05/05/2026

Temps de lecture : 3 min

L’adaptation : pourquoi c’est un investissement qui en vaut vraiment la peine

Le coût de l'inaction climatique pourrait atteindre 143 milliards d'euros et jusqu'à 25 % des bénéfices des entreprises en 2025. L'absence d'indicateurs de mesure et le caractère « écosystémique » de l'adaptation restent de sérieux défis à relever pour les entreprises.

 Par Frédéric Rodriguez, Président Fondateur de R3 – Cabinet conseil en transition énergétique

Sur le long terme, le coût de l’inaction climatique est largement supérieur aux investissements en faveur de l’atténuation ou de l’adaptation, selon le ministère de la transition écologique lui-même.

En 2025, le coût des sinistres climatiques s’est élevé à 5,2 milliards d’euros selon les chiffres de France Assureurs. Pire, le montant des dégâts cumulés entre 2020 et 2050 pourrait atteindre 143 milliards d’euros (pdf, p.29) et représenter jusqu’à 25 % des bénéfices des entreprises (pdf p.14).



Sur le plan de l’atténuation, nos entreprises ont opéré un tournant dans leur rapport à la question climatique, consolidant leurs démarches (bilans carbone, stratégies RSE, trajectoires de décarbonation) avec une maturité hétérogène.

Pour 68 % des dirigeants, l’adaptation au changement climatique n’est pas un enjeu majeur

Sur l’adaptation, qui suppose d’évaluer et de repenser sa chaîne de valeur à l’aune des impacts du dérèglement, le chemin reste long. Selon une récente étude de Bpifrance, deux tiers des dirigeants de PME et ETI n’envisagent pas encore l’adaptation comme un levier stratégique pour leur entreprise. Le changement climatique est pourtant un phénomène avec lequel il faut désormais apprendre à vivre, et à faire affaires.

Le manque de maturité dans les stratégies d’adaptation n’est pas totalement irrationnel. Il a même tout à voir avec le logiciel entrepreneurial.

L’adaptation résiste à la standardisation, alors que la décarbonation et l’efficacité énergétique disposent, elles, d’indicateurs dédiés qui permettent de les mesurer, les piloter et les modéliser.

La cartographie des risques intègre les spécificités d’un territoire, d’une activité, des métiers, des interactions avec l’écosystème et rend bien difficile la création d’un référentiel commun, et donc la mesure des risques.

Pourtant, le coût de l’inaction se chiffre assez bien

S’il est vrai que l’inaction coûte toujours plus cher que l’action, son chiffrage peut livrer de premières clés de lecture. Prenons un exemple concret : une unité industrielle dont les équipements s’arrêtent au-delà de 35 degrés.

En croisant les données d’exposition climatique d’un territoire, les projections des scénarios du GIEC et les réalités opérationnelles du site, il est possible d’estimer la perte potentielle de chiffre d’affaires par jour de canicule, à horizon 2030 puis 2040.

On obtient alors deux chiffres que tout directeur financier comprend immédiatement : le coût de l’inaction qui va bien au-delà du chiffre d’affaires et le retour sur investissement des mesures d’adaptation envisagées.

Les risques climatiques ne s’arrêtent pas aux murs de l’entreprise

Ces risques affectent les chaînes d’approvisionnement, redessinent les comportements des consommateurs et modifient jusqu’aux critères d’attractivité des territoires.

Une entreprise agroalimentaire dont le fournisseur est exposé au stress hydrique dans les régions du sud, un distributeur dont le réseau logistique traverse des zones inondables en régions fluviales, un groupe hôtelier en première ligne du recul du trait de côte le long du littoral : dans chacun de ces cas, la vulnérabilité est « écosystémique » et la réponse doit l’être aussi.

Pour intégrer pleinement l’adaptation dans le pilotage de la performance, il est nécessaire de conjuguer plusieurs approches complémentaires.

D’abord, une approche territoriale, fondée sur un diagnostic de vulnérabilité réalisé site par site, ancré dans les réalités locales et les contraintes métier.



Ensuite, une approche opérationnelle, permettant de passer du diagnostic à l’action. L’ingénierie facilite la mise en œuvre de solutions concrètes, qu’elles soient infrastructurelles, technologiques ou organisationnelle, tout en intégrant ces enjeux dans la gouvernance, jusqu’au comité exécutif.

Elle permet aussi d’éviter la maladaptation, dont les conséquences peuvent être aussi négatives que les impacts du changement climatique. Enfin, cela suppose d’allouer des moyens de financement dédiés pour anticiper dès aujourd’hui les investissements de demain.

L’adaptation, une stratégie pour gagner aussi en compétitivité

Il est une dernière dimension que les entreprises sous-estiment encore : l’adaptation crée une valeur qui rayonne bien au-delà de leurs propres murs.

Quand une organisation renforce sa résilience climatique, c’est tout son écosystème qui en bénéficie.

Les assureurs s’emparent de la question de la prise en compte de ces démarches dans la définition des primes. Les investisseurs intègrent progressivement la résilience dans leurs critères de valorisation. Les partenaires financiers et les acheteurs en font aussi un paramètre de sélection.

Les entreprises qui auront structuré leur approche de l’adaptation dans les prochaines années ne se contenteront donc pas de limiter leurs pertes. Elles seront mieux positionnées pour accéder aux financements, fidéliser leurs partenaires, assurer la continuité de leurs activités et saisir les marchés qui se dessinent autour de l’économie de la résilience.

L’adaptation n’est donc pas seulement une assurance contre l’éventualité du pire. C’est un terrain d’innovation économique et stratégique pour celles et ceux qui auront choisi de s’y engager avant que le choix ne leur soit imposé dans l’urgence.

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