Trust Barometer Edelman: mais où est donc passée la confiance des citoyens?

Les politiciens, les médias et les ONG ? Des diffuseurs de fake news et des menteurs… Depuis l’arrivée de la Covid-19, les Terriens ne croient plus en rien ni en personne. Seules les entreprises ont (encore) grâce à leurs yeux. Le baromètre annuel d’Edelman fait froid dans le dos…

Si la gifle est cinglante pour les journalistes et les politiciens,  les organisations non gouvernementales (ONG) et les entreprises n’ont pas de quoi pavoiser non plus. Chaque année, l’agence Edelman publie un baromètre qui analyse la confiance des citoyens. La 21ème édition de ce Trust Barometer montre les conséquences pour le moins néfastes pour ne pas dire franchement inquiétantes de la pandémie qui a plongé notre planète dans une crise sanitaire et économique sans précédent.

Doute, sur doute, sur doute…

Les débats sans fin et contradictoires sur la gravité de la maladie, les hésitations des gouvernements, les confinements à répétition ainsi que les polémiques sur les dangers réels ou supposés et sur l’efficacité des vaccins nous ont fait sombrer dans un océan d’incertitudes. Du coup, les consommateurs ne croient plus personne et doutent de tout. Si les réseaux sociaux sont considérés par 35% des interrogés, comme étant la source d’information la moins fiable, les médias traditionnels (53%) ont enregistré la plus forte baisse de confiance (-8 points) durant l’année écoulée. La majorité des 33.000 personnes interrogées dans 27 pays par Edelman pense que les gouvernements (57%), les chefs d’entreprise (56%) et les journalistes (59%) induisent délibérément en erreur le public avec des informations qu’ils savent être fausses ou exagérées.

Une bonne nouvelle pour… Macron

La défiance envers les élus qui dirigent nos pays n’est pas la même partout. Depuis le mois de mai dernier, le niveau de confiance des Sud-coréens vis-à -vis de leurs politiciens a chuté de 17%. Des baisses presque aussi spectaculaires ont été enregistrées au Royaume-Uni (-15%), en Chine (-13%), au Mexique (-12%) et au Canada (-11%). La seule nation qui affiche un taux positif (+2%) est la… France. Les décisions prises par Emmanuel Macron et son Premier ministre, Jean Castex, semblent donc être plutôt appréciées par leurs concitoyens, n’en déplaisent à leurs nombreux critiques.

Vive les patrons…

Les entreprises représentent aujourd’hui le seul véritable repère de confiance (61%). Elles sont les seules à être considérées comme à la fois éthiques et compétentes. Les citoyens croient plus en la parole de leurs patrons qu’en celle des hommes qui les gouvernent dans 18 des 27 pays analysés par le Trust Barometer. 76% des sondés font confiance à leur employeur. Cette proportion est particulièrement élevée en Indonésie (92%), en Inde (89%), au Mexique (86%), aux Pays-Bas (85%) et en Malaisie (83%). Les chiffres les plus bas sont enregistrés en Corée du Sud (58%), au Japon (60%), en Russie (66%), en Espagne (69%) et en… France (70%). Le fossé entre le patronat et les salariés semble donc toujours aussi profond dans notre pays. Beaucoup de particuliers souhaitent toutefois que les dirigeants d’entreprise jouent un rôle sociétal plus important. Outre la sauvegarde des emplois, la lutte contre les inégalités et la protection de l’environnement, les gens veulent que les sociétés cherchent davantage à préserver la qualité de l’information. 86% des répondants attendent ainsi des CEO qu’ils s’impliquent publiquement dans la gestion des sujets sociétaux et 68% considèrent qu’ils doivent prendre le relais des gouvernements si ceux-ci n’arrivent pas résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés. Face à la pandémie, les particuliers sont à la recherche de bouées qui les empêcheront de couler et de repères sur lesquels se fier…

Peur de son ombre

Tout aujourd’hui nous fait peur. 84% des sondés craignent de perdre leur emploi. 72% s’inquiètent des changements climatiques. 68% des personnes interrogées sont terrorisées par les hackers et les cyber-attaques et 65% se font du souci concernant la décroissance économique provoquée par la Covid-19. Plus de 6 individus sur 10 (61%) appréhendent une perte de leur liberté citoyenne. Les remèdes contre le coronavirus ne rassurent pas non plus grand monde. A peine 64% des répondants affirment vouloir se faire vacciner. En France, ce chiffre tombe à 52% (24% dès que possible, 28% de 6 mois à 1 an). En plus du bilan extrêmement lourd qui dépasse désormais les 2 millions de morts, la pandémie nous a rendu méfiants.

Faillite de l’information

« C’est l’ère de la faillite de l’information, résume Richard Edelman, le PDG du groupe éponyme. Les autorités nous ont menti et les sources médiatiques sont considérées comme politisées et biaisées. Le résultat est un manque d’informations de qualité et une division accrue. » Le doute est aujourd’hui partout. De plus en plus de personnes accusent les médias de propager des « fake news » lorsque les informations diffusées ne correspondent pas à leurs idées. Notre société est devenue bipolaire. Les extrêmes séduisent de plus en plus. Tout est blanc ou noir. Tous ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous. Les politiciens, les journalistes et même les ONG qui sont supposées soutenir des causes justes sont jetées dans le même panier. Seuls les employeurs sont encore -un peu- appréciés mais les particuliers attendent d’eux toujours plus. « Les événements de cette année renforcent la responsabilité des entreprises pour prendre le leadership sur des questions sociétales comme le renforcement de compétences des salariés et la justice raciale », juge Richard Edelman. Le rôle des sociétés est-il toutefois de remplacer nos gouvernants et de lutter pour une société plus juste ? Certains semblent le penser. Bienvenue dans le nouveau monde…

Fred Therin 

Cet article a d’abord été publié sur le site d’INfluencia ! Par ici 

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