En 2024, 764 salariés français relevant du régime général (ce qui exclut entre autres fonctionnaires et agriculteurs) sont décédés d’un accident du travail. Ce nombre, qui correspond à plus de deux décès accidentels par jour, inclut 22 jeunes de moins de 25 ans, dont des lycéens en stages d’observation.
Cette accidentologie est particulièrement élevée chez les intérimaires, qui déplorent 37.241 accidents du travail en 2024 (taux d’accidentologie de 4,7%) pour 778.000 salariés, dont 85 décès. Elle est forte notamment dans les secteurs du BTP et de l’industrie.
Pour y remédier, les syndicats demandent plus d’agents de contrôle de l’inspection du Travail et de l’URSSAF, une réduction du recours à la sous-traitance et le rétablissement des comités hygiène-sécurité (CHSCT), qui ont été supprimés en 2017.
Le gouvernement, qui doit présenter fin mai un plan santé au travail sur la période 2026-2030, accédera-t-il à ces demandes ? Rien n’est moins sûr.
45 millions d’années de vie en bonne santé perdues
Mais d’après un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT), les décès liés au travail dépassent largement les seuls accidents.
En effet, les risques que font peser sur la santé le stress au travail, les journées à rallonge, la précarité de l’emploi ou le harcèlement, seraient responsables de 840 000 décès dans le monde, essentiellement dus aux maladies cardiovasculaires. À l’inverse de l’Asie, en Europe, les journées à rallonge (plus de 48 heures hebdomadaires) sont en recul à 11%, même si près d’un Européen sur deux s’estime victime d’une surcharge de travail.
A-delà des décès, ces risques psycho-sociaux entraînent la perte de 45 millions d’années de vie en bonne santé. Ce chiffre a augmenté de 14% entre 2019 et 2021. Quoique moins visibles que les maladies cardio-vasculaires, les troubles mentaux pèsent plus lourdement encore sur la perte d’année de vie en bonne santé. Encore mal documenté, le harcèlement (essentiellement psychologique, mais aussi physique, voire sexuel) concernerait déjà près d’un quart des travailleurs dans le monde.
Sans surprise, cette situation se traduit par une perte de productivité et une hausse des dépenses de santé et de protection sociale qui minorent la performance économique. À la clé, un coût, que l’OIT chiffre à 1,37% du PIB mondial pour les malades cardiovasculaires et les troubles psychosociaux. Un montant plus élevé encore en Europe et en Asie centrale, où ce coût atteint même 1,43% du PIB.