Catherine Lescure (Enedis) : “ Nous travaillons main dans la main avec la filière électrique pour que nous soyons au rendez-vous de 2050. ”

La mission d’Enedis est d’apporter de l’électricité aux Français tous les jours 24h/24, et ce quel que soit leur fournisseur. Pour accompagner cette mission de service public fondamentale à l’heure où la France s’engage chaque jour un peu plus sur la voie de l’électrique, l’entreprise se transforme avec son ambitieux Projet Industriel et Humain 2020-2025. Rencontre avec Catherine Lescure, Directrice Communication et RSE.

The Good : Pouvez-vous nous présenter l’activité et le contexte d’Enedis aujourd’hui ?

Catherine Lescure : Enedis distribue l’électricité auprès de 37 millions de clients Français avec un tarif péréqué. Nous acheminons les électrons aux 80 fournisseurs d’électricité qui les vendent aux clients finaux. Si vous changez de fournisseur, vous ne vous en rendez même pas compte, car il n’y a aucun moment d’interruption de fourniture d’électricité. La force de notre modèle, c’est l’entretien des 1,4 million de kilomètres de lignes électriques -l’équivalent de 35 fois le tour de la Terre- et la gestion de plus de 34 millions de compteurs communicants, qui font que ce réseau devient très digital. Nous avons été reconnus comme le réseau le plus smart au monde dans le cadre du classement 2021 Smart Grid Index de Singapore Power Group. Notre mission est d’assurer la qualité de fourniture d’électricité dans un pays où l’électricité est de plus en plus nécessaire dans le mix énergétique. Selon RTE, l’électricité va passer de 25% dans le mix énergétique français à 55% à horizon 2050. Le but est de faire en sorte que l’électricité arrive au bon endroit au bon moment parce que l’on n’a pas encore trouvé la manière de stocker l’électricité. Le réseau de distribution est la colonne vertébrale de la transition écologique. D’ailleurs, il permet de connecter les énergies renouvelables présentes à 60% dans les territoires ruraux.

TG : Comment, lorsque l’on est une marque « Goodnative », se challenge-t-on sur la RSE ?

C.L : Notre premier acte a été l’élaboration d’une politique RSE avec l’ambition de faire d’Enedis un service public à impact positif pour la planète, les femmes & les hommes et les territoires. Nous avons pris huit engagements dans le cadre de notre nouveau Projet Industriel et Humain 2020-2025 construit avec l’ensemble des salariés et 2000 parties prenantes interviewées. Parmi ces engagements, celui d’atteindre la neutralité carbone en 2050 mais surtout de réduire nos émissions de CO2 de 20% à horizon 2025. De façon très pragmatique, nous venons de réaliser un bilan carbone pour chacune de nos 25 Directions Régionales pour connaître notre vraie empreinte à fin 2021 et détailler un plan d’actions à 2025. Dans ce cadre, nous voulons électrifier toute notre flotte de véhicules légers d’ici à 2030. Nous avons aujourd’hui la deuxième flotte électrique de France derrière La Poste. Fin 2021, on comptait 3600 véhicules électriques et on en aura 5300 à la fin de cette année. Nous sommes très engagés sur le développement de la mobilité électrique avec le raccordement de toutes les bornes de recharge qui s’installent en France.

Nous travaillons également au développement de groupes électrogènes zéro émission, à base d’hydrogène ou de batterie solaire, pour remplacer le diesel, très utiles en cas d’aléas climatiques ou de pannes sur le réseau. Ils seront bientôt indispensables dans les Zones à Faibles Émissions (ZFE).

Enfin, nous avons des partenariats de long-terme en lien avec nos métiers : nous travaillons avec la LPO depuis 17 ans pour la protection des oiseaux en installant des balises sur les lignes électriques pour éviter les collisions.

TG : Quels sont les enseignements que vous tirez de votre bilan carbone ?

C.L : Notre bilan carbone révèle que les impacts sont très importants dans notre scope 3. Sur le scope 1, les efforts sont à faire porter sur notre mobilité. D’où notre engagement sur le passage à une flotte de voitures électriques. Sur le scope 2, il s’agit de réduire l’impact de nos pertes réseau. Par ailleurs, le fait d’avoir déployé 34 millions de compteurs communicants Linky a permis de limiter les déplacements, puisque la relève de compteurs et la résolution de nombreuses pannes se font désormais à distance, donc c’est autant d’émissions de CO2 évitées.

Quant à la réduction des émissions du scope 3, nous y travaillons avec nos fournisseurs que nous accompagnons à travers des achats responsables pour faire en sorte qu’ils soient eux-mêmes vertueux en matière de CO2. Nous considérons que nous avons pour rôle, en tant que service public, de travailler main dans la main avec la filière électrique pour qu’ensemble nous soyons au rendez-vous de 2050. L’idée c’est d’amener chacun de nos partenaires, prestataires dans ce chemin. Nous avons le label Relations fournisseurs et achats responsables (RFAR) depuis maintenant trois ans.

Nous devons par ailleurs adapter, prévoir et anticiper l’impact des aléas climatiques dans nos propres gestes métiers. Nous consacrons un milliard d’euros chaque année à la résilience du réseau. C’est pour nous un sujet absolument majeur pour assurer la continuité d’alimentation en électricité pour les Français. Nous faisons des simulations notamment avec le laboratoire de Météorologie Dynamique de l’Ecole Polytechnique pour anticiper les impacts potentiels à 2050. Nous nous préparons notamment à faire face à des épisodes caniculaires et des risques d’incendie.

TG : Et au-delà des enjeux écologiques ?

C.L : Sur les femmes & les hommes, il y a les enjeux de diversité qui sont des enjeux forts dans un secteur très technique où malheureusement les jeunes filles ne s’orientent pas de façon naturelle. Nous avons beaucoup progressé dans notre index Egalité Professionnelle, nous sommes à 95 sur 100 aujourd’hui. On compte 24% de femmes au sein de l’entreprise dont 30% de femmes dans notre management. Nous avons la chance d’avoir une femme comme Présidente d’Enedis, le Directoire étant composé de 40% de femmes et le COMEX de 30%, ce qui est plutôt haut pour une entreprise de nature très industrielle. Nous travaillons notamment sur l’image de représentation quant aux métiers techniques. Nous avons également mené une campagne en interne autour de la lutte contre toutes formes de discrimination, qui a été plébiscitée. Nous avons également signé la charte LGBT+ de L’Autre Cercle.

Chez Enedis nous avons une vraie mission très louable : apporter de l’électricité aux Français tous les jours 24h/24. C’est une vraie mission de service public moderne avec un personnel très engagé et qui a à cœur de mener ses missions auprès des Français. Et c’est particulièrement attractif pour des jeunes qui veulent rejoindre des entreprises à impact positif.

Enedis recrute beaucoup chaque année : en 2022, nous allons embaucher 1000 salariés et 1200 alternants, répartis sur tout le territoire. C’est une vraie chance de pouvoir offrir aux jeunes des jobs partout en France. C’est aussi la capacité de maintenir ce lien social avec tous les territoires qui font la richesse de notre pays. Nous offrons un vrai ascenseur social, beaucoup d’agents de maîtrise deviennent cadres. Nous avons à cœur de développer la formation, la prise de responsabilité.

TG : Comment permettez-vous aux consommateurs de mieux maîtriser leurs consommations ?

C.L : Nos datas, grâce aux compteurs Linky, permettent aux consommateurs de mieux suivre leurs consommations. A la fois à travers notre appli “Enedis À Mes Côtés” qui permet déjà de suivre sa consommation en kilowattheure, et via les applis des fournisseurs qui permettent de mesurer cela en euros. On peut ainsi suivre sa courbe de charge en voyant comment on consomme dans la journée et de se rendre compte qu’il y a des façons plus vertueuses de consommer. L’ADEME considère que Linky permet de faire près de 10% d’économies d’énergie si on suit régulièrement sa consommation. Dans un contexte où l’électricité va de plus en plus se substituer aux énergies fossiles en France, l’objectif est aussi de consommer de façon plus modérée, plus sobre. Consommer au bon moment à la bonne heure c’est ce que les fournisseurs permettent en proposant des offres innovantes. Par exemple, faire ses machines le week-end ou à des heures creuses pour payer moins cher, bénéficier de l’énergie la plus abondante, la moins coûteuse en CO2 et utiliser aussi au maximum les énergies renouvelables avec la montée en puissance des énergies décentralisées.

Dans nos scénarios pour 2050 on voit que les pics de production qui étaient jusqu’à présent le matin et le soir vont complètement évoluer puisque les énergies renouvelables et notamment le solaire vont déplacer les pics de production vers 12/14h. Il va falloir ajuster les consommations à ces moments-là. Les usages vont évoluer en fonction du développement des énergies renouvelables. Quand on aura plus de panneaux solaires, on va lancer sa machine à laver au moment où le soleil brille et non plus le soir. Autre exemple, la voiture électrique sera demain un moyen de stockage en journée pour alimenter la maison le soir. Cela ne va pas se faire du jour au lendemain mais c’est en train de devenir une réalité.

En effet, nous assistons à l’accélération des raccordements des énergies renouvelables. Aujourd’hui, 530 000 installations solaires sont connectées en France dont 144 000 auto-consommateurs là où en avait 3 000 il y a 5 ans. Ils utilisent une partie pour leur besoin propre et puis ils revendent une partie qui repart sur le réseau de distribution, pour alimenter les voisins. C’est là aussi un vrai sujet d’économie circulaire.

L’ADEME considère que Linky permet de faire près de 10% d’économies d’énergie si on suit régulièrement sa consommation.

Est-ce une garantie anti-greenwashing d’avoir à la fois une casquette de Directrice Communication et Directrice RSE ?

C.L : Chez Enedis, nous faisons de la RSE depuis toujours sans en avoir vraiment conscience et sans l’avoir forcément partagé avec les clients. C’est aussi l’objet de notre nouvelle campagne de pub “Bienvenue dans la nouvelle France électrique” où nous montrons que la France des nouveaux usages électriques est joyeuse et entraînante. L’accélération des usages électriques nous concerne tous, c’est une aventure qui réunit de nombreuses de parties prenantes partout sur le territoire français.

Vous avez remporté l’Or de la catégorie “Réduction des déchets” lors du dernier Grand Prix de la Good Économie. Pouvez-vous nous dire où en est ce projet lauréat – une plateforme de seconde main pour le matériel professionnel ?

C.L : Nous avons lancé cette plateforme pour démocratiser la pratique du réemploi en interne, en facilitant les opérations de don et de collecte de matériel. Le meilleur achat responsable est celui qui permet de réutiliser ce qui est dans les stocks. Cette plateforme obtient de très bons résultats et est de plus en plus utilisée par les salariés. 1000 objets ont ainsi été redistribués depuis avril 2021, soit l’équivalent d’un million d’euros d’économie pour l’entreprise. Cela répondait à un vrai besoin de la part de nos salariés : quand on a des matériels inutilisés, qu’est-ce qu’on en fait ? Avec la plateforme de réemploi, d’une direction à une autre, on s’échange des tableaux électriques, des casques, des gants, des écrans. Nous sommes précurseurs de l’économie circulaire en interne ! Nous sommes aussi le miroir de la société. La façon que nous avons de consommer en tant que clients sur des plateformes comme LeBonCoin ou Vinted est vite adoptée dans l’activité professionnelle. Il y a déjà une habitude de ce type de consommation responsable. L’utiliser dans le milieu professionnel peut inciter à l’utiliser dans des consommations plus individuelles et réciproquement.

Emilie Thiry
Ex publicitaire reconvertie dans la communication corporate en 2011, puis dans la politique en 2015, Emilie est depuis juillet 2020 en charge du consulting et de la diversification des offres d’INfluencia. Elle dirige à ce titre The Good, la plateforme dédiée à la transformation écologique, sociale et solidaire des entreprises et des marques. Elle anime également un séminaire sur le monde de la communication en Master 2 Conseil éditorial à Sorbonne Université. Emilie est diplomée de l’IEP de Strasbourg et ancienne élève du CELSA.

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