21/04/2026

Temps de lecture : 4 min

Christelle Capdupuy (Louis Vuitton) « nous nous efforçons de réduire au minimum nos émissions liées au transport, notamment en recourant au cargo à voile pour les transatlantiques»

Christelle Capdupuy, qui a rejoint LVMH en 2018 pour créer la direction Développement durable de Louis Vuitton, porte la feuille de route environnementale de la marque. Electricité "verte", transport à la voile, agriculture régénératrice... l'entreprise est sur tous les fronts.
Christelle Capdupuy, directrice du développement durable de Louis Vuitton (LVMH)

Christelle Capdupuy, directrice du développement durable de Louis Vuitton (LVMH)

The Good – Quel est le poids de Louis Vuitton dans l’empreinte environnementale du groupe LVMH  et quels sont vos principaux leviers pour la réduire ?

Christelle Capdupuy – Louis Vuitton représente 25% des émissions de CO2 du groupe, et 11% de sa consommation d’eau. En matière de CO2, 48% de nos émissions proviennent de nos matières premières, notamment des 5000 tonnes de cuir et des 3000 tonnes de coton que nous utilisons chaque année.

Dès 2020, en lien avec Life 360 (LVMH Initiatives for the Environment), nous avons entamé notre « Voyage engagé » assorti d’objectifs pour 2025. Avec comme ligne directrice, la volonté d’intégrer ces enjeux à toutes nos opérations.

Aujourd’hui, nous embarquons pour la deuxième étape de ce voyage 2026-2030, baptisée « Régénération 2030 ». Dès 2020, notre priorité, c’est la préservation de la ressource. Qu’elle soit d’origine animale ou végétale, toute matière mérite d’être préservée. Notre démarche « Re-Source » vise la réutilisation systématique de nos stocks dormants et l’intégration de l’upcycling dans nos collections. Grâce au « design to last » 600 000 de nos sacs sont réparés chaque année par 400 artisans, un dispositif que nous souhaitons étendre à tous nos produits.

Mais, au-delà de la préservation, la régénération que nous visons désormais consiste à redonner à la nature ce qu’on lui emprunte. Si nous l’avions lancé en 2020, un tel programme n’aurait été qu’une vision. Mais aujourd’hui, nous pouvons nous appuyer sur les réalisations déjà accomplies et en faire un véritable objectif.

The Good – Précisément, quelles sont les avancées de ces dernières années ?

Christelle Capdupuy – Nous sommes passés de 52 à 98% de matières premières certifiées, et avons fait baisser le plastique à usage unique dans nos emballages de 90% par rapport à 2019. Par ailleurs, nos sites de production et logistiques sont alimentés à 91% en électricité verte, soit via des contrats passés avec des fournisseurs, soit grâce à de la production in situ.

Nous avons moins de marge de manœuvre sur nos magasins, surtout ceux qui sont implantés dans des malls (centres commerciaux) comme c’est le cas dans de nombreux pays. Mais en Chine, par exemple, ces centres commerciaux sont alimentés à 90% par de l’électricité renouvelable.

Par ailleurs, nous nous efforçons de réduire au minimum nos émissions liées au transport, notamment en recourant au cargo à voile pour les transatlantiques, avec notre partenaire Grain de Sail. Mais concernant le transport de nos produits, le plus efficace reste une prévision des ventes la plus fine possible.

Enfin, en matière de régénération, nous avons entamé un programme d’envergure sur le cuir.

The Good – En quoi ce programme consiste-t-il ?

Christelle CapdupuyNous visons 100% d’élevages régénératifs parmi nos partenaires en 2030, mais il n’existe pas aujourd’hui de certification. Depuis 2023, nous collaborons avec des scientifiques et avec le cabinet APEXAGRI pour élaborer une grille d’évaluation qui soit robuste, intégrant gestion de l’eau, des effluents et des écosystèmes, alimentation animale, bien-traitance animale et durabilité socio-économique de l’exploitation.

Nous en sommes encore au stade du POC (proof of concept), mais nous la rendrons publique lorsque nous la maîtriserons. Nous l’avons déjà utilisée pour auditer et former 150 éleveurs dans huit pays sur dix. L’objectif est d’identifier ceux qui ont déjà adopté des pratiques vertueuses et ceux que nous pouvons accompagner car ils sont prêts à évoluer.

Certains sujets sont plus complexes qu’il n’y paraît. Ainsi, on pourrait penser que les tannins végétaux sont plus écologiques, mais le processus de tannage végétal nécessite plus d’eau et d’électricité pour obtenir un résultat similaire. Nous avons recours à l’ACV (analyse de cycle de vie) pour trancher.

Nous appliquerons également les principes de l’agriculture régénératrice au coton, à la laine, à la betterave pour nos alcools de parfum qui en seront issus à 100% fin 2026.

Sur ce chemin, nous sommes accompagnés par des partenaires comme France Carbon Agri, pour mobiliser les agriculteurs et les accompagner dans leur transition, ou, à une échelle plus locale, WWF France dans la Drôme sur l’usage de l’eau. Au niveau national, nous contribuons à la réindustrialisation de certaines filières comme celles du lin et du chanvre, et sommes membres du collectif Tricolor pour la laine.

The Good – De quelles réalisations êtes-vous le plus fière sur cette première partie du voyage ?

Christelle Capdupuy – Ma principale fierté concerne la régénération. Mais celle de la gouvernance et des process, qui permet de faire en sorte que Louis Vuitton possède autant de feuilles de routes que de départements et de catégories de produits.

Je n’en suis pas propriétaire, elles nous sont présentées chaque année en janvier, et nous les challengeons. Cela débouche sur l’identification des priorités annuelles matérielles pour chaque catégorie de produits. C’est grâce à cette organisation originale qui permet des synergies transversales, que nous avons obtenu de tels résultats sur le pourcentage de nos matières certifiées, par exemple.

The Good – Quel est le principal chantier dont vous devez encore vous saisir ?

Christelle Capdupuy – Notre plus gros challenge ne concerne pas les produits, sur lesquels nous avons déjà beaucoup progressé, dont nous sommes parvenus à réduire les impacts négatifs et pour lesquels les projets de régénération sont lancés.

Ce sont les vitrines, qui changent plusieurs fois par an dans nos 470 magasins. Nous devons travailler à la fois sur leur conception et sur leur fin de vie. Pour qu’elles puissent être ré-utilisées en interne, il nous faut établir une cartographie précise indiquant quelles sont les matières disponibles en fin d’usage dans les vitrines et où.

Sinon, dans chacun des 60 pays où nous sommes implantés, nous devons identifier des partenaires capables de leur donner une seconde vie. C’est un chantier gigantesque.

En résumé

Christelle Capdupuy, qui a rejoint LVMH en 2018 pour y créer la direction Développement durable de Louis Vuitton, après avoir occupé des fonctions similaires notamment chez Bouygues Immobilier, a détaillé le 14 avril dernier la feuille de route environnementale de la marque phare du groupe.

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