Poulehouse : disruption éthique dans la jungle industrielle de l’alimentation

En 2017, Fabien SAULEMAN prend le pari de mêler production alimentaire animale avec éthique et engagement. Résultat, il sort Poulehouse : le mode de production d’oeuf le plus éthique au monde. Sans abattage et sans zone d’ombre, il démontre avec brio que les entreprises peuvent produire dans le respect des humains comme de la nature et toucher le plus grand nombre. Aujourd’hui, on fait le point sur son business, son parcours, et son rapport à la production industrielle.

The Good : Poulehouse c’est « l’oeuf qui ne tue pas la poule », avec comme promesse : un mode de production responsable et éthique de A à Z. Comment cela se matérialise-t-il concrètement ?

Fabien SAULEMAN : Nous sommes partis du constat que peu de monde savait vraiment comment étaient produits les oeufs et notamment que 50 millions de poules pondeuse étaient abattues à 18 mois chaque année alors qu’elles pouvaient encore vivre (et pondre) très longtemps.  Ceci est la règle aussi bien en cage, qu’en plein air ou en bio.
La promesse “l’oeuf qui ne tue pas la poule” fait référence au mode de production que Poulehouse est en train d’inventer qui permet de s’occuper des poules toute leur vie et leur donner des conditions d’existence et de production respectueuses sans jamais les envoyer à l’abattoir. Nous nous attaquons aussi au sujet des poussins mâles qui sont abattus le jour de leur naissance (50M par an également) car ils n’ont aucune “utilité” . Et enfin nous mettons fin à l’épointage (mutilation du bec des poules). Bref nous créons le mode de production d’oeuf le plus éthique et respectueux au monde.

The Good :Produire donc, mais aussi sensibiliser et agir pour le Good. Quel a été pour vous le « point de bascule », vous imposant la nécessité d’un nouveau rapport au business et à la consommation ?

F.S. : En fait l’idée a été d’utiliser la force de l’entrepreneuriat, de la communication et du marketing pour informer et modifier des pratiques qui nous semblaient injustifiables. Le point de bascule à titre personnel a été, quelques mois après être devenu végétarien, la découverte de cette règle de l’abattage systématique à 18 mois.  Avec une amie qui avait sauvé des “poules de réforme” j’ai pu constater à quel point elles se portaient bien et à quel point elles pondaient de beaux oeufs ! 
Le passage à l’acte a été très prudent, nous avons testé l’idée pour voir s’il existait suffisamment de personnes touchées par ce sujet de l’éthique animale et donc vérifier qu’il existait un marché. Au final c’est une satisfaction quotidienne pour tous les collaborateurs de Poulehouse de savoir que l’on oeuvre à l’arrivée d’un mode de production éthique et ça nous aide à supporter les efforts qu’impose une telle aventure.

The Good :Circuit de production atypique, gestion du bien-être animal, plus juste rémunération des collaborateurs etc : quels ont été les principaux obstacles induits par la mise en place d’un business exposant les dimensions environnementales et sociales au même niveau que sa verticale économique ? 

F.S. : Les obstacles sont bien sûr nombreux : 
– La filière n’a pas beaucoup apprécié de nous voir arriver et a mené une guérilla réglementaire pour nous faire chuter, ce qui, au final, a plutôt eu pour effet de nous faire monter encore plus vite en compétence.
– Les consommateurs ont très vite répondu présents là nous nous étions distribués et ont participé à nos crowdfunding. Seuls quelques vegan ont été plus réservés mais, même avec les abolitionnistes, nos relations se sont assez vite apaisées car ils ont compris que la démarche était sincère et le projet assez complexe à mener.
– Les distributeurs ont assez bien accueilli notre projet (enfin les services RSE et Marketing) mais les acheteurs étaient extrêmement sceptiques sur l’acceptation d’un prix de vente aussi élevé. Les résultats de vente ont fini de les convaincre. – Les fonds d’investissement ont regardé notre dossier, si j’ose dire, comme une poule qui a trouvé un couteau. Les VC étaient perplexes car il n’existe pas vraiment d’autre startup à laquelle nous rattacher, le bien-être animal n’est pas une thèse d’investissement, même dans les fonds impact et il n’existe pas vraiment d’écosystème comme pour la fintech ou autre… finalement nous avons levé avec un fond impact suisse et un fond territorial en plus des business angels.

The Good :S’il se veut plus conscient et plus responsable, le consommateur français oscille encore beaucoup entre confort et mieux consommer. Le prix étant notamment un levier de décision clé dans son parcours d’achat.  Comment surpasser cette dimension et faire acheter aux Français des oeufs à près d’1€ l’unité ? 

F.S. : Une chose est certaine, c’est le consommateur qui décide. Le consommateur est aujourd’hui en questionnement sur l’impact de sa consommation sur sa santé et sur la planète. Pour s’en convaincre il suffit de voir combien de personne ont téléchargé et utilisé l’application Yuka. Dans tous les domaines, les moyens de s’informer aujourd’hui sont simples et immédiats. Ce questionnement il faut l’accompagner et adapter l’offre au consommateur afin qu’il comprenne les choix qui s’offrent à lui. Il n’est pas possible d’être expert de tout et il faut faire beaucoup de pédagogie et de vulgarisation pour faire comprendre les enjeux.
Lorsque le consommateur arrive à ce niveau de questionnement il est prêt à entendre que derrière le prix le moins cher se cache généralement un mode de production critiquable et qu’il faut changer de référentiel de prix pour changer les pratiques.Nous avons toutefois de notre côté travaillé à mettre au point une offre plus abordable avec une boite d’oeuf à 3,99€ pour 6 oeufs plein air.

The Good :3 ans après votre lancement, quels résultats environnementaux, sociaux et économiques pouvez-vous nous délivrer ?

F.S. : Depuis 3 ans nous avons réussi à implanter notre nouveau mode de production dans la plupart des enseignes et nos produits sont disponibles pratiquement partout en France. L’impact principal est le nombre de poules (plus de 70 000) que nous avons déjà sauvées. Nous avons créé plus de 30 emplois et permis à plusieurs dizaines d’éleveurs de bénéficier d’une meilleure rémunération. Le nombre d’oeufs vendu dépasse déjà les 8 millions.

The Good :des projets pour demain avec Poulehouse ?

F.S. : Notre dernier projet est un pas de côté (toujours en faveur des poules). Nous avons lancé la plateforme www.adopte1poule.fr qui permet aux éleveurs qui sont restés dans un modèle de production classique de mettre en vente leur poules plutôt que de les envoyer à l’abattoir et pour les particuliers d’adopter des poules dans leur jardin.

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