Yann Arthus- Bertrand (Good Planet) et Philippe Dorge (La Poste) : « Ce ne sont pas aux enfants de porter le poids du monde pour nos actes passés »

Alors que son dernier film Legacy rencontre un franc succès, Yann Arthus-Bertrand signe une collaboration GoodPlanet x La Poste. Dans la continuité de ses engagements de sensibilisation de ses salariés et de ses clients, La Poste s’engage avec la Fondation GoodPlanet pour des projets variés mêlant éducation, création, finance et art. Interview croisée avec Yann Arthus-Bertrand, président de la Fondation GoodPlanet et Philippe Dorge, DG Services-Courrier-Colis de La Poste.

The Good : Symboliquement et concrètement, que signifie ce partenariat ?

Yann Arthus-Bertrand : Par sa proximité et son service, La Poste fait un travail très essentiel de rapprochement des Français. Globalement, les facteurs et autres collaborateurs de cette entreprise sont des gens que les Français aiment. Avec la Fondation GoodPlanet et ce partenariat, nous apportons un peu d’environnement et d’écologie à leur lien. Si leur système est déjà investi, notamment via des véhicules électriques, l’idée c’est aussi d’apporter de l’éducation sur l’environnement. 

Philippe Dorge : Ce partenariat s’inscrit dans la continuité des engagements de La Poste en faveur de l’environnement : la neutralité carbone de l’ensemble de nos offres. Il vient aussi renforcer notre ancrage territorial en contribuant à des projets de compensation carbone, et spécialement d’agroforesterie à forts bénéfices environnementaux et socio-économiques en France.

Par ailleurs, en tant que première entreprise de services humains de proximité, nous nous retrouvons particulièrement dans les valeurs de la Fondation GoodPlanet qui prône une vision harmonieuse du respect de l’environnement et des humains. 

The Good : Quels sont les objectifs et enjeux clés de votre collaboration ? Avez-vous des points de repère qualifiables/quantifiables vous permettant d’avancer et de mesurer votre travail à venir ?

Ph.D. : En nous associant à la Fondation GoodPlanet, nous agissons ensemble pour encourager les bonnes pratiques environnementales. Concrètement nous apportons notre soutien à 6 projets d’agroforesterie situés sur le sol français et inscrits dans le programme Action Carbone Solidaire de la Fondation. Ces projets viennent enrichir notre programme existant, Climat + Territoires, qui supporte déjà 20 projets de préservation des écosystèmes naturels sur plus de 150 hectares en France.

Ces actions de sensibilisation répondent à deux enjeux : accompagner nos clients dans la transition écologique, et fédérer nos équipes autour de projets inspirants favorables à l’environnement.

Pour ce faire, nous valorisons ces initiatives auprès des entreprises, collectivités comme particuliers mais aussi aux postiers eux-mêmes. Au mois d’octobre dernier, nous avons ainsi eu le privilège d’inaugurer à Lopérec, le premier projet breton de reforestation labélisé bas carbone.

Y. A-B. : En plus de ces actions, je suis aussi en train de travailler sur un film qui s’intitule « France, une histoire d’amour » dans lequel La Poste est très impliquée. L’idée est de demander aux 70 000 facteurs de La Poste de photographier leurs clients préférés comme pour retracer un paysage de la France à leur image. 

The Good : Comme un clin d’œil à l’attachement à la pratique artistique de Yann Arthus-Bertrand, ce partenariat veut aussi toucher le grand public, « via l’édition d’objet » : pouvez-vous nous en dire plus ?

Ph.D. : Au mois de mai 2021, nous allons éditer des produits destinés à sensibiliser le grand public aux enjeux de la RSE en utilisant les photos de Yann Arthus-Bertrand. Il s’agira notamment de timbres collectors, Prêts à envoyer Colissimo « fête des mères », pochettes suivies et cartes postales éditées. 

En parallèle, le projet de film évoqué par Yann Arthus-Bertrand plus haut fait écho à cette dynamique par la mise en avant de la relation quotidienne avec nos concitoyens, notre façon de relier les uns aux autres sur tout le territoire, et ce auprès de toute la population. Un beau moyen de valoriser le vivre ensemble ! 

The Good : Pour une Fondation comme GoodPlanet, quels sont les enjeux liés à l’accompagnement des entreprises vers le changement ? Comment différencier le vrai désir de changement du greenwashing ?

Y. A-B. : Aujourd’hui, toutes les grandes entreprises ont envie de changer les choses. Je négocie avec Total depuis un moment pour qu’ils se décident à noter sur toutes leurs pompes « L’essence participe au dérèglement climatique, économisons-la ». Ils ne sont pas complètement réfractaires et je pense que le jour où ils accepteront, cela dira vraiment que n’importe quelle entreprise est capable de se responsabiliser sur le sujet de l’environnement.

Pour ce qui est du greenwashing, je crois qu’il y a toujours un peu de peinture verte qui dégouline. Nous sommes tous responsables de cette situation et il n’y a pas que les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Dans un pays qui dépend de la croissance, les chefs d’entreprises sont toujours dans un entre-deux face au changement. Nous sommes encore très loin de ce que nous devrions faire mais je suis soufflé de voir comment les gens se mobilisent chacun à leur échelle et sont sensibles au mot urgence. Quand je parle d’urgence, c’est aussi pour dire que tous et toutes devons agir maintenant. Ce ne sont pas aux enfants de porter le poids du monde pour nos actes passés. 

The Good : Que retenez-vous de l’évolution de la mobilisation des citoyens et entreprises sur le sujet climat ?

Y. A-B. : La Fondation a beaucoup travaillé sur la Convention Citoyenne et j’ai été marqué par le fait de voir tous ces Français qui ne connaissaient rien à l’écologie et qui sont rapidement devenus beaucoup plus radicaux que moi. Que ce soit sur la limitation de vitesse des véhicules sur l’autoroute, pour les gens venant de province et l’empruntant souvent cela  montre à quel point l’éducation arrive à vous changer. L’article du Monde sur l’urgence du climat montre bien qu’il y a une véritable urgence. On parle souvent des politiques et des lobbys mais l’urgence aujourd’hui c’est l’éducation des citoyens. Il faut que le changement vienne du peuple. Quand, lors de la Marche pour le Climat à Paris, on compte 50 000 personnes dans la rue alors que pour l’arrivée de la Coupe du Monde on en compte 3 millions, on saisit bien que ce n’est pas gagné. Quand on comptera 3 millions de citoyens dans la rue pour manifester pour le climat, les politiques se sentiront sûrement plus concernés. 

Mais pour que le sujet de l’écologie avance, il faut que les politiques s’arment d’une vision longue. Nicolas Hulot le dit très bien, quand on met des lunettes pour voir de près en les superposant avec une paire pour voir de loin on finit par voir trouble. Quand on voit le succès de Legacy, on remarque qu’il y a un réel intérêt pour l’éducation sur ce sujet. 

The Good : Comment cette nouvelle collaboration s’inscrit-elle dans la stratégie RSE et globale de La Poste ?

Ph.D. : À travers ce partenariat, nous réaffirmons notre engagement de longue date pour un monde plus durable. Nous sommes fiers de notre neutralité carbone. 100% de nos offres Courrier, Colis et Services sont neutres depuis 2012. Fiers de notre trajectoire de réduction de -30% sur nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2025 conformément à l’Accord de Paris. Fiers également de notre engagement dans les services pour une économie circulaire et pour la transition énergétique. Aussi, fiers d’investir dans le développement de notre flotte électrique spécialement pour décarboner la livraison des métropoles.

Camille Lingre
Journaliste, ex rédac chef de The Good. Diplômée d’un Master en communication et journalisme, elle commence en agence de publicité chez DDB Paris puis intègre la rédaction d’INfluencia en 2017 et passe rédactrice en chef de The Good à son lanncement. Passionnée de littérature et engagée dans les luttes pour la justice sociale et la reconnaissance des minorités, elle est quitte en mai 2021 sa fonction de rédactrice en chef pour se consacrer au lancement de sa librairie.

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