29/09/2026

Temps de lecture : 3 min

Comment Ashoka a transformé les 2,3 millions € investis dans ses entrepreneurs sociaux, en 6,1 millions de bénéfices

Face aux restrictions des budgets publics, il est plus essentiel que jamais d'apporter une preuve financière et économique de leur impact social.

Médecins solidaires, qui lutte contre les déserts médicaux, appartient à la nouvelle promotion Ashoka 2026

Chaque euro investi par Ashoka en soutien à ses « fellows » – ces entrepreneurs sociaux sélectionnés chaque année pour composer une nouvelle promotion – leur rapporte 2,65 euros. Un tel effet de levier est peu fréquent, y compris pour des placements financiers plus classiques et réputés plus lucratifs.

C’est ce qu’Elsa da Costa, directrice générale d’Ashoka France depuis 2021, que nous avions interviewée en février dernier à la sortie de son ouvrage « À nos cœurs vaillants » (Éditions Calmann Lévy), a souligné en présentant les résultats de cette étude dans les locaux de son partenaire, la société d’investissement Eurazeo.

Les financements de l’économie sociale et solidaire (ESS) sont attaqués de toutes parts, et pas seulement à la Une du JDD du 20 septembre qui dénonçait « Finances publiques : 60 milliards engloutis par les associations », une affirmation suite à laquelle Ashoka France a d’ailleurs saisi le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM). C’est pourquoi, mesurer son impact sur la société et lui donner une valeur économique est plus nécessaire que jamais.

Faire la preuve de son utilité, et justifier le soutien, privé ou public, dont ils bénéficie

Dans le cadre d’un partenariat noué depuis dix ans entre les deux structures, Goodwill Management (cabinet de conseil en stratégie et durabilité) s’est déjà livré à l’exercice pour plusieurs « fellows Ashoka ».

Pour Label Vie, à l’initiative du label Écolo Crèche (label de développement durable dédié à la petite enfance), Goodwill a quantifié les économies (frais de santé publique, absentéisme des parents, etc.) générées par un moindre taux d’enfants malades et de personnel absent ; pour Unis Cité, à l’origine du service civique, le taux d’insertion dans l’emploi des jeunes au sortir de cette expérience, nettement supérieur à la moyenne nationale…

Autant d’arguments mis à disposition des entrepreneurs sociaux pour faire la preuve de leur utilité, et justifier le soutien, privé ou public, dont ils bénéficient.

Mais qu’en est-il d’Ashoka lui-même ? Quel est son propre effet de levier ? Fait-il réellement fructifier l’argent qui lui est confié au service du bien public ? En confiant des fonds à Ashoka, multiplie-t-on l’impact des entrepreneurs sociaux ? 

« C’est bien la question à laquelle nous avons voulu répondre », souligne Arnaud Bergero, directeur général de Goodwill Management.

Le Social return on investment, une méthodologie à adapter au cas par cas

Pour ce faire, les consultants ont recouru au SROI (Social return on investment), une méthodologie utilisée depuis une quinzaine d’années, qui a notamment permis la naissance des « contrats à impact social », en vertu desquels l’État verse des intérêts à la banque qui octroie un prêt à un entrepreneur social dès lors que ce dernier prouve la réalité de son impact. « Il s’agit d’une méthode générale, qui doit être adaptée à chaque objet d’étude », précise Arnaud Bergero.

Une méthodologie qui tient compte de difficultés propres au secteur de l’ESS : un accès difficile à la donnée publique (par exemple le taux d’insertion par l’emploi des jeunes migrants de moins de 30 ans) ; l’impossibilité de fixer une valeur économique ou financière sur certaines choses (le vote des jeunes, la santé mentale des entrepreneurs sociaux…) ; un suivi de la donnée défaillant pour certaines structures de l’ESS, faute de moyens suffisants.

Surtout,

« Il s’agit d’identifier l’ensemble des impacts, leur nature, la population sur laquelle ces impacts s’exercent, leur traduction économique…détaille Arnaud Bergero. Il faut trouver le bon proxi économique. »

L’accès à des experts de haut niveau, principal bénéfice quantifiable

En l’espèce, quatre leviers ont été étudiés pour quantifier l’impact des montants investis par Ashoka sur la période 2023/2025 au bénéfice des 50 fellows qui ont répondu à l’étude. Ce ratio a ensuite été appliqué au montant global investi par Ashoka au bénéfice de ses 90 fellows.

  • L’accès à des services de qualité (valorisé 3,4 M€)
  • Le soutien à des projets en émergence (1,4 M€)
  • L’accès au financement (1,1 M€)
  • Le gain de temps (0,15 M€)

« Les fellows Ashoka ont accès à un soutien de niveau exceptionnel, rappelle Arnaud Bergero. Notamment via l’Ashoka Support Network (ASN), composé de dirigeants expérimentés, mais aussi via des partenaires hyper-spécialisés dans leur domaine. » N’ont été comptabilisés que les entrepreneurs ayant déclaré qu’ils auraient fait appel à d’autres conseils s’ils n’avaient pas été épaulés par Ashoka, sur la base des honoraires moyens des différentes professions (consultants, avocats, comptables, juristes, etc), comparés à ceux des experts auxquels ils ont eu accès.

La valorisation de l’accès au financement a été calculée sur la base des mises en relation effectuées par Ashoka et de sa contribution à la négociation ; seuls les projets émergents soutenus par la bourse dédiée au sein d’Ashoka ont été pris en compte.

Quant au gain de temps – qui représente une valeur très inférieure aux autres leviers – il a été valorisé sur la base d’un « taux horaire » moyen des dirigeants.

« Le résultat, à savoir 2,3 millions investis par Ashoka au bénéfice de ses fellows, transformés en 6,1 millions de bénéfices quantifiés, est d’autant plus robuste grâce à cette approche conservatrice », souligne Arnaud Bergero.

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