C’est la première étude exhaustive évaluant autant de menaces sur un horizon de temps aussi long (de 2025 à 2100).
Ce classement balaie tout ce qui pèse sur la santé, y compris les facteurs socio-économiques. Il a été coordonné par Christopher Murray (directeur de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) et Natalia Kanem, ex-directrice du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).
Christopher Murray est aussi à l’origine du fameux rapport sur le Global Burden of Disease (GBD) qui analyse l’impact depuis 1993 (le « fardeau ») mondial des maladies, au-delà du strict domaine médical.
L’étude publiée, tout comme le GBD, s’appuient sur un indicateur commun : le DALY, le Disability-Adjusted Life Years ou « années de vie corrigée de l’incapacité ». Il s’agit d’une année de vie en bonne santé perdue, que ce soit par décès prématuré, maladie ou handicap.
17 menaces principales ont été identifiées, sur des centaines de menaces potentielles figurant dans un scénario de référence établi sur la base des données historiques disponibles entre 1999 et 2023 et sur les rapports précédents du Global Burden of Disease.
Pour chacune d’entre elles, ont été calculés les DALY évitables cumulés sur la période allant de 2025 à 2100. Ce calcul se fonde sur deux scénarios futurs plausibles dans le meilleur et dans le pire des cas, pour 204 pays et territoires, par tranche d’âge, par sexe et par cause.
Des dizaines de milliards d’années de vie en bonne santé perdues
Les plus dangereuses sont l’obésité, la mauvaise alimentation et la sédentarité, avec 23,10 milliards de DALY évitables, soit 9,40 % de la charge globale de morbidité. Viennent ensuite le faible niveau d’éducation et les inégalités de revenus.
Autres facteurs de mortalité précoce : la mauvaise santé mentale, le vieillissement en mauvaise santé, les conflits armés classiques, le tabagisme, l’hypertension artérielle, la résistance aux antibiotiques, les pandémies naturelles, l’usage excessif d’alcool, le changement climatique, la pollution de l’air par les particules fines, l’effondrement de l’aide publique au développement pour la santé et la malnutrition infantile.
Un usage malveillant de l’intelligence artificielle (IA) et un conflit nucléaire entraînant une famine sont identifiés comme recelant un potentiel d’extinction massive. Faute de données historiques concernant ces deux menaces, la commission a recouru à des estimations de « superprévisionnistes ». Christopher Murray reconnait que « ces estimations sont plus incertaines et exploratoires que celles fondées sur des décennies de données empiriques. »
Si le changement climatique n’apparaît qu’en 14e position, c’est que l’étude ne tient compte que des impacts directs sur la santé. Déplacements de population, sécheresse, stress hydrique, risques de submersion ou de catastrophe naturelle, n’y sont pas comptabilisés.
Convaincu que « l’avenir n’est pas inéluctable », l’auteur de l’étude insiste sur son objectif premier : fournir aux décideurs un outil prospectif permettant une action coordonnée.
« Notre message principal est que les gouvernements ne peuvent pas se concentrer sur une liste restreinte de 3 à 5 menaces, insiste Christopher Murray, mais doivent mettre en place des institutions capables de faire face à un ensemble de menaces plus large et complexe. »
Renforcer la préparation et la surveillance face à ces menaces, soutenir les avancées scientifiques et booster considérablement les investissements dans les innovations de rupture sont dûment recommandés. Et ce, sans tarder car, rappelle Christopher Murray,
« retarder l’action ne réduit pas les coûts, cela ne fait que les reporter et les accroître à l’avenir. »