Comment le climat se réchauffe-t-il ?

Pas encore prêt à lire les rapports du GIEC pour comprendre comment et pourquoi le climat se réchauffe ? Notre journaliste Romain Salas vous propose un résumé ultra-concentré pour mieux appréhender les enjeux du couple énergie-climat.

Pour bien comprendre les bases du climat, il faut d’abord saisir ce qui le différencie de la météo. Le climat est une vue d’ensemble sur le temps long. C’est la moyenne statistique des conditions atmosphériques d’une région, le tout calculé sur plusieurs décennies – généralement 30 ans. La météo à l’inverse, c’est un ressenti sur le temps court, une moyenne locale des conditions atmosphériques sur quelques jours. La différence est donc spatiale et temporelle, ce qui signifie qu’un climat est au fond la somme statistique d’une grande série d’analyses météorologiques successives. C’est en outre la dimension statistique du climat qui rend son évolution si difficilement appréhendable par nos sens. Par exemple, le fait qu’une semaine très douce en hiver relativiserait le réchauffement climatique. Les phénomènes météos, souvent locaux et variables, ne sont par principes jamais pertinents dans l’étude du climat. Cela dit, certains phénomènes météorologiques sont si violents qu’ils sont naturellement imputés à la dérive climatique. On parle alors de phénomènes extrêmes, à l’image des insoutenables vagues de chaleur qui assujettissent l’Inde.

L’effet de serre

La différence climat météo étant faite, passons à l’effet de serre, dont le rôle est central dans la régulation du système climatique. Il s’agit du même phénomène que celui qui intervient dans la serre d’un jardinier. La chaleur se retrouve emprisonnée afin de créer les conditions idéales de vie, à la différence que la toiture de la serre atmosphérique n’est pas composée de plastique, mais de gaz. Ainsi, lorsque les rayons du soleil atteignent la terre, environ un tiers d’entre eux sont renvoyés dans l’espace grâce au pouvoir réfléchissant des nuages, de la neige et des déserts – c’est l’effet albédo des surfaces claires. Si les deux autres tiers sont absorbés par le sol et l’océan, une partie des rayons est naturellement renvoyée vers l’atmosphère, laquelle bloque à son tour une portion du rayonnement grâce aux nuages. Ce sont ces allers-retours en forme de ping-pong qu’on appelle l’effet de serre. Sans ce balayage thermique, il n’y aurait jamais eu une chaleur suffisante pour que la vie apparaisse sur terre. . Ceci étant dit, les gaz à effet de serre d’origine humaine sont émis dans des quantités si considérables depuis 150 ans qu’ils modifient en profondeur l’équilibre thermique de l’atmosphère. C’est ainsi que l’effet de serre, qui par essence rend la vie possible sur terre, devient si prégnant qu’il réchauffe l’atmosphère de façon excessive, provoquant ce que d’aucuns appellent le réchauffement climatique.

Le carbone

L’atmosphère est composée de différents gaz dont le CO2, lequel est principalement émis par la combustion d’énergies fossiles. Sa stabilité chimique étant extrêmement stable, il se dissout très lentement dans le temps, nécessitant a minima plusieurs centaines d’années. Les océans et les forêts ont donc un rôle crucial dans l’absorption du carbone. Mais ce cycle est gravement perturbé par la déforestation et la surpêche, lesquels dégradent les écosystèmes au point d’épuiser leurs capacités. C’est en outre pour ça qu’on qualifie le changement climatique d’irréversible. Si nous arrêtons les émissions en 2022, il faudra plus de 100 ans pour absorber moins de la moitié du CO2. Une échelle de temps qui dépasse très largement les temporalités d’une entreprise ou d’un quinquennat. Pour compléter le tableau, on doit aussi mentionner le pouvoir de réchauffement global (PRG), qui permet de comparer les gaz à effet de serre entre eux. Cet indicateur montre notamment que le méthane a un pouvoir de réchauffement global beaucoup plus fort que celui du CO2, mais une durée de séjour beaucoup plus courte. C’est pourquoi le GIEC insiste dans son dernier volet sur l’enjeu impérieux de réduire notre consommation mondiale de viande bovine, dont les émissions de méthane sont très significatives.

Histoire climatique

Pour comprendre comment le climat a évolué et constituer des archives climatiques, les scientifiques ont plusieurs méthodes. Celle qui permet de remonter le plus loin est celle des sédiments océaniques des fonds marins, dont l’analyse permet de remonter 60 millions d’années en arrière. La seconde, plus précise, consiste à prélever des calottes de glace en Antarctique, là où la neige ne fond pas, mais au contraire se tasse sous son propre poids pour se transformer en glace. Des bulles d’air sont alors emprisonnées, constituant des échantillons idéaux pour évaluer les atmosphères passées, en fonction de la profondeur du forage. La carotte la plus profonde date de 800 000 ans. Or, depuis ces temps immémoriaux, jamais le climat ne s’est réchauffé aussi vite qu’aujourd’hui. Une autre méthode pour étudier le climat sur des périodes plus courtes est la dendrochronologie, c’est-à-dire l’étude des cernes des arbres – les anneaux situés à l’intérieur de leur tronc. Et enfin, depuis 1860, les climatologues utilisent également des thermomètres marins disposés à l’avant de la plupart des bateaux commerciaux du globe. De quoi obtenir des chiffres incontestables et scier l’argument des climatosceptiques sur le caractère supposément infondé du réchauffement climatique. 

Romain Salas
Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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