Vélomobile et microvoiture : panorama des véhicules écologiques de demain

Pour réduire les émissions liées à nos déplacements en ville comme en région, il est urgent de fabriquer des véhicules alternatifs moins lourds et moins émetteurs. Des modes de transport hybrides entre vélo et voiture dont l’efficacité énergétique est considérablement supérieure aux quatre-roues conventionnels.

Pour épouser la stratégie nationale bas carbone que s’est fixée la France conformément à l’Accord de Paris, l’industrie automobile doit décarboner au plus vite ses véhicules. Pour rappel, les 32 millions de voitures des particuliers français représentaient 16% des émissions nationales de gaz à effet de serre en 2017. Or, les émissions du trafic routier ne font qu’augmenter d’année en année, notamment à cause du poids croissant des véhicules type SUV. C’est ainsi qu’en 1960, la voiture moyenne pesait autour de 800 kg, contre 1240 kg en 2019 selon l’ADEME. Face à des véhicules de plus en plus lourds et énergivores, l’organisme de l’État France Stratégie proposait en 2019 de taxer les véhicules plus seulement en fonction de leurs émissions de CO2, mais aussi de leur poids. Reprise par la Convention citoyenne pour le climat, le gouvernement a accepté la proposition à condition qu’elle ne concerne que les véhicules thermiques au-dessus de 1,8 tonne, soit moins de 2% des ventes. 

Vélo électrique, vélo cargo, vélo couché : le futur de la mobilité urbaine

Face à ce que les associations écolo considèrent comme un manque de courage politique, il s’agit désormais de penser la mobilité de demain. Si la plupart des industriels et des pétroliers refusent d’amorcer une transition défavorable à leurs intérêts, de nouveaux acteurs ont d’ores et déjà commencé à concevoir des véhicules écologiques légers et bas carbone qui épousent les besoins réels de la population, en ville comme à la campagne. Ces véhicules intermédiaires sont au carrefour entre vélo classique et voiture, et pèsent tous moins de 500 kilos. Parmi eux, on a le célèbre vélo à assistance électrique (VAE) dont de nombreuses municipalités comme Paris sont déjà équipées (Velib’). Son grand frère, le speed pedelec, monte quant à lui à 45 km/h, se rangeant dans la catégorie des cyclomoteurs. Enfin, toujours dans la catégorie des superbicyclettes se frayent les vélos spéciaux comme les vélos cargos – capables de porter de grosses charges -, les vélos couchés, pliants et les fameux vélomobiles à carrosserie aérodynamique. L’étendue des modèles est aussi impressionnante que leur essor : rien qu’entre mai et juin 2020, les ventes de vélos ont progressé de 117% en France.

Microvoiture, voiturette, quadricycle protégé : une croissance encore timide

Face aux modes de transport dit actifs qui sollicitent l’énergie musculaire du corps, se trouvent les transports dits passifs qui mobilisent l’énergie électrique. On y retrouve les microvoitures, de frêles engins à une place non loin du quad électrique, mais également les voiturettes, des voitures sans permis capables de transporter deux personnes jusqu’à 45 km/h. Idéal pour la ville, tout comme les tricycles et quadricycles motorisés avec un habitacle fermé qui nécessite cette fois-ci le permis moto. C’est le cas de Ami, le quadricycle électrique de Citroën capable d’atteindre 45km /h également, et ce sans condition de permis. Enfin, pour les déplacements en région nécessitant plus de vitesse, il existe la mini-voiture à deux places capable d’atteindre en général 80 km/h. La Twizy de Renault pèse ainsi 450 kg, atteignant de peu la limite des véhicules considérés comme intermédiaires. Pour le moment, ces véhicules connaissent dans l’ensemble un succès encore timide, probablement lié à la piètre image des voiturettes et consorts face aux voitures modernes imposantes et rapides.

Sortir de la norme écrasante de la grosse voiture en la ringardisant

Des décennies de publicité automobile associant la voiture à la puissance et au succès rendent aujourd’hui difficile une transition rapide. Les forces de l’imaginaire publicitaire ont colonisé nos représentations collectives de la mobilité de sorte que les alternatives bas carbone apparaissent comme peu désirables. Pourtant, le vélomobile d’Aérovelo a atteint la vitesse prodigieuse de 144 km/h en 2016 sans la moindre assistance électrique. À l’inverse, les voitures issues de notre progrès technique ne sont pas l’étendard de modernité que nous voudrions leur attribuer. Certes, la vitesse et le confort d’un SUV sont appréciables, mais son poids obèse, ses émissions affolantes et l’insécurité qu’elle produit en ville ne contrebalancent-ils pas l’équation ? Pour transitionner vers une mobilité bas carbone, il est crucial de parvenir à ringardiser les voitures lourdes et émettrices en détricotant l’imaginaire viril et puissant qui s’en entoure. C’est par cette guerre des imaginaires et des systèmes de balance comme le bonus-malus que les véhicules de demain pourront pleinement prendre leur place sur l’asphalte de nos villes.

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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