Climat et alimentation : pourquoi les supermarchés français sont à la traîne en Europe
Une enquête révèle que les supermarchés tricolores sont en queue de peloton quant à leurs actions pour inciter leurs clients à une alimentation moins carnée.
Les enseignes européennes de grande distribution n’en font pas assez pour le climat. C’est ce qui ressort de la première enquête portant sur les actions entamées par 27 réseaux de huit États membres différents, pour réduire leur empreinte carbone.
Associé au think tank néerlandais Questionmark et aux associations partenaires Madre Brava, ProVeg International et WWF Pays-Bas, le Réseau Action Climat publie la première édition de cette Superlist Environment Europe.
Ce classement porte notamment sur la conformité des plans climatiques des supermarchés européens avec l’accord de Paris et sur la manière dont ils orientent leurs ventes de protéines vers davantage d’aliments d’origine végétale.
Lidl en tête aux Pays-Bas
Sur ces critères, l’enseigne Lidl se distingue aux Pays-Bas, en Pologne, en Allemagne et en Espagne. C’est également le cas des distributeurs néerlandais Albert Heijn et Jumbo, et dans une moindre mesure des supermarchés allemands Rewe et Aldi Süd.
Les Français, en revanche, ne figurent même pas dans le top 10. Carrefour se positionne au douzième rang, Intermarché au vingtième, et Leclerc, premier distributeur tricolore en termes de part de marché, figure bon dernier du classement.
Le plan climat de Leclerc, en particulier, ne communique pas ses émissions de gaz à effet de serre et ne comprend aucune feuille de route affichant des objectifs de court-terme. Mais c’est surtout la faiblesse de leurs actions en faveur d’une alimentation plus riche en aliments végétaux de qualité et moins en protéines animales, qui pénalise les enseignes françaises.
Or, comme le relève Charlotte Linnebank, directrice de Questionmark : « Les supermarchés ont le pouvoir de façonner un système alimentaire plus sain et plus respectueux du climat. »
Quand la viande retarde la stratégie alimentaire française
D’autant plus que ce régime est préconisé par l’ONG EAT et la revue médicale britannique The Lancet dans leur plan pour nourrir 10 milliards d’êtres humains tout en s’attaquant au dérèglement climatique, à l’érosion de la biodiversité, à explosion des maladies chroniques et aux inégalités sociales.
En France, le Conseil national de l’alimentation, le Haut Conseil pour la santé publique, ou encore le Haut Conseil pour le climat, consultés pour l’élaboration de la Stratégie nationale alimentation, nutrition et climat (SNANC) avaient tous insisté sur ce point dans leurs recommandations.
Mais début septembre, la formulation de cette piste avait été modifiée à l’initiative de Matignon. Cela avait reporté la publication de la feuille de route, qui a de nouveau été repoussée in extremis fin novembre par le gouvernement de Sébastien Lecornu, et affiche aujourd’hui plus de deux ans de retard.
Sébastien Lecornu, à Matignon le 3 octobre 2025. Copyrights : AFP
Le sujet suscite des levées de boucliers auprès d’agriculteurs à bout, pour qui le Mercosur, les normes sanitaires et environnementales représentent autant de boucs émissaires. Ce retard des supermarchés tricolores reflète donc un sujet de crispation typiquement français.
Le Réseau Action Climat avait déjà souligné dans un précédent rapport cette faiblesse des enseignes françaises, tout en insistant sur leur rôle d’accompagnement des éleveurs vers des productions durables.
Devant les faibles progrès accomplis par les supermarchés français ces dernières années, le RAC exhorte d’ailleurs le gouvernement à renforcer l’encadrement du secteur et à publier enfin la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat. Un appel à ce jour resté lettre morte.