Énergie : bientôt des cerfs-volants générateurs, dans les airs comme en mer

Imaginez un cerf-volant photovoltaïque perché dans les cieux pour récolter l’énergie du soleil. Ou bien son versant hydraulique, un « cerf-volant sous-marin » qui récupère dans un mouvement de looping l’énergie des courants. Il s’agit de deux prototypes en phase de test, qui pourraient bien bousculer les manières dont on produit de l’électricité renouvelable.

Le cerf-volant est un objet dont la simplicité contraste avec le potentiel. Avec un simple morceau de toile, une armature et quelques fils, on se retrouve à piloter une voile qui fend l’espace au gré du vent. Avec des vitesses parfois inouïes, comme en atteste le record du monde à 189 km/h lors d’un championnat en Allemagne. À l’origine, on parlait de serp-volant, serpe signifiant serpent, mais le mot ayant progressivement disparu de la langue française, il a été transcrit phonétiquement en cerf-volant. Son invention remonte grossièrement à l’Antiquité, où il était notamment utilisé par les Chinois à des fins militaires de communication, d’intimidation, voire pour porter des hommes lors de missions de reconnaissance. Ses fonctions ont tour à tour été magiques, religieuses, puis photographiques, météorologiques, radiophoniques. Ce serait d’ailleurs le cerf-volant en forme de caisse qui aurait inspiré les premiers avions à la fin du XIXe siècle. Avec une histoire si chargée, il n’était qu’une question de temps avant que les cerfs-volants ne deviennent des générateurs d’énergie.

Le cerf-volant solaire, digne successeur du groupe électrogène

Deux jeunes français ont créé Zéphyr Solar, un premier prototype de cerf-volant photovoltaïque à destination des populations sinistrées. L’objectif de l’engin, alimenter de façon nomade et accessible un hôpital de fortune, un camp de réfugiés ou une zone touchée par une catastrophe naturelle. Le cerf-volant permettrait d’apporter lumière et chauffage, mais aussi d’installer un réseau de communication. Pour y parvenir, les jeunes ingénieurs ont créé un kit d’assemblage simple qui pourrait bientôt ringardiser les groupes électrogènes, lesquels tournent aux énergies fossiles. Il s’agit d’un ballon de trois mètres de diamètre, sustenté à l’hydrogène pour voler, et recouvert de panneaux photovoltaïques légers. Il est raccordé à un caisson par un câble électrique pour transférer l’énergie. Il suffira de douze heures pour produire de l’énergie. L’avantage du cerf-volant solaire, c’est d’obtenir plus de lumière et d’énergie qu’une installation au sol. Si ses premières applications sont humanitaires, l’engin pourrait aussi être utilisé en festival, voire dans son propre logement, en autoconsommation.

Le cerf-volant sous-marin, héritier des hydroliennes 

On sort du règne des vents pour entrer dans celui des courants. Car les cerfs-volants peuvent aussi bien se déplacer dans les airs qu’en mer, et produire davantage d’énergie que les hydroliennes classiques. Leur avantage : une liberté de mouvement rendue possible par le fait qu’elles ne sont pas arrimées au fond de l’eau. Le prototype le plus encourageant, c’est la Deep Green Turbine de l’entreprise Minesto. Retenu par un câble, ce cerf-volant sous-marin effectue des loopings en forme de huit afin de générer de l’énergie. À l’origine, le prototype était pensé comme une éolienne volante, mais les concepteurs du projet ont vite réalisé que l’engin serait plus efficace sous l’eau au regard de sa densité. Le déplacement par looping permettrait de se déplacer plus vite que le courant, et de générer de l’électricité même dans des zones de faibles courants. Le concept avait déjà été testé avec un kite hydrolien au Pays de Galles, mais aussi aux îles Féroé, entre l’Islande et la Norvège. Un nouveau design de ce cerf-volant sous-marin, baptisé « Dragon Class », va également être testé par EDF à Paimpol, dans les Côtes d’Armor. Les expérimentations s’accélèrent et soulignent le potentiel de l’hydrolien. Minesto a déjà annoncé des projets en Suède, en Irlande du Nord et à Taïwan, et vient de signer un protocole d’accord avec l’industriel français Schneider Electric. De quoi rendre désuètes les manières dont on produit actuellement de l’électricité.

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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