2025 restera comme une année de reculs politiques, scientifiques et démocratiques majeurs. Sous couvert de simplification et de compétitivité, la RSE a été attaquée, vidée, caricaturée. Pourtant, sur le terrain, dans les entreprises et les territoires, autre chose est en train de naître.
Voici quatre bascules irréversibles pour celles et ceux qui refusent de renoncer.
En 2026, quatre tendances émergent clairement : une RSE décentralisée, une économie à visée régénérative, une attention nouvelle au vivant et un rôle renforcé des marques dans la société. Autant de signaux faibles qui dessinent un futur plus sobre, plus désirable et plus joyeux.
Avant d’imaginer quelles pourraient être les tendances de la Responsabilité Sociale et Environnementale en 2026, il me semble important de faire un bilan de 2025.
On ne va pas se raconter d’histoire : 2025 restera comme une année catastrophique…
Les reculs de la CSRD et de la CSDDD sous la pression de la droite et de l’extrême droite, l’arrivée des Omnibus peu ambitieux ont définitivement positionné la RSE comme une fonction de l’entreprise qu’il fallait au mieux réduire ou au pire dézinguer… et la liste des reculs est immense, sur tous les secteurs, sur tous les continents, sous l’impulsion de l’administration US d’un homme violent, viriliste, raciste, seulement intéressé par sa puissance économique, financière, diplomatique (?).
En Europe et en France, les décisions de Von der Leyen ou de Macron et de ses PM ont suivi, docilement, sans recul, niant les conclusions et recommandations de tous les scientifiques du monde. En 2025, la RSE est devenu un objet politique et ça ne lui a pas profité… Et pendant ce temps, les nouvelles du climat n’ont jamais été aussi alarmantes avec des crises plus fréquentes, plus violentes, dans toutes les régions du monde.
L’association « Parlons Climat » nous a présenté sa théorie du pivot majoritaire et nous laisse penser que ce sont ici les dernières résistances d’un monde qui refuse de disparaitre… Espérons, mais il a bien tout défoncé, cette année.
Alors, à quoi se raccrocher en 2026 ? Quels signaux faibles a-t-on vu apparaitre dans les entreprises ou les associations professionnelles ? Est-ce que les entreprises valident ce choc civilisationnel et ces aberrations scientifiques ou ont-elles la lucidité de se dire qu’après ses mandats politiques anti-écolos, le retard sera trop grand et qu’elles doivent continuer leurs efforts, leurs engagements et préparer un futur plus sobre, plus humaniste et joyeux ?
La RSE est morte et doit se réinventer en 2026.
En 2026, passer d’une fonction support à une responsabilité partagée.
Désormais, la RSE doit changer de stratégie en diffusant ses pratiques dans toutes les directions. La RSE n’est plus une direction centralisée au siège (déstaffez-vous !) mais les enjeux de Responsabilité doivent définitivement être dans toutes les fonctions : financière (c’est déjà un peu le cas), achats (tellement oubliés), innovation et marketing (car 100% de l’innovation doit être durable, fonctionnelle, circulaire, éco-conçue…) …
La RSE doit aussi sûrement changer de sémantique. La RSE doit devenir l’impact, l’engagement, la durabilité… ou le Développement Durable. C’est déjà un peu le cas dans le secteur financier. Je vois bien que les directions RSE que je rencontre sont gênées, frustrées et qu’elles veulent (et méritent) un nouvel élan.
Cela implique 2 évolutions majeures : plus de mesure et plus de décentralisation.
Il faut définitivement démontrer que les enjeux de responsabilité sont générateurs d’économies financières à court ou long terme et de préférence de marque. La RSE permet de faire mieux, dès aujourd’hui et encore plus pour demain, quand les ressources seront limitées.
Combien d’appels d’offres ont été gagnés par votre entreprise grâce aux « points RSE » ? Si ce n’est pas le cas, essayez ! Les directions commerciale et financière vont adorer la RSE.
La mesure d’impact est le chantier prioritaire de 2026. Un succès sans mesure est un échec.
La RSE doit devenir aussi la RTE : la Responsabilité Territoriale de l’Entreprise. Finis les grands plans RSE quinquennaux ou la trajectoire SBTi à 2030… on agit sur le terrain, dans les filiales, les régions, aujourd’hui, en 2026. La personne la plus importante de la RSE, c’est peut-être le patronne de l’usine de Brive La Gaillarde, la Responsable de la R&D à Saclay, les agriculteurs du Lot ou le maître de chais d’Epernay.
En 2026, où la durabilité est-elle pilotée chez vous ? Son ROI est-il mesuré ? Est-elle déployée partout ?
L’économie régénérative : An 2
En 2026, ne plus “réduire le mal”, mais créer du bien.
Après avoir évangélisé toutes les régions et de nombreux secteurs, la Convention des Entreprises pour le Climat a mis sur le devant de la scène le concept de l’économie à visée régénérative, avec l’aide du C3D, de GenAct et de nombreuses associations.
Enfin, un projet positif ! On ne se limite pas à réduire les externalités négatives, on reconstruit, on redonne vie, on donne envie… Quasiment 3.000 dirigeants de 1.500 entreprises se sont engagés pour une bascule irrésistible vers cette nouvelle économie.
Selon une définition (que j’aime bien et que j’emprunte à Jérémie Viel de MySezame), le « regen » repose sur 3 grands principes : plus de circularité, plus d’économie de la fonctionnalité et des nouveaux récits…
Autre définition : Faire rentrer son entreprise dans le Donut de Kate Raworth et y embarquer son écosystème.
Qu’est-ce que cela veut dire pour les entreprises ?
Plus de circularité ! Demain, il n’y aura plus de déchets. On quitte l’économie linéaire pour réutiliser toujours des matières premières secondaires, pour réparer, pour upcycler … Plus rien ne se jette, tout se réutilise.
Economie de la fonctionnalité ! Demain, on n’achètera plus. Tout se loue, tout se prête. On paie pour un usage… un peu comme on le fait déjà avec les voitures, les imprimantes ou les pédalos… c’est la fin de l’obsolescence programmée.
Nouveaux récits ! La communication doit se transformer. La propagande depuis le début du 20e siècle et la publicité depuis 80 ans ont considéré que la consommation était le summum du développement humain. La communication de demain doit changer l’imaginaire collectif d’une société de biens à une société de liens. Vous avez aimé le loup mal-aimé qui milite pour un nouveau vivre ensemble ? Vous allez adorer 2026 et dire en quoi votre entreprise est vraiment utile ! Vous pouvez faire de la pédagogie clandestine sur le végétarisme… ou sur les dizaines d’autres combats disponibles.
Le regen a déjà commencé.
Dans l’agriculture avec des projets pilotes que les grandes marques commencent à expliquer et valoriser… mais aussi dans l’industrie, la grande consommation, la pharmacie, le mobilier… par des choix radicaux de nouveaux modèles d’affaires, par des renoncements…. avant les succès annoncés de Poppins, créé par Lucie Basch ou Underdog créé par Claire Bretton.
La solution : les coalitions ! Aucun acteur ne pourra transformer son secteur tout seul… Il va falloir se regrouper et créer des coalitions. On le voit déjà sur la consigne / le réemploi dans les boissons sous l’initiative de Citeo avec l’opération ReUse, qui regroupe des distributeurs et des marques.
Ce que MIEUX essaie de faire aussi sur son marché en participant à l’Irrésistible Alliance du Beignet (coalition de 12 agences parfois concurrentes, parfois complémentaires issues de la CEC) au service des nouveaux récits.
Je ne crois plus à une RSE de conformité. Je crois à une durabilité de courage.
En 2026, que pourriez-vous faire avec votre écosystème pour aller plus vite, plus haut, plus fort ?
S’occuper enfin du vivant, de la biodiversité, de l’eau et s’en inspirer
En 2026, passer d’une économie contre la nature à une économie inspirée par le vivant.
Face à une vie hyper connectée, dans des villes agressives et minéralisées, les citoyens ont une furieuse envie de nature. Les vacances au vert et la rando (ou le trail) n’ont jamais connu un tel succès… Perso, en 2025, j’ai fait un « voyage de noces à vélo », sur 400 km le long des plages de l’Atlantique.
Comme les scientifiques nous alertent sur la perte de biodiversité et des écosystèmes naturels (dont dépend 50% du PIB mondial), les citoyens attachent de plus en plus d’importance aux entreprises qui la préservent.
L’eau est en 2025 devenu un sujet majeur.
Les expertes les plus reconnues (en France, les brillantes Charlène Descollonges et Emma Haziza) nous expliquent que la santé des milieux naturels, des animaux, (des humains) et de toute l’économie (!!!) dépend de la qualité de l’eau. Cela devrait faire réagir. Tout le monde et notamment tous les chefs d’entreprise !
Et nous commençons à réaliser que la nature est peut-être plus intelligente que nous… en tout cas, plus expérimentée et que cela devrait nous aider à construire demain.
Le biomimétisme nous permet de relativiser sur notre prétendue supériorité (par la voix de la chercheuse et conférencière Aina Queiroz, par exemple).
Sur Terre depuis 380 M d’années (pour rappel, Homo Sapiens, 300 000 années), l’araignée peut nous apprendre beaucoup. Le fil d’araignée est aussi résistant que l’acier à poids égal, mais beaucoup plus élastique : il encaisse les chocs en se déformant là où nos matériaux rigides cassent. Donc, on fabrique des gilets pare-balles (déso) en s’inspirant de l’araignée. Sur Terre depuis 450 M d’années, le requin inspire, par sa peau, réduit la traînée et améliorer la performance des bateaux et des avions.
(Euh… je réalise que je n’ai cité que des femmes… est-ce un hasard ?)
Dès 2026, quelle décision économique pourriez-vous prendre au nom du vivant ?
Face à la polarisation des opinions, quel rôle pour les marques ?
En 2026, les marques comme repères dans un monde fragmenté.
Depuis de nombreuses années, une fracture coupe la France… Ici, je reprends à la fois la fracture de Chirac de 1995 et l’Archipélisation plus récente de Fourquet (Ipsos). C’est même une multi-fracture qui coupe la France en petites communautés.
Finies l’Universalité et la Fraternité que nous avons vécues à la Place de la Concorde (la bien-nommée) pour la soirée d’ouverture des Jeux Paralympiques.
On constate une polarisation accentuée par des médias éditorialisés à l’extrême droite (de Bolloré) et des médias qui expliquent la science, le dérèglement climatique et valorisent les solutions comme BonPote, Vert, @TheImpactStory ou des ONG comme QuotaClimat… le service public faisant son boulot de pédagogie même si on lui reproche d’avoir des « bulletins météo à gauche » (cf commission d’enquête sur le pluralisme public).
Face à ce constat, comment peuvent réagir les marques ?
Tout le monde va répondre : « Ça dépend des convictions du comité de direction et de sa vision du temps long » oui mais pas que…
Aujourd’hui, 89% des citoyens dans le monde veulent plus d’actions pour lutter contre le dérèglement climatique (étude partagée par Laurence Tubiana au Climate Reality Tour, organisé en Mars 2025 par la fondation Al Gore) et 91% des marketeurs considèrent la RSE comme levier de leur transformation (étude adetem / equancy).
J’ai l’intime conviction que les marques doivent s’engager et même jouer un rôle plus important, nouveau, dans la société face aux risques politiques aussi.
On parle bien ici de Responsabilité Sociétale des marques. Au regard des études macro et des attentes des directions marketing, c’est incontournable, non optionnel.
Prenons un exemple avec un secteur comme le textile / la mode.
Veja, Loom, 1083, Faguo, Moea, Le Slip Français ou La vie est belt… resteront très engagées car c’est le modèle et la conviction des fondateurs. Ils savent que leur industrie est polluante et qu’elle mérite plus de circularité ou de location.
Mais que peut-il se passer pour les autres, qui ont déjà entamé des démarches ?
Petit Bateau ? Decathlon ? Kiabi ? Jules ? etc… Elles sont lancées… Elles ont compris les bénéfices qu’elles pouvaient en tirer. Sur leur modèle économique comme sur leur réputation. Même Leclerc fait preuve de transparence sur Tissaia, sa marque textile (7000 références : audit social, bilan carbone).
Mais que va-t-il se passer avec les autres marques ? Mainstream ? Premium ? Luxe ? Leurs impératifs de rentabilité pourraient-ils les empêcher de se transformer malgré leurs premières tentatives de transformation ?
Leurs dirigeants ne peuvent pas refuser les attentes majoritaires des consommateurs…. et des principales attentes Climat de leurs parties prenantes (et de leurs enfants).
Pour ça, les entreprises doivent « imaginer leur futur préférable et désirable ». L’exercice de Design Fiction a pour objectif principal de créer un débat sur les futurs possibles pour mieux s’y projeter.
Projeter son entreprise en 2035 ou 2050 et créer des artefacts (des objets du futur) ont une grande force, c’est de mettre en mouvement son équipe et toutes les parties prenantes (fournisseurs, clients, distributeurs…).
Cela accélère l’innovation. Cela permet de designer de nouvelles offres de services (toujours circularité et économie de la fonctionnalité).
En 2026, l’inaction ne sera plus une option neutre.
Les entreprises ne peuvent pas à sauver le monde, mais elles ont à choisir le monde qu’elles renforcent.
En 2026, oui, les entreprises seront radicales (radius en latin = racine) et doivent sur-innover pour aider la société à se projeter dans un nouveau monde, plus juste, plus sobre, plus heureux, plus amoureux.
Je vous souhaite une année radicale et créative et vous partage ma citation préférée du moment : « Ceux qui veulent la paix doivent s’organiser aussi efficacement que ceux qui veulent la guerre », Martin-Luther King.
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Thomas PAROUTY est le fondateur de MIEUX, Agence Communication x Design. Depuis 2009, MIEUX conseille les entreprises et les marques sur leur stratégie de communication RSE / RSM et leur stratégie d’innovation durable.
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Photo : Mary-Lou Mauricio