Climat : une peinture ultra-blanche « plus efficace qu’un climatiseur »

En réfléchissant jusqu’à 98,1% des rayons du soleil, « la peinture la plus blanche jamais produite » découverte par des chercheurs américains pourrait jouer un rôle crucial dans le réchauffement climatique.

Les îles Cyclades de Grèce sont un exemple emblématique des extraordinaires pouvoirs du blanc sur les niveaux de températures. Dans cet archipel méditerranéen, les maisons sont chaque année repeintes à la chaux, dont le blanc immaculé permet de réfléchir la lumière du soleil. Une façon naturelle de préserver la fraîcheur intérieure d’un logement, mais aussi de limiter la température extérieure. Ce phénomène, dit effet albédo, traduit le fait qu’un corps clair réfléchira fortement les rayons solaires et donc la chaleur hors de la stratosphère, là où un corps noir absorbera en grande partie la chaleur du soleil et participera à l’effet de serre. Et c’est justement dans cette perspective de la limitation de la température qu’un groupe de chercheurs a mis au point il y a quelques mois ce qu’ils appellent « la peinture la plus blanche jamais produite ». Un blanc éclatant, immaculé, « plus blanc que la neige » qui est né de longues recherches impliquant le test d’une centaine de matériaux et d’une cinquantaine de combinaisons. Leur étude montre que cette peinture permet de refroidir une surface de 4,5°C, et ce en plein soleil. Une baisse de température considérable dans des pays où les vagues de chaleur produisent des dégâts dramatiques. 

Fini la clim, place à la gouache

Appliquée sur un toit de 93 mètres carrés, la peinture produit un pouvoir réfléchissant qui permet de refroidir ce que nécessiterait l’équivalent de 10 kilowatts d’énergie (c’est -à -dire le besoin de la plupart des climatiseurs d’intérieur). Cet exemple souligne l’efficacité de la trouvaille : ladite peinture produit le même effet de refroidissement qu’un climatiseur à ceci près qu’elle ne libère pas d’importantes sources de chaleur ni n’utilise de liquide de refroidissement polluant. Ceci étant dit, l’étude des chercheurs n’est qu’une redécouverte des connaissances du passé. L’utilisation de peintures blanches à des fins de refroidissement date a minima de plusieurs siècles et était notamment connue au Moyen-Orient et en Asie. Ce qui fait la valeur de la découverte actuelle, c’est la recette qui permet d’arriver à un blanc aussi immaculé, lequel réfléchit la lumière à 98,1%, contre 80 à 90% pour les peintures blanches classiques. L’ingrédient miracle n’est autre que le sulfate de baryum, un matériau utilisé pour blanchir les cosmétiques. Ses propriétés permettent de renvoyer le rayonnement solaire dans l’espace lointain sans produire d’effet sur les températures terrestres. Une solution qui nous intime de troquer le climatiseur pour le pinceau et de repeindre nos tuiles et nos façades en blanc plutôt que d’acheter un énième climatiseur pour traverser la canicule. 

Une commercialisation au plus tard pour 2023

Les chercheurs américains annoncent pouvoir commercialiser leur peinture ultra-blanche d’ici un à deux ans. Le brevet a déjà été déposé et le prix pourrait être similaire à celui des peintures actuelles. Un argument de poids pour industrialiser et commercialiser la peinture à travers le monde. Seul problème à l’horizon, la quantité vertigineuse de sulfate de baryum nécessaire à la production de cette peinture ultra-blanche. Ce matériau nécessite une extraction des sols et donc le déploiement de tout un appareillage polluant.  L’université britannique de Sheffield recommande ainsi un calcul d’un coût-bénéfice entre la quantité de CO2 émise par l’extraction et les émissions qu’éviterait l’usage de la peinture. En attendant ce travail, de nombreux projets de « blanchiments urbains » sont d’ores et déjà déployés à travers le monde. De Quimper à New York, plusieurs villes ont commencé à repeindre les toits de leurs immeubles en blanc pour limiter les vagues de canicule. Une idée pertinente si on se réfère aux scénarios des chercheurs : selon leurs estimations, plusieurs centaines de millions de tonnes de CO2 pourraient être économisées d’ici 2050 grâce au blanchiment des surfaces. Alors à vos pinceaux. 

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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