CAC 40 : les Grandes Entreprises françaises accélèrent leur transition écologique

À en croire les résultats de l’enquête annuelle EcoAct sur les performances des entreprises du CAC40 en matière de reporting climat,  il semblerait que le paysage industriel français se meuve avec justesse vers des horizons plus responsables. Un an après l’engagement de la France à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, 43 % des entreprises françaises cotées en bourse (contre 22,5 % en 2019) sont engagées en faveur de l’objectif zéro émission nette et 44 %  offrent ou utilisent des financements durables (ESG). En pleine « semaine du développement durable » et à quelques jours de l’examen de la proposition de loi Evin Climat par l’Assemblée Nationale, coup d’oeil sur un paysage industriel en transition.  

Du 18 septembre au 8 octobre, pour la semaine du Développement Durable, les marques défilent dans la presse pour montrer patte blanche à coup d’initiatives pro-environnement, mettant en avant la manière dont elles sont passées « du dire au faire » pour répondre à l’urgence socio-environnementale. Nouveau produit décarbonné, gamme zéro déchet, formule revisitée, tout y est. Dans ce tumulte de prises de parole plus ou moins impactantes, l’écho des mastodontes de l’industrie française se fait discret. Tant bien que leur silence attire l’attention de la rédaction. 

Voir ce que l’écosysteme start-up et PME promet, c’est bien, mais qu’en est-il des entreprises du CAC 40 ? Bien que géantes, croissantes, et pérénisées, ces entreprises elles aussi sont soumises à la transformation des modèles de consommation, imposant RSE et Raison d’Être au coeur du réacteur économique qui les fait vivre. Dans une enquête menée en juillet par l’agence Comfluence, on découvrait que 75% d’entre elles affichent désormais une Raison d’Être. Ultime symbole du capitalisme marchand, comment progressent-elles dans la lutte contre le changement climatique et dans la réalisation de l’objectif zéro émission nette ? Comment mesurer leurs performances en matière de reporting climat ? EcoAct dévoile son rapport 2020. L’idée : un indice de notation décliné simultanément en France (CAC40), au Royaume-Uni (FTSE 100), en Espagne (IBEX 35) et aux États-Unis (DOW 30). 

Accélération verte pour les géants français 

Première donnée, plutôt réjouissante, le CAC 40 est l’indice qui a toujours eu le score moyen le plus élevé depuis son inclusion au rapport il y a quatre ans. Une tendance confirmée cette année avec 62 % des critères de performance de reporting climat atteints en moyenne. Parmi ses bons élèves, on compte BNP Paribas en premier position avec un indice à 86%, suivi de près par Danone (85%), Schneider Electric (80%), L’Oréal (78%), Atos (78%), Kering (76%), Michelin (74%), Groupe PSA (74%), Worldline SA (73%), et Veolia Environnement (71%). Un podium surprenant qui laisse entendre que les secteurs de l’automobile, des TIC et du luxe, connu pour leur ADN pas franchement eco-friendly, sont capables de s’adapter et se transformer.

Le rapport EcoAct dévoile également que 17 entreprises du CAC (43 %) prennent désormais en compte des scénarios climatiques dans leur business plan – recommandation de la TCFD qui permet d’intégrer dans la stratégie d’entreprise les risques et opportunités liés au climat et de produire des informations utiles pour les investisseurs- et 34 (85 %) communiquent sur les risques physiques et/ou de transition.

Les entreprises s’alignent sur de nouveaux modes opératoires 

Aussi, on note qu’en 2019, l’alignement sur les recommandations de la TCFD -groupe de travail sur la publication d’informations financières relatives au climat qui vise à garantir que les entreprises fournissent aux investisseurs des informations utiles à la prise de décision en ce qui concerne les risques et les opportunités liés au climat- avait bondi de 13 % à 43 %. Cette année, le seuil des 50 % est dépassé. 22 entreprises sur 40 non seulement se revendiquent alignées sur les recommandations de la TCFD, mais communiquent de façon précise sur ses 4 domaines clés : gouvernance, stratégie, gestion des risques, mesures et objectifs.

Des business models qui s’adaptent

Investies et minutieuses, 80% des entreprises du CAC 40 produisent un reporting carbone intégrant le périmètre dit Scope 3 : l’un des trois périmètres d’émissions de gaz à effet de serre qui correspond aux émissions indirectes telles que les émissions liées à l’extraction de matières premières ou au transport des salariés et des clients. Une donnée qui montre bien la capacité des entreprises à revoir leurs ambitions en profondeur et incorporer de nouveaux critères à leur calculs. Enfin, on apprend que 50 % des entreprises se sont fixé une trajectoire alignée sur l’initiative SBTI (Science-Based Target initiative). Cette initiative permet aux entreprises d’aligner leur stratégie de réduction des émissions de carbone sur la science du climat.

Autre facteur encourageant, 63 % s’engagent en faveur des Objectifs de développement durable (ODD). En interne comme en externe, les moyens sont déployés pour mettre en action leurs intentions de transition : 95 % mettent en place des initiatives internes visant à encourager les actions responsables du personnel et 65 % entreprennent des actions pour influencer le comportement des consommateurs en fournissant notamment des informations sur leurs offres à faible émission. 

Industrie lourde en transition 

Si les impacts du changement climatique continuent de s’intensifier, tout comme l’inquiétude de l’opinion publique, le niveau des meilleures pratiques ne cesse d’augmenter. En somme, le leadership en matière de climat est possible, quelle que soit son secteur et sa localisation. 

Camille Lingre
Rédactrice en Chef The Good. Diplômée d’un Master en communication et journalisme, elle commence en agence de publicité chez DDB Paris puis intègre la rédaction d’INfluencia en 2017 et passe rédactrice en chef adjointe en 2020. Passionnée de littérature et engagée dans les luttes pour la justice sociale et la reconnaissance des minorités, elle est co-fondatrice d’une club de lecture et podcast féministe et membre de l’association de journalistes AJL.

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