À 170 ans, Bonduelle vient d’être certifiée BCorp, un processus de progrès continu qui évalue les entreprises sur cinq piliers clés : gouvernance, employés, communautés, clients et environnement.
Xavier Unkovic, son patron, nous explique sa démarche et sa stratégie.
The Good – Quelle est l’origine de vos engagements RSE et comment se traduisent-ils dans une entreprise telle que Bonduelle ?
Xavier Unkovic – Cela découle d’une démarche du président Christophe Bonduelle, entamée en 2018, qui part de notre volonté d’avoir un impact positif sur la santé humaine et l’environnement. Et, plus précisément, de la mission de l’entreprise telle que nous l’avons définie : « Inspirer la transition vers une alimentation plus végétale pour contribuer au bien-être de l’Homme et à la préservation de la planète. »
Qui d’autre qu’une entreprise spécialisée dans la transformation de légumes issus d’une agriculture responsable, dont la quasi-totalité des produits affichent un Nutriscore A ou B et qui se soucie de sa pérennité, pourrait prendre ces engagements ?
Cette mission englobe le bien-être de nos agriculteurs, dont une majorité pratique l’agriculture régénératrice, fondée sur les couverts végétaux, la réduction du labour, la baisse des intrants ou une gestion raisonnée de l’eau. Nous prévoyons d’en faire passer la part de 60% aujourd’hui à 80% en 2030. Cela correspond à une prise de conscience autour des enjeux de santé des sols, qui va largement au-delà de l’entreprise et sur laquelle nous ne sommes pas seuls. Nous avons par exemple travaillé avec les Jeunes Agriculteurs du Nord.
The Good – Quels sont les principaux enjeux auxquels vous faites face sur ces sujets ?
Xavier Unkovic – Pour embarquer nos parties prenantes, et notamment convaincre nos agriculteurs partenaires de se convertir à l’agriculture régénératrice, nous avons d’abord dû prouver les bienfaits de ces pratiques sur leur performance. Et les inciter financièrement pour contrecarrer un peu de méfiance chez certains d’entre eux. Ils sont accompagnés par nos 200 chefs de plaine, responsables du suivi des cultures, du semis jusqu’à la récolte des légumes.
Et ils sont largement convaincus par le recours au numérique, à l’IA ou aux drones, qui leur permettent d’économiser de l’eau en irriguant au plus juste des besoins, d’avoir une meilleure compréhension de leur sol, et in fine, d’améliorer leur productivité. Cela ne serait pas possible autrement. Il faut que ce qui est bon pour la planète le soit aussi pour leur portefeuille. « Good for the planet and good for the wallet », comme on dit aux Etats-Unis, où j’ai contribué par le passé à la certification BCorp d’une entreprise.
Pour inspirer une alimentation plus végétale, nous devons avant tout veiller à la qualité gustative de nos produits. Cela passe par des produits conditionnés au plus près des champs et des packagings qui en conservent le goût et les qualités nutritionnelles. Il nous faut également suivre les nouveaux modes de consommation, avec moins de temps pour cuisiner et même pour déjeuner.
C’est pourquoi nous proposons des plats cuisinés surgelés et des lunch bowls, dont l’un aux protéines végétales bientôt disponible. Nos packagings sont majoritairement fabriqués à partir de plastique recyclé, et sont réutilisables ou recyclables, dans des proportions appelées à évoluer conformément au processus d’amélioration continue dans lequel nous sommes engagés avec BCorp.
The Good – Que faites-vous pour vous adapter au changement climatique ?
Xavier Unkovic – C’est l’objectif de tout notre travail sur l’agriculture biologique. Nous identifions des semences plus résistantes, notamment au manque ou au trop plein d’eau ; nous finançons de la recherche pour faire évoluer certaines cultures.
Parfois, nous nous déplaçons géographiquement, comme dans le Nord où nous nous sommes implantés dans des zones plus fraîches proches de la mer pour limiter nos besoins en eau.
En revanche, nous ne sommes pas trop inquiets pour le Sud-Ouest de la France. Nous nous y approvisionnons en maïs doux, mais il est nettement moins gourmand en eau que le maïs destiné au bétail.
The Good – Que va changer votre certification BCorp obtenue en fin d’année dernière ?
Xavier Unkovic – Être certifié BCorp ne signifie pas être parfait, mais s’améliorer en permanence. Et ce processus renforce le sentiment d’appartenance des salariés, d’autant plus que peu d’entreprises françaises sont aujourd’hui certifiées. La rémunération, l’égalité homme/femme et notre impact sociétal sont des atouts en termes de recrutement, surtout que notre champ de jeu est international.
Nous sommes potentiellement en concurrence avec des entreprises du monde entier pour attirer des talents. Il nous faut donc nous adapter aux aspirations actuelles des jeunes, et des moins jeunes. En retour, grâce à la mise en avant de notre mission, celles et ceux qui nous rejoignent savent qu’ils vont œuvrer au bien manger et à préserver la planète.
The Good – En quoi la performance extra-financière peut-elle soutenir la performance économique ?
Xavier Unkovic – Nous sommes absolument convaincus du lien entre RSE et performance économique ! Des économies (d’eau, d’intrants, etc.), moins de pertes, une chasse au gaspi efficace, une meilleure efficience opérationnelle, des collaborateurs plus motivés, la pérennisation de notre écosystème…tout cela est forcément synonyme de performance économique.
D’autant plus que cela nous donne accès à un loyer de l’argent moins onéreux et à des marchés auprès de clients très attentifs à ces sujets, comme l’Américain Walmart ou le Français Carrefour, et même McDonald’s en France. D’ailleurs, nous serons bientôt en capacité de chiffrer ces retombées de la RSE, et de pouvoir les clamer haut et fort.