14/04/2026

Temps de lecture : 5 min

Transition énergétique : « La nature est bonne fille, elle fait le boulot toute seule ! » – Michael Colson (SUEZ Consulting) 

Suez Consulting accompagne la transition énergétique et écologique des territoires et des sites industriels dans le monde entier. Michael Colson, son DG, observe un besoin de sobriété toujours plus important. Il préconise aussi de recourir davantage aux solutions fondées sur la nature qui utilisent le vivant.

Michael Colson - DG de Suez Consulting

SUEZ Consulting, entré dans le giron de SUEZ en 2015, affiche en 2025 un chiffre d’affaires de 139 millions d’euros. Depuis 80 ans, ses 1200 consultants et ingénieurs accompagnent la transition énergétique des entreprises et collectivités en Europe, en Afrique, en Asie-Pacifique, et au Moyen-Orient.

Son directeur général, Michael Colson a répondu à nos questions.

The Good – Quels sont les principaux champs d’application de SUEZ Consulting ?

Michael Colson – L’eau (urbaine, souterraine ou de surface, le grand et le petit cycle) représente la moitié de notre activité ; nous intervenons également sur les grands projets afin de garantir leur conformité et leur vertu sur le plan environnemental, aussi bien local que global ; nous travaillons avec les collectivités sur l’aménagement du territoire, des villes et des infrastructures, ainsi que sur les sujets de transition écologique et énergétique, et d’adaptation au changement climatique.

Nos missions se situent à un niveau macro, pour élaborer des diagnostics et définir des schémas directeurs en matière de politique de l’eau, de restauration de la biodiversité ou d’adaptation, mais aussi à un niveau plus micro avec une granularité plus fine.

Nous intervenons sur l’ensemble du cycle de vie de nos projets, du design des ouvrages, l’ingénierie de détail, le suivi de la réalisation voire jusqu’à la déconstruction et la dépollution. Nous supervisons les entreprises en charge de la construction, et nous nous assurons d’avoir une logique de réemploi des matériaux dès lors que cela est possible.

The Good – À quels enjeux sont confrontées les entreprises ? Cela évolue-t-il au fil du temps ?

Michael Colson – Les entreprises (20% de notre activité) sont confrontées aux mêmes problématiques, avec des enjeux en termes de décarbonation et de souveraineté. Ces dernières années, le sujet de la ressource en eau prend de l’ampleur. Le changement climatique génère des situations extrêmes, soit une surabondance avec un risque d’inondation, soit de la précarité hydrique, qui peut générer des pertes d’exploitation importantes.

Nous travaillons sur des projets de symbiose industrielle notamment autour de la réutilisation de l’eau en sortie de process, ou encore autour de la circularité des déchets entre plusieurs sites industriels. Par exemple, dans la Vallée de la chimie au sud de Lyon, où nous avons étudié les usages et besoin en eau de sept sites industriels. Nous accompagnons aussi les entreprises dans l’aménagement de sites responsables.

The Good – Quelle est la dynamique actuelle de votre marché en cette période de « backlash » écologique ?

Michael Colson – La prise de conscience collective de l’urgence d’agir est réelle. Mais sur le marché des collectivités comme sur celui des entreprises, nous observons une période de latence. En France, elle est accrue par le contexte budgétaire et la période pré-électorale, qui rendent la question de l’allocation des investissements d’autant plus prégnante.

Mais partout, les tensions géopolitiques accentuent l’enjeu de souveraineté. Collectivités comme entreprises sont plus que jamais confrontées à la nécessité de préserver la ressource.

The Good – Quels freins rencontrez-vous le plus fréquemment chez vos clients ?

Michael Colson – Les principaux freins sont d’ordre économique en lien avec le coût initial de l’investissement ; ils sont aussi organisationnels car les clients ne possèdent pas toujours l’expertise nécessaire pour maîtriser leur transformation.

La réglementation est un levier essentiel de changement, mais on observe une appréhension de la complexité administrative, notamment en termes de réglementation communautaire. Il y a un besoin de simplifier l’administration de ces dossiers. Un dernier frein très puissant est de nature culturelle, car tout changement est culturel, mais nous apportons des solutions.

The Good – Quelles pistes préconisez-vous pour surmonter ces différents obstacles ?

Michael Colson – Sur le plan économique, il est essentiel de comparer le coût global d’une solution à celui de l’inaction. Certaines solutions techniques vertueuses ne sont pas plus onéreuses que celles qu’elles remplacent. Par exemple, les solutions fondées sur la nature (SFN), qui utilisent le vivant.

Recourir à des espèces endémiques permet de restaurer la biodiversité, de lutter contre les inondations et les espèces invasives, d’améliorer le cadre de vie et l’attractivité d’un territoire… La nature est bonne fille, elle fait le boulot toute seule ! Par exemple dans le delta de la Dranse en bordure du lac Léman, nous avons utilisé de la végétation vivante pour stabiliser les berges de la rivière et renforcer la biodiversité, pour un coût équivalent à celui d’un ouvrage standard. Mais cela nécessite de faire œuvre de pédagogie auprès des clients.

En termes d’organisation, les collectivités ont compris qu’elles avaient intérêt à dé-siloter. Les sujets de chaleur et d’assainissement sont liés, comme ceux de l’eau et de l’énergie. Ce décloisonnement permet aussi de lever les freins culturels. Sur les projets de symbiose industrielle, le collectif est indispensable par essence. Cela aide d’ailleurs à limiter les appréhensions, à éviter les conflits d’usage de la ressource à l’échelle d’un territoire.

The Good – Quelle place occupe l’adaptation dans vos activités ?

Michael Colson – Pendant longtemps, on s’est surtout attaqués à la cause du problème, selon une logique ERC (éviter, réduire, compenser). Le marché de l’adaptation, qui consiste à s’intéresser aussi aux conséquences, est plus récent. Mais c’est un marché d’avenir. Les bailleurs de fonds internationaux, par exemple, inscrivent de plus en plus de critères d’adaptation dans leurs cahiers des charges.

Notre plateforme digitale Climatics, qui brasse de la méta-donnée, permet de mesurer l’exposition et la vulnérabilité d’un site ou d’un territoire et constitue un véritable outil d’aide à la décision. Nous l’avons déployé sur 3000 sites de Suez à travers le monde.

En termes d’adaptation, nous devons d’autant plus faire preuve d’exemplarité que nous ne pouvons nous permettre aucune rupture de charge, étant donné que nos activités sont d’importance vitale pour nos clients.

The Good – En dehors de votre cœur d’activité, quelle forme prend la RSE dans le groupe et chez SUEZ Consulting en particulier ?

Michael Colson – Nous avons des indicateurs cibles en 2030 en matière de climat, de nature et de social. Le programme « Rebond insertion » du Groupe favorise le retour à l’emploi de milliers de personnes, soit chez SUEZ même, soit au sein d’entreprises partenaires de l’ESS. Et nous avons bien sûr des engagements en matière de santé/sécurité au travail et d’éthique envers nos propres collaborateurs.

SUEZ Consulting a en plus son propre pacte RSE, articulé autour de trois axes majeurs :

  • Accélérer notre propre transition écologique, en électrifiant notamment notre flotte de véhicules.
  • Réaliser des projets positifs, en soumettant nos projets à un screening en amont permettant de mesurer leur performance environnementale selon le critère des ODD (objectifs de développement durable).
  • Enfin, cultiver nos différences. Par exemple, sur le plan social, nous avons un indice de diversité et d’égalité professionnelle élevé, avec 45% de femmes et 40% en situation de management. Nous venons par ailleurs de re-signer avec les partenaires sociaux un accord d’intéressement extra-financier sur 3 ans, qui analyse le caractère vertueux des projets accompagnés, le recours au mode projet et le degré de collaboration et d’épanouissement des collaborateurs. Nous sommes par ailleurs très fiers d’être labellisés RSE Engagés à un niveau confirmé par l’AFNOR depuis 2023.

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