Résilience productive : un test pour définir la dépendance des économies

La crise sanitaire est passée, les chiffres ont parlé, les cerveaux des marketeurs se sont contorsionnés, et pourtant rien ne semble avoir changé. Là où la titraille médiatique s’accordait à l’unisson 8 semaines durant sur un champ lexical du changement et de la révolution responsable, qu’en est-il vraiment ? Pour Utopies, cabinet de conseil spécialisé en développement durable, un compte rendu est de rigueur. Comme à son habitude, une étude résumée en note de position claire et complète dresse le portrait d’une nouvelle dynamique de production à mettre en place urgemment.

Renforcement ou à minima prise de conscience de la fracture sociale, économique, et politique : la crise met en lumière l’abysse dramatique qui scinde le monde entre réalités binaires sous tous aspects. Après avoir analysé les conséquences du covid-19 sur les marques, les consommateurs, les citoyens et les institutions, leurs liens ensemble et leurs intérêts individuels, il est temps de prendre du recul et penser hors du cadre national. Puisque consommation, responsabilité et crise environnementale sont les mots dont le monde semble s’emparer, tentons d’en déceler la réalité productive.

Approvisionnement du matériel médical, mise en place du protocole de sécurité sanitaire : la crise a su montrer avec fracas la défaillance de nos sociétés en termes de dépendance aux importations et sur la vulnérabilité des chaines de production mondiales. Concentrées, lointaines et à flux tendu,ces dernières interrogent sur la capacité de nos systèmes (agriculture, industrie) à faire face à des aléas naturels ou climatiques, à résister, absorber le choc, se réorganiser et retrouver leur structure fondamentale (voire la renforcer). Afin d’étudier ce phénomène, Utopies a cherché à évaluer le niveau de résilience productive des pays et des régions françaises métropolitaines. Pour ce faire, un test de résilience qui mesure la part (en %) des 1242 produits composant la nomenclature harmonisée qu’un territoire est raisonnablement capable de produire rapidement et dans des quantités suffisantes.

Comme l’explique le cabinet, « la résilience est la capacité d’un organisme vivant, ici, une ville, une région ou un pays, à retrouver les structures et les fonctions de son état de référence après une perturbation. Dans la nature, les écosystèmes résilients se distinguent par le fait qu’ils sont plus diversifiés, offrent plus de complémentarité et de redondance des fonctions ». Le score de résilience mesure donc la capacité d’un territoire à couvrir un large espace productif, qu’il peut mobiliser face à une perturbation exceptionnelle. Un score de résilience maximal de 100% signifie qu’un territoire est en capacité de maintenir la production de n’importe quel bien en situation de crise. Résultats en bref.

Situation mondiale en danger

Première donnée et pas des moindres : aucun pays au monde ne dépasse 50% de résilience productive, y compris la Chine (n°1 ex-aequo avec l’Italie, 49,3%). Pire encore, la moitié des pays présentent un score de résilience inférieur à 15%, une quarantaine se situent même en deçà de 5%. Sur les produits de santé ou médicaux, plus de 75% des pays se situent en dessous de 10% de résilience productive.

Grâce à la diversité de son système production, la France passe devant l’Allemagne et atterrit en 4ème position (avec un taux de résilience de 44,9%), avec un tissu productif assurant 45% seulement de ce qui rentre directement ou indirectement dans la chaîne de valeur de la consommation française.

Un paysage industriel français contrasté

Mais si au global ces données nous assurent un beau podium, de nombreuses disparités sectorielles fragilisent la résilience productive française. À en croire Utopies, le niveau de résistance de notre économie est insuffisant. Concrètement, notre tissu productif est dans l’incapacité de produire près de 55% des biens qui entrent directement ou indirectement dans la chaîne de valeur de la consommation française et dont certains peuvent s’avérer prioritaires selon la nature des aléas et de leurs conséquences. S’il n’existe pas de « bon » seuil, l’étude pointe le fait qu’un système résilient est capable de maintenir la production d’une part significative de biens, probablement au-dessus des 2/3.

Ainsi, le score de l’hexagone, comme celui d’un grand nombre de pays, cache de grandes disparités sectorielles. Si la France se situe dans le TOP 5 dans les industries agro-alimentaires, chimiques, plasturgiques et médicales, elle est nettement distancée sur un certain nombre de secteurs agricoles et industriels (au-delà de la 30ème place). D’importantes disparités sont également à noter entre régions françaises : près de 22 points séparent la région avec le score de résilience le plus élevé (Auvergne Rhône-Alpes, 36,4%) de celle présentant le score le moins élevé (Corse, 14,8%).

Solution : rélocalisation

Face à un bilan pessimiste, des solutions. Après la tornade capitaliste de la délocalisation, il est temps de penser rélocalisation. Un retour aux sources et au local dont on parle tant, permettant de raccourcir et sécuriser les circuits de production. Empreinte écologique réduite, parcours produit réduit : éthique, durabilité et responsabilité assurées. Évidemment, toute bonne stratégie se voit confrontée à quelques barrières. Ici, c’est le l’aspect financier qui vient se heurter aux changements pour beaucoup. Car en terres capitalistes, c’est la rentabilité économique qui fait loi.

Plug & Play ou la solution aux problématiques de mise en place

Consciente de ces enjeux, Utopies propose une solution clé en main : « Plug & Play ». A la manière des Lego, une solution productive de petit format et modulaire (souvent en containers ou en kit), parfois mobile, utilisant bien souvent les nouvelles technologies digitales, capable de se greffer rapidement et facilement sur un site industriel, sur un site tertiaire, un magasin, un hôtel, dans une rue ou dans une zone d’activité. Parmi les adeptes de cette solution, Agricool, produit et commercialise des fruits et légumes cultivés en ville sans pesticides dans des containers Plug & Play appelés « Cooltainer ». Dans la même veine, Upcycle installe des composteurs micro-industriels pour un compostage sur place de gros volumes de déchets alimentaires mais aussi de certains emballages compostables. Le compostage se fait directement sur le site producteur ou alors en points d’apport volontaire par quartiers. Côté techno, les containers Millebot permettent une impression 3D haut de gamme et grand format de manière mobile.

Local et effectif

Véritables accélérateurs d’économie circulaire et d’écologie industrielle, les Plug & Play permettent ainsi de densifier le tissu productif à moindre coût mais aussi de le diversifier, de créer des synergies et des complémentarités, de rendre le territoire plus agile et autonome dans de nombreux secteurs énergétiques, alimentaires, et industriels, mais aussi d’hybrider les approches Monde (grandes unités) & Local (micro-unités) et de déduire les coûts d’investissement, de structure, de transport, de stockage, délais, impact de la robotisation / automatisation… Bref : tout y est.

Comme le cabinet conclut, « porteur de sens, de résilience climatique et de cohésion sociale, le « local » est désormais le nouvel horizon du développement durable pour les entreprises et les consommateurs. C’est encore plus vrai avec la crise du Covid-19, à l’issue de laquelle neuf Français sur dix placent désormais en tête de leurs attentes prioritaires envers le gouvernement « le fait de garantir l’autonomie agricole de la France » et « la relocalisation industrielle dans le pays » (étude Odoxa) ». Assez parlé, il est grand temps d’agir !

Camille Lingre
Rédactrice en Chef The Good. Diplômée d’un Master en communication et journalisme, elle commence en agence de publicité chez DDB Paris puis intègre la rédaction d’INfluencia en 2017 et passe rédactrice en chef adjointe en 2020. Passionnée de littérature et engagée dans les luttes pour la justice sociale et la reconnaissance des minorités, elle est co-fondatrice d’une club de lecture et podcast féministe et membre de l’association de journalistes AJL.

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