Le baromètre Ademe-ObSoCo se penche sur les sobriétés et modes de vie des Français

L’objectif de l’étude est de mieux appréhender les pratiques et représentations des Français sur ce sujet, ainsi que les conditions de mise en œuvre de démarches collectives et individuelles de sobriété et les incidences sur les différents publics.

L’ADEME et l’ObSoCo publient un nouveau baromètre intitulé « Sobriétés et modes de vie », afin de mieux appréhender les pratiques et représentations des Français sur ce sujet, ainsi que les conditions de mise en œuvre de démarches collectives et individuelles de sobriété et les incidences sur les différents publics.

L’un des constats majeurs de cette première édition du baromètre : si la majorité des Français se déclarent favorable à des politiques de sobriété et critiquent vivement le mode de vie consumériste, ces derniers estiment pour autant très majoritairement que leurs modes de vie personnels sont déjà sobres et attendent des actions plus fortes de la part de l’Etat et des entreprises.

Les Français ont globalement un discours très critique vis-à-vis du modèle de société actuel et de la consommation. 83% des Français considèrent qu’en France nous avons « tendance à accorder trop d’importance à la consommation matérielle » et 81% estiment que « les gens passent trop de temps à consommer plutôt qu’à profiter des plaisirs simples de la vie ». 77% des Français pensent que « notre manière de consommer est nuisible à l’environnement ».

Alors que la notion de sobriété est globalement connotée plus positivement que négativement : 41% des interrogés en ont une perception positive contre 15% une perception négative. Toutefois, cette notion est perçue plus positivement chez les urbains et les plus aisés financièrement. 50% des personnes qui ont le sentiment de vivre confortablement en ont une perception positive contre 27% parmi ceux qui ont le sentiment de ne vraiment pas s’en sortir financièrement. Cependant, même parmi cette catégorie, la perception positive l’emporte sur la négative (19%).

Aussi, les Français sont dans l’ensemble très favorables à des grands principes d’organisation collective vers plus de sobriété dans nos modes de production et nos modes de vie, et à des mesures concrètes de sobriété : Selon eux, les actions actuelles en matière de sobriété sont encore insuffisantes. Alors que la majorité des Français (77%) semble considérer que les citoyens font leur part de l’effort de sobriété, ils attendent des actions plus fortes de la part de l’État et des entreprises. Parmi les chiffres les plus marquants venant démontrer ce constat :

  • Moins d’un Français sur deux jugent que l’État et les grandes entreprises agissent effectivement pour limiter les impacts de leurs activités sur les ressources de la planète. 44% pensent même que les grandes entreprises n’agissent pas du tout pour limiter l’impact de leurs activités.
  • 74% considèrent que les politiques publiques devraient privilégier en priorité la protection de l’environnement à la croissance économique.
  • Ils se montrent favorables à un encadrement des activités économiques, de la publicité mais aussi des pratiques et choix de consommation des citoyens. Pour 72% des Français, l’Etat devrait faire plus pour préserver l’environnement, même si cela signifie contrôler ou limiter certaines pratiques (voyages en avion, déplacements avec des véhicules qui roulent à l’essence…)
  • Pour 90% des Français, les normes de fabrication devraient favoriser des produits plus résistants, facilement réparables, quitte à ce que cette évolution se fasse au détriment du prix.

« Les chiffres le démontrent : malgré un contexte de forte inflation, les Français restent avant-gardistes dans leur vision de la sobriété et de la lutte contre la surconsommation. 77% affirment que notre mode de consommation pose problème pour l’environnement. Ils souhaitent ainsi concilier deux motivations principales : pouvoir d’achat et préservation des ressources. Pour autant, estimant déjà contribuer fortement à la transition écologique, ils attendent avant tout que des mesures fortes soient prises par l’Etat et les acteurs économiques pour entraîner la société dans son ensemble vers des modes de vie et de consommation plus responsables », commente Sylvain Waserman, Président-directeur général de l’ADEME.

MODE DE VIE DES FRANÇAIS : ZOOM SUR LES 6 DOMAINES ETUDIES PAR L’ADEME

  • Mobilité du quotidien : la voiture occupe une place centrale dans la mobilité des Français. Son usage étant très corrélé à la densité du territoire et à l’offre de mobilité, le manque d’alternative pour se déplacer est le premier argument cité par les propriétaires de voiture pour justifier son usage. Seuls 19% des automobilistes qui utilisent leur voiture tous les jours ont le sentiment de l’utiliser de manière excessive, la nette majorité (83%) considèrent que l’usage qu’ils en font est en bonne adéquation avec leurs besoins. Seulement 14% des Français déclarent ne pas être équipés de véhicules automobiles, la principale raison évoquée est avant tout le coût (56%), 17% des personnes n’ayant pas de voiture ont fait ce choix par souci environnemental.

  • Tourisme : 23% des Français ne sont pas du tout partis, ni en vacances, ni en week-end, dans les 12 mois qui ont précédés l’enquête. 29% ont l’habitude de partir en dehors de la France métropolitaine pour leurs vacances La voiture est le mode le plus utilisé pour partir en vacances ou week-end (84%), 26% prennent le train et 25% l’avion. Seuls 3% des usagers du transport aérien ont le sentiment d’avoir un usage excessif de l’avion, contre 16% qui affirment à l’inverse qu’ils aimeraient le prendre plus souvent.

  • Alimentation : un peu moins de 3% des Français se déclarent végétariens ou végans. 16% se définissent comme flexitariens. 24% des Français qui mangent de la viande plus de 2 fois par semaine ont le sentiment de trop en manger. Ceux qui ne consomment pas de viande le font principalement par souci du bien-être animal (73%) ou pour préserver l’environnement (68%) tandis que ceux qui limitent leur consommation de viande le font principalement par souci d’économies (52%) et dans une moindre mesure par habitude (36%) ou pour des raisons de santé (27%).

  • Logement : 1 Français sur 5 a le sentiment de vivre dans un logement trop petit par rapport à ses besoins, mais 17% estiment qu’ils pourraient habiter dans un logement plus petit. 34% des Français déclarent chauffer leur logement au-delà de 19°C. Seuls 7% ont le sentiment de chauffer de manière excessive leur logement tandis que 20% considèrent ne pas le chauffer suffisamment, et c’est même 33% parmi ceux qui n’ont pas la possibilité de contrôler la température. 84% déclarent s’habiller plus chaudement avant d’augmenter le chauffage, d’abord pour limiter leurs dépenses, en second pour préserver l’environnement (47%), et en 3ème par habitude (45%).

  • Consommation de biens et services : un Français sur deux a recours au marché de la seconde main. Là encore, l’achat de seconde main est motivé principalement pour des raisons économiques (76%), mais aussi pour pouvoir consommer plus (51%). La motivation environnementale arrive en 3ème position (39%). Seuls 14% des Français estiment que leur consommation de vêtements est excessive par rapport à leurs besoins (et 34% parmi les plus gros consommateurs).

Numérique : 17% des smartphones possédés ont été achetés d’occasion ou reconditionnés. Outre le motif économique (61%), la motivation écologique, pour donner une deuxième vie à un produit, arrive en deuxième position (43%). Pour 39% cela leur permet de s’acheter un produit d’une gamme supérieure. Seul un quart des Français déclarent avoir renouvelé son smartphone parce qu’il ne fonctionnait plus du tout (pour 72% il fonctionnait encore). Seuls 7% des Français considèrent qu’ils renouvellent trop fréquemment leur téléphone portable (22% parmi ceux qui le font tous les 2 ans voire plus fréquemment).

A peine plus d’un quart de la population semble admettre sa propre contribution au problème. En effet, seuls 28% ont le sentiment de « consommer trop ». Par ailleurs, 82% ont le sentiment d’avoir un mode de vie déjà sobre et une large majorité ne se considèrent pas dans l’excès quel que soit le type de pratiques, ce qui pose question au regard de l’ampleur des enjeux environnementaux actuels et du chemin à parcourir pour atteindre notamment les objectifs de neutralité carbone.

Les pratiques de sobriété sont principalement déterminées par des contraintes économiques et l’adoption de pratiques peu sobres est souvent justifiée par le manque d’alternatives.

« L’écart, observé dans les enseignements de cette première vague d’enquête, entre d’un côté une adhésion forte des Français à une société plus sobre, à un encadrement des activités économiques, de la publicité mais aussi des pratiques et choix de consommation des citoyens et de l’autre, son application dans leur quotidien et leur perception d’avoir déjà un mode de vie sobre, interroge. Non seulement les Français sous-estiment probablement l’impact de leurs modes de vie sur l’environnement mais ils ont aussi l’impression de faire leur part au regard des injonction aux écogestes. Aujourd’hui, la plupart des Français estiment que c’est d’abord à l’Etat et aux entreprises de répondre à la crise environnementale actuelle, de faire évoluer les modes de production et de leur mettre à disposition des alternatives», ajoute Anaïs Rocci, sociologue de la direction exécutive Prospective et recherche de l’ADEME.

Méthodologie et perspectives

L’enquête a interrogé un échantillon de 4000 personnes représentatif de la population de France métropolitaine âgé de 18 à 75 ans, avec un questionnaire divisé en deux sections. Une première partie interroge de manière factuelle les habitudes des Français dans plusieurs domaines : mobilité, tourisme, numérique, alimentation, logement, consommation de biens et services. Une seconde partie s’intéresse aux représentations et aux aspirations des Français et questionne la notion de sobriété, l’attachement au modèle consumériste, la conception du bien vivre, ainsi que l’adhésion aux mesures collectives de sobriété.

Réalisé pendant l’été 2023, ce baromètre a pour objectif d’être renouvelé chaque année.

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