Sport et environnement : jouer de son influence pour mobiliser les citoyens

Si le sport ne fait pas partie du palmarès des acteurs les plus polluants, il fait indéniablement partie des plus influents. Mais quelle légitimité à aborder un sujet dont on n’est pas expert ? Quelles actions mettre en œuvre pour être efficace ? Pour répondre à ces problématiques et promouvoir la synergie entre sport et éco-responsabilité, Match For Green développe un programme de formation dédié aux acteurs du sport. Rencontre avec un de ses initiateurs et responsable de l’innovation technologique Philippe Sence. 

The Good : Pouvez-vous nous raconter la genèse du projet Match for Green et comment s’opère sa mise en pratique concrète ?

​Philippe Sence : Le Club Paris Volley présente un des plus beaux palmarès du sport français : Ligue des champions, Coupe des coupes, Champion de France, parmi d’autres. Conscient des enjeux et de son rôle, il a intégré une démarche éco-responsable dans toutes ses activités (tri sélectif, réduction de l’empreinte carbone de 50%, suppression des plastiques, circuits courts alimentaires…). En septembre 2019, le Club a lancé l’initiative l’Envolley Verte afin de sensibiliser sa communauté de sportifs et de supporters en organisant des actions pédagogiques (expositions, événements, ateliers..).

Les succès enregistrés, la dynamique créée dans la communauté et au-delà, les initiatives d’autres clubs, nous amènent aujourd’hui à nous engager davantage encore pour contribuer à la réduction de l’empreinte écologique des sports d’équipe et au développement d’attitudes éco-responsables, grâce au projet Match for Green. Nous avons donc entamé le développement d’une plateforme de formation afin de proposer aux clubs sportifs de s’acculturer sur ces sujets afin de mettre en œuvre des actions simples et rapides.

The Good : Dans quel contexte et enjeux spécifiques liés au marché du sport et l’économie actuelle Match for Green s’impose-il ?

P. S. : Le monde du sport prend peu à peu conscience de la nécessité de s’engager vers la transition écologique tant pour son propre compte que pour amener les licenciés et fans à réduire leur empreinte carbone. 

L’impact du sport sur l’environnement reste relativement modeste comparativement à d’autres industries. En revanche, il possède un pouvoir d’influence extrêmement élevé au regard de ses valeurs et des communautés qu’il adresse. Le monde du sport représente plus de 16 millions de licenciés et 40 millions de pratiquants. En temps hors covid-19, c’est aussi plus de 2,5 millions de manifestations sportives organisées chaque année, rien qu’en France. 1 Français sur 2 pratique une activité sportive chaque semaine. En partant de ce constat, Match for Green a pour objectif de former les acteurs du sport français, afin de sensibiliser à leur tour leur communauté et les acteurs. Les clubs sportifs sont de parfaits vecteurs auprès de plusieurs millions de français. C’est pour cette raison que nous nous attachons à co-construire le mouvement MFG avec le Ministère des sports et l’ADEME.

The Good : Au regard de votre programme et des problématiques environnementales clés, quels sont selon vous les obstacles principaux que vous vous préparez à confronter ? En quoi votre carrière vous aide-t-elle à les surmonter ?

P. S. : Notre ambition est de parler de transition écologique de manière positive. Les référents de chaque club auront probablement des freins à certains changements. Le prix, les ressources demandées, les contraintes d’espace, de temps… Les experts Match for Green auront pour rôle d’accompagner les clubs dans chacune des actions envisagées, tout au long de leur programme de formation. Ils sont experts du développement durable, spécialisé dans l’univers du sport et de l’événementiel. 

L’idée de Match for Green est de sensibiliser, former et accompagner dans le changement au travers de défis collectifs intra et inter-clubs. Les principaux obstacles résident ainsi dans l’inertie des clubs et la priorisation des sujets. C’est la raison pour laquelle nous avons construit notre programme autour d’un cercle vertueux référent RSE – sportifs – communauté, tout en montrant le virage nécessaire que doivent prendre les clubs pour être pris au sérieux par leurs partenaires (publics ou privés). L’engagement des clubs sur les sujets environnementaux et sociétaux constituent le socle de développement des clubs, qu’ils soient amateurs ou professionnels.

The Good : Enfin, au regard de votre parcours de sportif comme d’entrepreneur : si vous étiez ministre des sports, quelles mesures législatives imposeriez-vous pour un plan national sportif à impact positif ?

P.S. : Je proposerais de faire de l’éco-responsabilité le socle des engagements des pouvoirs publics auprès des clubs. Et l’avenir nous le prouvera. Nos clubs, amateurs ou professionnels, doivent se retrouver au centre du jeu. C’est un terreau fertile sur lequel nous devons prospérer pour prouver, s’il en était besoin, que le sport est un formidable vecteur de communication au changement et les sportifs de formidables ambassadeurs de ces sujets vitaux.

Je proposerais également des incitations porteuses de sens comme généraliser la collecte de plastique afin de produire des sièges recyclés afin d’équiper les enceintes sportives dans lesquelles joue la communauté. Ainsi, les participants de l’initiative sont en mesure de voir le résultat de leur récolte.​

Et puis j’engagerais une réflexion plus profonde sur le mode de consommation dérivant du sport professionnel. L’usage du digital à outrance, la surconsommation énergétique (LED, écran, publicité etc), inhibe la puissance du message. Nous avons à questionner l’ensemble des sujets liés à l’image pour construire une communication plus éthique et percutante, plus ancrée vers le monde de demain et moins énergivore.

Camille Lingre
Journaliste, ex rédac chef de The Good. Diplômée d’un Master en communication et journalisme, elle commence en agence de publicité chez DDB Paris puis intègre la rédaction d’INfluencia en 2017 et passe rédactrice en chef de The Good à son lanncement. Passionnée de littérature et engagée dans les luttes pour la justice sociale et la reconnaissance des minorités, elle est quitte en mai 2021 sa fonction de rédactrice en chef pour se consacrer au lancement de sa librairie.

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