Cette fois, le Covid ne peut être tenu pour seul responsable d’une baisse persistante des résultats des élèves de 15 ans dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE et singulièrement en France. Comme lors des deux précédentes éditions, l’Asie occupe les premières places, Chine en tête.
En 2022 déjà, le classement PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) avait sonné l’alarme sur le décrochage des résultats des élèves en France et dans le monde. Trois ans plus tard, l’enquête menée en 2025 auprès de 760 000 adolescents dans 91 pays – dont 6 501 élèves français – révèle que la situation s’est encore dégradée.
La France recule d’une place depuis le dernier classement de 2023, en 27e position des pays de l’OCDE, directement derrière la Suède et la Slovénie et devant l’Italie et le Portugal, mais largement devancée par l’Estonie (6e). En mathématiques, en lecture ou en sciences, les connaissances régressent. En outre, on note une augmentation de la part des élèves en grande difficulté, notamment en mathématiques et en compréhension de l’écrit – plus d’un tiers – et une baisse continue de la proportion de ceux ayant les résultats les plus élevés.
Inégalités et disparités bien françaises
Surtout, la France est toujours l’un des pays ou les inégalités de performances selon les origines sociales des élèves sont les plus importantes. C’est surtout vrai en mathématiques et en compréhension, un peu moins en sciences. Si cet écart a légèrement diminué, c’est que le niveau des élèves les plus favorisés a plus baissé que celui des élèves les plus défavorisés.
D’autres tendances sont particulièrement marquées : une grande disparité entre des scores des élèves de 2de générale comparables à la moyenne des pays européens les plus performants et ceux de 2de professionnelle, parmi ceux ayant les plus faibles résultats. Disparités aussi entre les genres : filles et garçons obtiennent des résultats similaires en culture scientifique mais les adolescentes sont bien meilleures en compréhension de l’écrit, un avantage qui n’a cessé de de creuser depuis 2012.
Certaines raisons invoquées pour expliquer ce glissement sont largement partagées au sein de l’OCDE, notamment la corrélation entre l’utilisation accrue de l’IA et de faibles résultats en sciences, le désinvestissement des parents ou le rapport aux apprentissages.
Cependant, comme le souligne l’analyste éducation de l’OFCE Éric Charbonnier, « la France a manqué de cohérence ces dix dernières années et que le collège est resté l’angle mort des réformes. » Par ailleurs, le climat scolaire reste marqué par une forte perturbation des cours, un établissement sur cinq manque de matériel pédagogique et un sur deux, de personnel.
150 milliards de PIB en moins à l’horizon 2050
Mais notre fierté n’est pas seule en jeu. : l’économiste Xavier Jaravel, président délégué du Conseil d’analyse économique (CAE) avertit dans Les Echos que sans amélioration de la France dans ce classement, notre PIB pourrait se trouver amputé de 150 milliards à l’horizon 2050. En cause : une augmentation du taux d’échec dans l’enseignement supérieur dans les cinq prochaines années puis du taux de chômage des jeunes en raison d’une moins bonne insertion professionnelle. A plus long terme, une adoption plus lente des nouvelles technologies, menaçant la productivité et la croissance. Pour faire mentir cette sombre prédiction, le CAE avait opportunément proposé juste avant la publication du classement un plan annuel de 4 milliards d’euros dans la formation des enseignants et le changement de certaines pratiques pédagogiques destiné à rattraper le retard français.