Véritable couteau-suisse de la nature, le chanvre pourrait bientôt dépolluer nos sols

Utilisé dans la construction, le textile et les cosmétiques, nous n’avons pas fini de redécouvrir les vertus du chanvre. Son prochain usage : assainir les sols pollués aux métaux lourds grâce à l’effet absorbant de ses racines profondes. Une note d’espoir qui pourrait cicatriser les terres contaminées et à terme les transformer en terrain agricole pour du biocarburant ou du papier.

Quand un agriculteur raconte qu’il fait pousser du chanvre dans son champ, on a vite le sourire aux lèvres à l’idée de l’imaginer en train d’en fumer de généreuses quantités après une dure journée de labeur. Et pourtant, aussi amusante soit l’image, fumer du chanvre serait diablement frustrant pour toute personne habituée aux joies récréatives du cannabis. Car si les deux plantes font partie de la même espèce et sont esthétiquement identiques, la première est dépourvue d’effet psychotrope, quand la seconde en est chargé. Les applications sont donc très différentes, et là où le cannabis a mauvaise presse pour ses effets sur le cerveau des jeunes, le chanvre – qui peut néanmoins se fumer sous forme de CBD – dispose de multiples vertus qu’il s’agit de valoriser. Au premier rang desquelles se trouve la dépollution des sols.

Des racines profondes pour mieux atteindre les métaux 

À Johannesbourg, le chercheur en sciences de l’environnement Tiago Campbell étudie depuis quelques années les capacités de phytoremédiation du chanvre, c’est-à-dire leur assainissement par des plantes vasculaires. En Afrique du Sud, il s’agit d’une question de santé publique. Des centaines de mines d’or sont abandonnées et souffrent de hautes concentrations en métaux lourds type arsenic, zinc, cobalt, cuivre, uranium etc. Or le chanvre est partout dans la pointe sud de l’Afrique, au point d’être considéré comme une mauvaise herbe. Et de fait, en plus d’une croissance rapide (environ trois mètres en deux mois), la plante n’a pas besoin de pesticide et résiste particulièrement bien aux environnements difficiles. Le chanvre bénéficie donc d’une grande résiliente qui, d’après les études de Tiago Campbell, se cumule à un système radiculaire capable de plonger à plusieurs mètres de profondeur. De longues racines qui permettent de mieux atteindre les métaux, de mieux les vasculariser vers la surface, en comparaison au tournesol, à la luzerne ou à la moutarde brune.

Une réputation d’assainissant forgée à Tchernobyl

À la fin des années 90, quelques équipes de scientifiques ukrainiens ont été autorisées à planter différentes cultures dont du chanvre dans la zone des 30 kilomètres autour de la centrale de Tchernobyl. Cette expérience était destinée à observer les capacités de phytoremédiation de différentes espèces. Les résultats ont placé le chanvre sur le podium, capable de croitre aisément sur des sols hautement contaminés, et d’absorber des métaux comme l’uranium, le césium et le strontium. Mais une étude de l’Université catholique de Louvain, en Belgique, nuance cependant les conclusions encourageantes de leur confrère sud-africain. Selon le type de sol, qu’il soit argileux ou sablonneux, l’absorption des métaux lourds est variable. Résultat, selon le terrain envisagé, le processus de dépollution prend entre 10 et 20 ans.

137 000 km2 de sols pollués en Europe

Malgré le temps de décontamination, la plantation de chanvre reste un moyen naturel et peu couteux de purifier les sols. Rien qu’en Europe, plus de 6% des terres agricoles sont polluées aux métaux lourds, soit 137 000 km2. En cause, une légion de sites industriels type mine, usine chimique, métallurgique, sidérurgique, pétrochimique. En France, il existe 320 000 anciens sites industriels, dont la plupart sont pollués. Or, la pollution des sols ne bénéficie de la même attention politique et médiatique que celle de l’eau ou de l’air. Peu visible, peu étudiée, elle est pourtant problématique pour la fertilité des sols qui nous nourrissent et nous font respirer. Si un grand plan de dépollution au chanvre est lancé, il pourrait ouvrir d’intéressantes retombées économiques. La fibre du chanvre est d’ores et déjà transformé en corde, papier, brique de construction et tissu. En revanche, pour l’huile de chanvre médicinale ou cosmétique, ne soyez pas casse-cou et tournez-vous vers des cultures biologiques.

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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