Scoring environnemental : “il faut que les fabricants en tirent une valeur ajoutée réelle”

Fondateur de la startup Ubebest, Martin Bonte développe des outils dédiés à l’information environnementale pour les équipements électriques et électroniques. Pour The Good, il présente cette startup incubée par “10G”, l’incubateur du Parisien et revient sur les enjeux du secteur.

The Good : Que propose Ubebest ?

Martin Bonte : Nous sommes spécialisés dans l’évaluation environnementale des équipements électriques et électroniques. Rien qu’en France, 1,2 milliard de produits sont mis sur le marché chaque année dans cette catégorie… Notre objectif est de réduire l’impact environnemental de ce secteur important et en forte croissance. Pour cela, la première étape c’est d’évaluer les produits, pour faire un état des lieux.

Or, à l’heure actuelle, la seule information qui peut permettre d’orienter le choix des consommateurs, c’est l’étiquette énergétique. Mais elle n’est présente que sur une minorité d’appareils et elle ne reflète pas la totalité de l’impact des produits. Par exemple, un produit qui consomme peu à l’usage peut au contraire avoir un fort impact pendant sa phase de production. Il faut donc qu’on sache tout ce qu’il se passe dans le cycle de vie de nos produits.

Nous avons commencé par travailler sur le développement d’un score global, à l’instar de Yuka dans l’alimentation, en collaboration avec le laboratoire des Arts et Métiers, qui est spécialisé dans ces problématiques. Ensemble, nous avons pu valider le modèle, mais avec une limite : il n’y a aucune information sur la production des produits. C’est l’opacité totale sur la fabrication, alors que le transport ou la réparabilité peuvent être évalués plus facilement.

TG : Pourquoi ces analyses du cycle de vie ne sont-elles pas encore démocratisées dans l’électronique ?

M.B : L’évaluation environnementale sur l’analyse cycle de vie existe depuis des années, avec des méthodologies validées par des scientifiques et des cabinets de conseil qui réalisent les analyses. Mais peu de fabricants y ont recours, et quand ils le font, ils ne répercutent pas les informations aux consommateurs.

Les acteurs en présence ne sont pas forcément adaptés à la réalité des fabricants, que ce soit par leurs prix très élevés, le temps nécessaire et les ressources humaines à mobiliser. C’est pour cela que nous avons commencé à réfléchir à un outil, toujours avec les Arts et Métiers, pour automatiser un maximum d’étapes dans l’évaluation, un peu comme ce qu’il se passe aujourd’hui pour la réalisation des bilans carbone.

TG : Comment ça fonctionne ?

M.B : Sur ce marché, peu de fabricants maîtrisent l’intégralité de leur chaîne de valeur : ils reposent sur de nombreux sous-traitants, ce qui bloque la chaîne d’information. Il faut donc trouver des mécaniques qui vont permettre d’évaluer le produit à partir du peu d’information dont on dispose. L’évaluation finale sera peut-être moins précise, mais mieux vaut 90% de produits évalués avec un moindre niveau de détail, que seulement 10% du marché analysé.

On part de l’extraction des matières premières, jusqu’à la fin de vie du produit, en prenant en compte les transports, le mix énergétique, le démantèlement… Pour cela, nous récupérons les informations dont dispose le fabricant, notamment par l’intermédiaire du “bill of materials” (la nomenclature du produit), pour ensuite faire un retraitement de notre côté, grâce aux bases de données environnementales. Cette analyse cycle de vie permet d’étudier une douzaine d’impacts environnementaux, c’est un scope bien plus large que le bilan carbone.

TG : Avec qui travaillez-vous ?

M.B : Nous avons mis en place un système d’abonnement fixe – alors que les cabinets classiques vont plutôt raisonner en nombre de jours-hommes. Nous travaillons directement avec des fabricants pour évaluer leurs produits et les aider à réduire leurs impacts à la source. Nous travaillons aussi avec des distributeurs, pour leurs marques propres, mais aussi dans le cadre de leurs arbitrages au sein de leurs catalogues, pour les aider à réduire l’impact des produits qu’ils proposent.

On s’aperçoit que de plus en plus de distributeurs cherchent à orienter leur catalogue différemment, en prenant en compte l’impact environnemental de leurs fournisseurs. Cela va dans le bon sens : pour généraliser les évaluations d’impact, il faut que les fabricants en tirent une valeur ajoutée réelle, c’est ça qui va favoriser son adoption.

TG : Il existe déjà une étiquette énergétique, un indice de réparabilité… pourquoi un indicateur de plus ?

M.B : Certes, la multiplication des labels et indicateurs en tout genre peut être contre-productive à terme. Trop d’info tue l’info. Mais d’ici 2028, tous les produits électroniques auront l’obligation d’intégrer un affichage environnemental, dans le cadre de la loi Climat. Les choses sont encore très vagues : il semble que le gouvernement attende que chaque secteur d’activité se saisisse du sujet et mette en place un référentiel. Cet affichage environnemental, porté par le gouvernement, devrait intégrer l’ensemble des impacts dans un même indicateur. Au-delà de notre score, nous cherchons surtout à offrir une solution d’évaluation environnementale adaptée aux ressources et aux besoins des industriels tout en devenant un tiers de confiance entre consommateurs et industriels.

Benoit Zante
Journaliste spécialisé dans les sujets de l'innovation, du marketing et de la transformation digitale, Benoit Zante couvre les grands événements technologiques mondiaux pour identifier et analyser les tendances émergentes. Il est aussi l'auteur de "Les défis de la transformation digitale" aux éditions Dunod.

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