Le rétrofit, devenir des voitures thermiques ?

Au printemps 2022, les constructeurs norvégiens pourraient ne plus vendre de véhicules thermiques neufs. Motifs : une demande en chute libre. Pendant ce temps, des pays comme l’Islande, la Suède et le Danemark prévoient la fin des commercialisations en 2030. Un déclin annoncé qui questionne l’avenir du parc existant, ouvrant la voie au rétrofit électrique.

C’est une information qui est passée sous le radar des médias généralistes. D’après une analyse pluriannuelle des chiffres de ventes de la Fédération automobile norvégienne, les dernières ventes de voitures thermiques neuves – essence ou diesel – du royaume pourraient très certainement prendre place en avril 2022. Le gouvernement avait fixé la date à 2025, mais la concurrence électrique a cannibalisé le marché. La moitié des voitures en circulation dans le pays sont d’ores et déjà électriques ou hybrides. Un virage avant-gardiste que s’engagent à prendre de plus en plus de pays. Et chose assez remarquable, il n’y a pas que des pays scandinaves dans le peloton de tête.

2030, l’horizon des bons élèves

L’un des premiers pays à s’être positionné, c’est les Pays-Bas, où le gouvernement a prévu depuis fin 2017 de ne vendre que des voitures « zéro émission » d’ici 2030. Une décision radicale qui exclurait également les véhicules hybrides. Cette année symbolique, 2030, a été reprise par de nombreux pays, au premier chef desquels l’Islande, qui a annoncé en septembre 2018 la fin de la commercialisation des véhicules thermiques neufs d’ici 2030. Mais aussi du Danemark, où le Premier ministre a annoncé vouloir « interdire la vente de nouvelles voitures essence et diesel […] dans douze ans ». Puis est venu le tour de la Suède, soutenue par le constructeur suédois Volvo, qui avait annoncé en 2017 qu’il ne vendrait plus que des véhicules électriques ou hybrides dès 2019 (une première mondiale pour un constructeur national). C’est ensuite l’Irlande qui s’est positionnée à horizon 2030, annonçant qu’après cette date, les véhicules thermiques ne seraient plus immatriculés. En France et au Royaume-Uni, la fin de la commercialisation est prévue pour 2040. Un retard conséquent qui n’est pas un cas isolé. A l’heure actuelle, des pays comme l’Espagne, l’Italie ou la Grèce sont encore silencieux sur le sujet. En attendant une réelle volonté politique, de grandes villes comme Paris, Madrid, Athènes ou Rome préparent l’interdiction des voitures diesel dans leurs enceintes. C’est peut-être la Commission européenne qui pliera le débat. Elle a proposé en juillet dernier d’interdire sur tout le territoire communautaire la vente des moteurs thermiques neufs d’ici 2035.

Face au milliard de voitures, la solution du rétrofit 

Les véhicules thermiques en circulation dans le monde sont légion. Les dernières estimations parlent de 1,4 milliard. Un chiffre inouï qui écarte l’idée d’un envoi à la casse et d’un recyclage, d’abord car la fabrication d’un habitacle est coûteux en ressource, ensuite parce que le recyclage est en lui-même une opération énergivore. À l’inverse, l’essor d’un marché d’occasion pourrait être une première piste en ce qu’il permettrait d’éviter au plus tôt l’achat de voitures neuves. Mais selon de nombreux spécialistes, la solution la plus pertinente, c’est le rétrofit électrique (la rénovation), soit le remplacement du moteur thermique par un moteur électrique sans changer l’habitacle. Le rétrofit permettrait une transformation du parc existant, avec notamment la conservation de la carrosserie du véhicule dont la composition en acier est très gourmande en charbon. Une voiture « rétrofitée » revient à troquer la trappe à carburant pour une prise électrique, le moteur à combustion pour des batteries lithium et le ronronnement du moteur pour une propulsion silencieuse. Cette pratique n’est autorisée que depuis mars 2020 en France, et ce pour certains types de véhicules. Reste que le secteur est depuis en pleine ébullition, et qu’il représente une issue solide dans la transition. Selon l’ADEME, électrifier une voiture diesel réduirait de 66% ses émissions de CO2. Et face à l’achat d’un véhicule neuf électrique équivalent, les gains d’émission sont de 47%. Des chiffres très encourageants qui placent le rétrofit au centre de la transition énergétique à venir. Cette méthode de conversion est particulièrement intéressante en France, où 85% des voitures qui roulent sont thermiques. Qui sait, peut-être que demain, nos bonnes vieilles Peugeot 206 posséderont des batteries européennes alimentées à l’électricité nucléaire française.

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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