Limoges : des routes en liège contre la pollution sonore

La ville des arts du feu expérimente un tronçon de route à base de liège afin d’atténuer le bruit des voitures. Un test sur trois ans dont la généralisation pourrait réduire fortement les nuisances sonores de nos villes.

Le liège est à la mode. Il est présent dans nos bouteilles de vin bien sûr, mais aussi dans nos vêtements, nos voitures, nos maisons. Produit à partir de l’écorce du chêne-liège notamment, ce matériau est particulièrement prisé car il est étanche, isolant et ignifuge. Des propriétés multiples qui ont motivé la métropole de Limoges à en intégrer une petite quantité dans le revêtement du boulevard de la Valoine. Une route très passante dont le tronçon test a été divisé en trois portions sur 200 mètres de long. La première partie est à base de graviers, de sable et de bitume – composants classiques de l’asphalte -, la deuxième est dotée d’un enrobé phonique déjà utilisé pour compresser le son et la troisième dispose en plus d’un enrobé au liège. De quoi analyser les différents effets des matériaux sur la propagation du son.

Une absorption entre 30 et 70% des sons

Cette installation est l’aboutissement de nombreux essais en laboratoire réalisés par Limoges Métropole et l’Université de Limoges. « Nous avons incorporé 1% de copeaux de liège » souligne à France 3 le directeur de l’entreprise de travaux publics chargée du projet Yoann Feix. S’il est pour le moment difficile de connaître l’effet insonorisant des routes agrémentées en liège, c’est que le bitume neuf et lisse atténue déjà largement le son des roulements. Selon plusieurs sites spécialisés, le liège a des propriétés absorbantes pour les ondes acoustiques et les vibrations, pouvant aller de 30 à 70% dans une gamme de fréquences assez large. Un isolant phonique dont les effets seront mesurés tout au long des trois années d’expérimentation. Des sonomètres permettront d’obtenir des résultats affinés et d’adapter la composition de revêtement en fonction.

Un matériau de recup’ et bio sourcé  

L’autre avantage du liège, c’est qu’il est bio sourcé. Cela signifie qu’il provient de la biomasse, plus particulièrement du chêne-liège, et que sa coupe est soumise à replantation. Le liège est également récupéré des chutes d’une entreprise. « Ce sont les restes des découpes d’une usine alsacienne » précise Yoann Feix. À terme, le liège pourrait être issu d’une filière de recyclage afin d’en baisser le coût économique et environnemental. Pour le moment, ce dernier, importé du Portugal, coûte 50% plus cher qu’un enrobé phonique classique. Localiser la production et trouver des fournisseurs français permettraient de rendre le procédé plus rentable.

80% des nuisances imputables aux transports 

La pollution sonore est un phénomène croissant qui est encore mal compris. Elle affecte aussi bien les humains dans leur sommeil, leur stress et leur concentration, que les animaux, insectes et végétaux. Or, selon l’ADEME, dans près de 80% des cas, les nuisances sont imputables aux transports, et notamment au transport routier. Pour mener une expérimentation complète, Limoges prévoit d’installer le revêtement à base de liège sur une portion de route au cœur de la ville d’ici 2022. Cela permettra de prendre en compte le ressenti des riverains et de voir à quel point ce matériau pourrait améliorer leur cadre de vie.

Limoges à la pointe de la route

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Limoges s’essaye aux expérimentations urbaines. En 2016, la ville des arts du feu avait lancé son opération Lumiroute afin de tester différents revêtements aux teintes claires. Le but : déterminer lequel d’entre eux réfléchissait le mieux la lumière des nouveaux réverbères LED. Le bilan s’est avéré très positif dans la mesure où 70% d’économie d’énergie a été réalisée. La ville a également testé un revêtement avec 30% de granulat de céramique, toujours pour mieux réfléchir la lumière, mais en intégrant les ressources propres à son territoire. 200 à 300 tonnes de déchets porcelainiers jusque là enfouis pourraient être valorisés chaque année. Le prochain test sera l’opération Luciole qui va associer revêtement clair, lampadaires à LED et détecteurs de mouvements. Une combinaison destinée à faire varier l’intensité de l’éclairage en fonction de la présence de conducteurs sur la route. Preuve s’il en est que les villes de taille moyenne jouent un rôle clef dans la transition.

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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