Le sorgho : une céréale d’avenir à l’épreuve du réchauffement climatique

Cinquième céréale la plus produite au monde après le maïs, le riz, le blé et l’orge, le sorgho reste une plante africaine méconnue qui pourrait pourtant devenir un aliment phare de nos assiettes. La raison, de faibles besoins en eau et une résistance aux fortes chaleurs, idéale pour s’adapter à une dérive climatique qui bouscule chaque année davantage l’agriculture conventionnelle.

Vous reprendrez bien un peu de pâtes au sorgho ? Peut-être des crêpes, voire des gâteaux à la farine de sorgho ? Ou encore du lait de sorgho ? Si ces propositions culinaires vous semblent farfelues, préparez-vous car d’ici dix ans, elles seront peut-être aussi banales qu’un gigot de tofu dans un bistrot parisien. Certes le sorgho n’est pas encore très connu en Occident, mais dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie, c’est une source d’alimentation quotidienne. De la bouillie ivoirienne au petit-déjeuner jusqu’au pain bhakri (ou rôti) en Inde en passant par le maotai, un alcool très populaire en Chine, vous trouverez du sorgho aux quatre coins du monde. En Occident, cette céréale est également consommée, mais rarement par les humains : elle sert essentiellement à l’alimentation animale, notamment aux ruminants. Il faut dire que sa générosité en calories et ses deux à trois mètres de hauteur sont des arguments convaincants. Mais ce n’est pas tout. La plante bénéficie aussi d’une résistance rare en matière de stress thermique et hydrique.

La céréale de l’adaptation climatique

Les feuilles du sorgho ressemblent à celles du maïs, mais de vous y trompez, les avantages n’ont rien à voir. Le système racinaire du sorgho peut atteindre 2,5 mètres de profondeur, permettant de limiter l’érosion des sols, mais surtout une résilience significative aux fortes chaleurs et aux sécheresses. Ses racines peuvent quant à elles entrer en sommeil pendant des périodes de stress hydrique tandis que ses feuilles s’enroulent pour réduire leur transpiration. Pour couronner le tout, la plante connaît peu de ravageurs, ce qui évite le recours aux pesticides. Ces caractéristiques font du sorgho la céréale idéale pour un monde à +2° C. La plante permettrait une adaptation des politiques agricoles aux aléas climatiques et donc un dérisquage de l’avenir en matière de sécurité alimentaire. Cette robustesse face à la chaleur s’explique par l’adaptation évolutive de la plante depuis ses premières apparitions séculaires en Ethiopie et au Soudan, deux pays parmi les plus chauds de la planète. Très courante dans le Sahel et plus largement dans l’Afrique de l’Est, le sorgho s’est in fine répandu sur tous les continents, de l’Inde aux Etats-Unis en passant par le Mexique et la Chine. En Europe, sa culture est plus timorée, bien qu’elle ne cesse de se développer pour nourrir les animaux d’élevage. Le sorgho commence d’ailleurs à être cultivé dans l’hexagone, en alternative au maïs ensilage des animaux, lequel consomme 30 % d’eau supplémentaire.

Idéal pour les diabétiques et les sans gluten

Le sorgho est donc en train de faire une entrée discrète, mais durable sur le podium agricole français. Il a représenté en 2020 plus de 115 000 hectares de surface cultivée selon FranceAgriMer, soit le double face à 2018. La culture se développe notamment dans le sud-ouest, mais aussi dans le nord du pays en raison d’un réchauffement climatique tristement favorable et d’une sélection de variétés adaptées au climat local. Les grands acteurs agricoles de l’hexagone préparent d’ailleurs le terrain, voyant dans le sorgho une aubaine économique. Car la céréale du Sahel pourrait servir d’alimentation animale et humaine, mais aussi de biocarburant et de bioplastique. Une industrie pas si mirifique que ça, ne serait-ce que par l’emprise au sol considérable qu’elle demanderait. Autre facteur limitant, la consommation de sorgho reste pour le moment essentiellement dédiée à l’élevage alors même que le climat nous impose une diminution nette de nos émissions de méthane issue des viandes de ruminants (boeuf, vache, mouton). Tout l’enjeu est donc de proposer cette céréale du sud à la consommation humaine. S’il semble facile de convaincre les diabétiques qui craignent les glucides et les allergiques au gluten, l’intégration du sorgho à la culture culinaire française sera une autre paire de manches. À plus forte raison que la céréale se trouve pour le moment cantonnée aux magasins bio et spécialisés. Peut-être qu’introduire le sorgho dans les cantines scolaires et d’entreprises serait un bon départ ?

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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