10/03/2026

Temps de lecture : 3 min

Carine de Boissezon (EDF): « L’heure est venue pour la RSE d’être plus stratégique »

Alors que les risques climatiques s’intensifient et que le débat politique se durcit, les entreprises doivent passer d’une RSE déclarative à une RSE stratégique. Carine de Boissezon, directrice Impact d’EDF, détaille les nouveaux leviers d’action.

The Good : Dans le contexte actuel, comment les professionnels de la RSE peuvent-ils résister et continuer à pousser leurs sujets au sein des entreprises ?

Carine de Boissezon : Les faits se rappellent à nous brutalement : pour la première fois, une période de trois ans (2023 à 2025) dépasse l’objectif de long terme le plus ambitieux contenu dans l’Accord de Paris, les fameux 1,5 degré. Mais 2025, c’est aussi plus de 12 000 entreprises qui se sont engagées dans des trajectoires carbone, contre 50 en 2015, année de la COP21, et les risques environnementaux restent dans le Top 3 sur les dix prochaines années selon le Global Risks Report du World Economic Forum.

En France, nous avons la chance d’avoir un écosystème RSE très foisonnant, mais il importe désormais de nous montrer plus stratégiques en travaillant chacun notre singularité et en étant capables, notamment, de parler d’une seule voix à l’exécutif.

Par ailleurs, entreprises comme ONG, nous avons de la marge pour faire des compromis sans compromission, sortir des incantations « y a qu’à, faut qu’on », et trouver des lieux et des moments de vraies discussions.

The Good : De tels lieux existent-ils déjà aujourd’hui ?

Carine de Boissezon : Tout à fait. C’est le cas, par exemple, au sein de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales). D’abord créé par des organismes de recherche et des ministères, ce think tank a été rejoint par des entreprises lorsqu’il est devenu une fondation en 2004. Leurs représentants siègent au conseil d’administration, aux côtés d’organismes de recherche et d’établissements publics engagés dans le développement durable, ainsi que de personnalités qualifiées.

La Commission de durabilité au sein de l’Autorité des normes comptables, qui rassemble des entreprises, des ONG, des académiques et des professionnels, est également un lieu qui joue un rôle structurant en mettant en regard la valeur des actifs dans les comptes et leur compatibilité avec un engagement de neutralité carbone. C’est un travail de fond sans doute plus ingrat que d’autres, mais aussi beaucoup plus structurant.

Le cercle RSE de l’Agence des participations de l’État : qui regroupe les entreprises dont l’État est actionnaire – est aussi un lieu de production de doctrines sur des sujets comme la gouvernance, la rémunération intégrant des critères extra-financiers, les achats souverains ou responsables, etc.

The Good : Et pour EDF, quels sont les grands chantiers actuels en matière de RSE ?

Carine de Boissezon : Le sujet de la mobilisation pour passer à l’action est essentiel aussi au sein des entreprises. Concernant nos enjeux RSE, les maîtres-mots sont aujourd’hui électrification et adaptation.

Sur l’électrification, nous avons un plan ambitieux permettant de sortir des fossiles en électrifiant les transports, le bâtiment, le numérique et l’industrie. Nous avons notamment noué des contrats d’électricité décarbonée de long terme avec de nombreuses entreprises comme ArcelorMittal, Arkema ou Aluminium de Dunkerque.

Côté particuliers, nous nous employons à soutenir la demande en favorisant, y compris financièrement, le déploiement de pompes à chaleur ou de bornes de recharge pour véhicules électriques. Mais ce n’est pas qu’une question financière, car notre baromètre international, l’ObsCop, qui existe depuis sept ans, montre que près de la moitié des Français pensent que le véhicule électrique ne contribue pas positivement à la lutte contre le changement climatique.

Quant à l’adaptation, elle est d’autant plus essentielle qu’elle fait le lien entre climat et biodiversité. En l’espèce, le sujet clé est l’eau, puisque 90 % de notre production d’électricité en dépend, que ce soit pour la production hydroélectrique ou pour le refroidissement de nos centrales nucléaires.

Sans eau, pas d’électricité, et sans électricité, pas d’IA ! Or l’implantation de data centers sur le territoire français répond aussi à un enjeu de souveraineté. Sur les sites de nos anciennes centrales thermiques que nous proposons dans les appels à projets, le sujet de la sobriété hydrique est particulièrement prégnant.

The Good : Comment se concrétise cette attention portée à l’adaptation pour une entreprise comme EDF ?

Carine de Boissezon : Nous faisons partie des entreprises qui jouent un rôle essentiel dans la résilience de l’économie, surtout avec l’accélération de l’électrification que nous appelons de nos vœux pour sortir des fossiles. À ce titre, nous avons soumis au gouvernement un plan d’adaptation chiffrant nos coûts d’exploitation (OPEX) et nos investissements (CAPEX), ce que nous appelons les ADAPEX, qui s’établissent à 8,7 milliards d’euros d’ici à 2040. Notre filiale Enedis a fait de même et son plan correspond à 15 milliards d’euros sur la période.

L’adaptation, c’est très concret et, par nature, plus local que l’atténuation. À l’approche des élections municipales, c’est un sujet à débattre avec les élus locaux. Par ailleurs, on entend souvent que l’adaptation souffre d’une absence de modèle économique, mais il existe pourtant des entreprises qui se positionnent sur des solutions innovantes de prévention des catastrophes naturelles et d’adaptation au changement climatique.

C’est d’ailleurs l’objet du fonds lancé par la Caisse centrale de réassurance (CCR) et Starquest (capital-investisseur greentech). Mais attention : se préoccuper d’adaptation ne signifie absolument pas que l’on se désintéresse de l’atténuation, car on ne pourra pas s’adapter à tout.

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