14/04/2026

Temps de lecture : 3 min

À Marseille, Bpifrance veut réconcilier la RSE et les paillettes

Le 2 avril dernier, Bpifrance organisait à Marseille son sixième Jour E. L’occasion de rassembler porteurs de projets, entrepreneurs, experts, influenceurs, artistes engagés…Tous bien décidés à prouver que RSE rime avec fête, et climat avec joie. Et surtout, avec compétitivité et performance économique.

Ce n’est pas par hasard que cette édition marseillaise de Jour E, le rassemblement des dirigeants d’entreprises engagés qui souhaitent passer à l’action et accélérer leur transition, organisé depuis cinq ans par la banque publique d’investissement, s’est ouverte sur fond de musique électronique. Pas par hasard qu’on a pu y écouter des humoristes comme le stand-upper Nicolas Meyrieux, des influenceuses comme la mannequin engagée Charlotte Lemay, des artistes plasticiens ou encore l’actrice et chanteuse Camélia Jordana.

Dans le contexte actuel de « backlash » qui semble entourer les sujets de transition écologique et sociale depuis plusieurs mois, il s’agit de montrer que ces sujets sérieux, parfois techniques, peuvent se prêter à la légèreté et à l’émotion, « la meilleure façon d’ancrer un message dans l’imaginaire du spectateur », affirme Nicolas Meyrieux, vidéaste engagé depuis 15 ans, aujourd’hui agriculteur.

C’est ce même registre que cultive le conférencier Côme Girshig lorsque, habillé d’une improbable robe de chambre vert fluo et armé d’un grille-pain, il s’emploie à détailler l’impact environnemental de nos petits déjeuners à l’échelle mondiale.

Mais il en faut pour tous les goûts et d’autres, à l’image du Shift Project, préfèrent étayer leur démonstration d’une multitude de chiffres pour, notamment, avertir de l’impact colossal de l’intelligence artificielle.

Le « backlash » battu en brèche avec virulence

Pas question en revanche de laisser s’installer l’idée selon laquelle les efforts des entreprises en matière de RSE nuiraient à leur compétitivité. Comme l’a rappelé Eric Versey, Directeur Exécutif de la Direction du Financement et du Réseau – Bpifrance, au pays même de Donald Trump, les investissements dans les énergies renouvelables, les batteries, le captage de CO2 ou le nouveau nucléaire se poursuivent à un rythme soutenu.

Quant à la Chine, tout en restant le premier émetteur de gaz à effet de serre, elle a plus investi dans le solaire en 2025 que l’Europe et les États-Unis réunis et, après avoir assis sa domination en matière de batteries, s’impose aujourd’hui comme leader de la voiture électrique. « À Global Industrie – qui s’est tenu quelques jours plus tôt – on a entendu parler décarbonation, éco-conception et circuits courts », a affirmé Eric Versey, y voyant la meilleure preuve que climat rime désormais avec compétitivité.

François Gemenne, professeur à HEC et spécialiste du climat et des migrations, a enfoncé le clou en exhortant les participants à « siffler la fin du backlash » (retour de bâton ndlr) et « initier un contre-backlash ».

Et de rappeler que, plutôt que la transition écologique, c’était la dépendance durable aux énergies fossiles qui nuisait au pouvoir d’achat des ménages, à la compétitivité des entreprises et à la souveraineté des États, comme le montrent les dernières statistiques américaines. Ce qui n’empêche malheureusement pas le « backlash » d’avoir un impact sur les politiques publiques et la communication des entreprises autour de ces sujets.

Mêmes constats pour Isabelle Albertalli, directrice climat de Bpifrance, qui rappelle qu’une meilleure performance ESG, synonyme d’économies en tous genres, génère une meilleure performance opérationnelle et qu’une entreprise qui se soucie d’adaptation au changement climatique réduit son exposition au risque. Du côté des opportunités, elle incite les entreprises à explorer la piste du serviciel en complément de la fabrication et de la commercialisation de produits.

« Bien sûr, cela exige de trouver les bons indicateurs afin de bien positionner son pricing, mais le jeu en vaut la chandelle », a-t-elle affirmé.

Des participants venus partager des bonnes pratiques

Se lancer dans le service, c’est précisément ce que vient de faire Sofrigam, l’une des entreprises présentes. Depuis 40 ans, cette entreprise familiale fabrique des emballages adaptés au transport de produits thermo-sensibles comme les médicaments. Plutôt que de les laisser finir incinérés ou enfouis à destination après une seule utilisation, Sofrigam propose désormais plusieurs solutions à ses clients, des multinationales comme Ipsen, Sanofi ou GSK.

Soit les recycler avec des partenaires identifiés localement (en isolants pour bâtiments, en contenants de plus petite taille, etc.), soit les retourner à l’envoyeur (reverse logistique). Testée auprès d’un client pendant un an, cette solution s’avère rentable pour l’entreprise, pour ses clients (pour qui le service n’est pas plus onéreux que le coût de la fin de vie de l’emballage dont ils devaient jusqu’alors s’acquitter) et, bien sûr, pour l’environnement.

À Marseille, Mélanie Pinhal, responsable QHSE de l’entreprise, est venue en témoigner sur un plateau.

ou séduire des investisseurs

Paul Guinard et Olivier Guigonis, eux, étaient là pour « pitcher » leur projet à de potentiels investisseurs. Baptisé Nolt (nothing is lost), celui-ci consiste à fabriquer des maillots de sport – essentiellement foot et rugby – recyclables, eux-même fabriqués à partir de maillots usagés. Ils ont calculé que les 120 000 premiers maillots mis sur le marché représentaient une économie de 1,2 million de tonnes de CO2. Soit l’équivalent des voyages de toutes les équipes ayant joué la Coupe d’Europe de foot.

Ils prévoient une levée de fonds afin de financer leur développement à l’international, notamment l’embauche de talents, une petite usine en Normandie ayant vocation à absorber une partie de la fabrication, aujourd’hui sous-traitée à huit ateliers européens, et un show-room à Paris.

Membres de la communauté du Coq Vert, qui célèbre ses 5 ans, ils ont déjà reçu une subvention de Refashion (l’éco-organisme de la filière textile), obtenu un prêt de 500 000 € de Bpifrance et levé 1,7 million pour faire naître ce qu’ils présentent comme le « Patagonia du team wear ».

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