômée d’un Master en communication et journalisme, elle commence en agence de publicité chez DDB Paris puis intègre la rédaction d’INfluencia en 2017 et passe rédactrice en chef de The Good à son lanncement. Passionnée de littérature et engagée dans les luttes pour la justice sociale et la reconnaissance des minorités, elle est quitte en mai 2021 sa fonction de rédactrice en chef pour se consacrer au lancement de sa librairie.

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