05/05/2026

Temps de lecture : 4 min

Climat, déconsommation, départs en retraite… comment les vignerons innovent tous azimuts pour répondre à ces défis inédits

Les viticulteurs et vignerons certifiés Terra Vitis font feu de tout bois pour assurer la pérennité de leurs exploitations et, à terme, favoriser leur transmission dans un contexte difficile.
Vins de Loire en canettes

Déjà présent à bord des avions, du vin en canette bientôt disponible en supermarchés

« La vigne, c’est un cycle annuel, avec un début et une fin. Cette année, il a commencé 10 jours plus tôt qu’en 2025, qui était déjà la plus précoce des trois dernières années ».

Pour Jérôme Choblet, président de la fédération Terra Vitis mais aussi propriétaire et vigneron de plusieurs domaines de vins de Loire, « la vigne est l’un des plus beaux témoins du changement climatique. »

Mais ce défi n’est pas le seul auquel le secteur fait face. Victime de gels tardifs et de maladies en partie liées à ces évolutions, la vigne française est aussi confrontée à des prix de l’énergie qui explosent.

Une consommation de vin en baisse d’un tiers depuis 2010

Les viticulteurs font aussi face à des départs en retraites massifs et à une difficulté à trouver des repreneurs. Les exploitations ont vu leur valorisation s’envoler au cours des dernières décennies, alors que la consommation, en baisse d’un tiers entre 2010 et 2024, continue de reculer (-3,6% en 2025).

Dans moins de 10 ans, plus de la moitié des exploitants auront plus de 60 ans, et la moitié sont sans repreneur.

Dans ce contexte, Terra Vitis se fixe comme priorités de produire de façon à pérenniser les exploitations et à assurer l’avenir en favorisant la transmission. Née il y a plus de 25 ans, cette fédération, qui délivre une certification garantissant l’engagement pour une viticulture responsable et durable, rassemble 1800 membres, représentant 45 000 hectares de vignes « engagées. »

« Le cahier des charges, qui évolue en fonction des progrès techniques et scientifiques et intègre les nouveaux enjeux au fil de l’eau, repose sur un trépied, précise la directrice Anne-Laure Ferroir : engagement environnemental, responsabilité sociétale (notamment transparence et traçabilité) et durabilité économique, indispensable en vue d’une transmission

Concernant le climat, la profession se penche depuis longtemps sur son empreinte carbone. En Bourgogne, le premier bilan date de 2007, rappelle Mathieu Haudot, qui anime le plan climat filière établi en 2023, « sur un sujet qui a pris de l’importance depuis le Covid ».

Des bouteilles plus légères, c’est des milliers de tonnes de C02 en moins

Les viticulteurs se sont emparés de longue date d’un poids lourd de leur empreinte carbone : le packaging (40 à 50% du total) et en premier lieu, la bouteille, qui en représente de 60 à 80%.

SWR (Sustainable wine roundtable), un consortium international rejoint par Terra Vitis en 2021, préconise un poids moyen de la bouteille de 420 grammes, contre 550 au départ. Il est aujourd’hui de 460 grammes chez les adhérents de Terra Vitis, ce qui représente une économie de 7000 tonnes de CO2.

Chez Jérôme Choblet, la bouteille est déjà passée de 380 à 360 grammes. « Cela fait longtemps que nous y travaillons, car au-delà des économies de CO2, une bouteille plus légère, ce sont aussi des économies financières ». En revanche, celles fabriquées par Verallia dans un four électrique présentent une excellente empreinte carbone, mais coûtent nettement plus cher.

Quant au champagne, l’épaisseur du verre, donc son poids, garantit la résistance à la pression, ce qui limite la marge de manœuvre. Une autre piste consiste au contraire à alourdir les bouteilles pour les rendre plus résistantes afin d’en favoriser le réemploi, le cas échéant dans le cadre d’une consigne. Mais la diversité des formes selon les régions complexifie l’industrialisation du nettoyage des bouteilles.

À la recherche de cépages résistants

Les membres de Terra Vitis prêtent attention à leur consommation en énergie et en ressources naturelles. Certains conservent leur vigne en herbe, d’autres remplacent le carburant par de l’HVO fabriquée à base d’huiles végétales hydrotraitées. 

Au-delà, des méthodes dites ZER (Zones écologiques réservoirs), telles que le couvert ou des espaces arbustifs, permettent de stocker du CO2.

« Attention, cela ne peut pas compenser les émissions de l’exploitation, ce sont deux méthodes de calcul bien distinctes sur le plan scientifique », souligne cependant Raphaël Suire, chargé de mission Climat, Eau, Carbone en Val de Loire.

En Alsace, le domaine Huber et Blécher privilégie les engrais verts

Mais s’ils tentent de limiter leur impact environnemental, viticulteurs et vignerons recherchent aussi comment s’adapter, en sélectionnant des cépages plus résistants aux maladies, aux gels tardifs et à l’excès d’eau.

Certains sont même capables de donner du raisin après le gel des premiers bourgeons. Jérôme Choblet en a sélectionné 13, issus de la recherche française et italienne des 30 dernières années. « Les vins d’appellation exigent des cépages précis, mais les vins de pays offrent plus de flexibilité », précise-t-il.

Objectif : un vin neutre en carbone à horizon 2027-2028

Le président de Terra Vitis espère un premier vin neutre en carbone à l’horizon 2027/28. Son arme secrète : la canette. Il prévoit d’en commercialiser 12 millions en 2026, et 35 millions en 2033.

Pour l’heure, ses principaux clients sont des compagnies aériennes, à la recherche d’allègements tous azimuts. Il faut dire que dans 25 tonnes de vin en bouteilles, celles-ci comptent pour 12 tonnes. Pour le même poids en canettes, le poids des contenants tombe à moins d’une tonne…

Du vin en canette bientôt en vente dans des supermarchés Carrefour

Ce type de conditionnement est encore loin de faire l’unanimité. Mais la canette présente un autre avantage, celui de la portion individuelle, qui répond à l’archipélisation de la consommation. Plus besoin de s’entendre sur un vin et de finir une bouteille à deux ou trois.

Chacun peut choisir le vin qui lui plaît et le consommer en « juste » quantité. Une piste pour tenter de reconquérir les jeunes, plus adeptes de bière et de vodka que leurs parents et grands-parents, qui consommaient en moyenne 120 litres de vin par an en 1960, contre un peu plus de 22 litres en 2024. D’ailleurs, dans le cadre d’un partenariat avec Carrefour, on trouvera bientôt des canettes dans les rayons de ses supermarchés de proximité.

Reste un dilemme que la profession peine à résoudre : celui de l’œnotourisme. Cette activité, qui répond au besoin de diversification des revenus plus nécessaire que jamais face à l’incertitude climatique, est aussi très émettrice de gaz à effet de serre en raison des vols longs courriers qui amènent la plupart des visiteurs…

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