« La RSE est une démarche sincère et utile que nous devons aussi valoriser comme élément de différenciation business », Anne Ramon (Malakoff Humanis)
À l’heure où la RSE est parfois réduite à un exercice de conformité, Malakoff Humanis revendique une approche radicalement différente. Anne Ramon détaille une vision où la RSE devient un véritable levier stratégique.
Acteur paritaire, mutualiste et à but non lucratif de la protection sociale, Malakoff Humanis revendique une singularité forte dans le paysage assurantiel français. Santé, prévoyance, retraite complémentaire, épargne : autant de métiers où la responsabilité sociale et environnementale ne va pas de soi… et ne peut pourtant plus être dissociée du modèle économique.
Distingué Top 2 % des entreprises les plus vertueuses par EcoVadis, le groupe assume une RSE profondément arrimée à son cœur d’activité : accompagnement des populations fragiles, investissements responsables, trajectoire de décarbonation, pédagogie financière, mobilisation de 10 000 collaborateurs.
Dans cet entretien pour The Good, Anne Ramon revient sans détour sur les choix structurants de Malakoff Humanis et sur une conviction forte : dans un monde sous tension, les entreprises ont désormais un rôle de protection sociale et écologique à jouer.
The Good : Malakoff Humanis est un groupe paritaire, mutualiste et à but non lucratif. En quoi cette singularité façonne-t-elle votre approche de la RSE ?
Anne Ramon : Chez Malakoff Humanis, la RSE n’est pas un sujet périphérique. Elle est consubstantielle à notre identité. Nous sommes un acteur de l’économie sociale et solidaire, paritaire et mutualiste, avec une mission claire : protéger les personnes, accompagner les fragilités et contribuer à l’intérêt général.
La difficulté -et le défi- consiste justement à intégrer ces engagements dans notre cœur de business, à travers nos garanties santé, prévoyance, épargne ou retraite. Ce n’est pas automatique, mais c’est précisément là que la RSE devient stratégique.
The Good : Vous avez structuré votre engagement autour de quatre grands piliers. Pouvez-vous nous les détailler ?
Anne Ramon : Nous avons en effet identifié quatre grands enjeux RSE :
Le social, qui concerne directement nos métiers d’assureur et de gestionnaire de protection sociale.
Le sociétal, avec des engagements forts autour du handicap, du cancer, du bien vieillir et des aidants.
L’éthique et la transparence, qui sont clés dans un secteur fondé sur la confiance.
Et enfin l’environnement, à la fois dans nos opérations et dans notre politique d’investissement.
Pour rendre ces enjeux opérationnels, nous les avons déclinés selon trois prismes : l’intérêt général, nos clients et notre organisation interne. Cela nous a permis de construire une véritable matrice d’impact.
The Good : Justement, sur le volet sociétal, Malakoff Humanis est particulièrement engagé…
Anne Ramon : C’est un axe historique pour nous. Nous sommes par exemple le premier mécène des soins de supports sur le cancer en France, nous avons une fondation dédiée au handicap, nous soutenons le service civique « solidarité seniors” et nous avons consacré 25 millions d’euros à l’accompagnement de nos clients en situation de fragilité sociales ou financières.
Ces engagements ne sont pas symboliques : ils sont pensés sur le long terme, avec des salariés de Malakoff Humanis dont c’est le métier, des partenaires de terrain et des indicateurs d’impact.
The Good : La transparence et l’éthique reviennent souvent dans vos prises de parole. Pourquoi est-ce si structurant ?
Anne Ramon : Parce que la protection sociale est un sujet complexe… et parfois anxiogène. Nous avons une responsabilité de pédagogie, notamment sur l’épargne et l’éducation financière.
Être éthique, c’est aussi être clair : expliquer ce que l’on fait, comment on investit, comment fonctionnent nos produits. La confiance se construit dans la durée.
The Good : Malakoff Humanis gère 47 milliards d’euros d’actifs. Comment articulez-vous finance et responsabilité ?
Anne Ramon : Nous appliquons une double analyse à nos investissements : performance financière et extra-financière (ESG) Concrètement, nous avons par exemple exclu le charbon thermique et nous suivons une trajectoire de décarbonation claire. Nous avons également créé un fonds autour de la biodiversité.
Par ailleurs, depuis 2023, 1,8 milliard d’euros ont été investis dans des projets à impact positif, une dynamique très soutenue par notre gouvernance.
The Good : En interne, comment embarquez-vous les 10 000 collaborateurs du groupe ?
Anne Ramon : La RSE ne peut pas reposer sur une équipe centrale seule. Chaque collaborateur dispose d’une feuille de route, avec des marges d’autonomie. Nous avons mis en place des formations pour tous, travaillé sur la raison d’être et le projet d’entreprise, et intégré la RSE dans les pratiques managériales.
Le télétravail en est un bon exemple : jusqu’à 100 jours par an, soit en moyenne 2,5 jours par semaine, avec à la clé une réduction significative de notre empreinte immobilière.
The Good : Vous travaillez aussi beaucoup avec votre écosystème…
Anne Ramon : Absolument. Avec la direction des achats, nous avons intégré des critères ESG représentant 10 à 20 % de la note dans nos appels d’offres.
Nous accompagnons aussi nos partenaires et courtiers dans leur propre transition.
The Good : Plus largement, quel rôle doivent jouer les entreprises aujourd’hui selon vous ?
Anne Ramon : Les entreprises ont un rôle de plus en plus politique au sens noble : non partisan, mais structurant. Elles contribuent à la protection sociale, à la transition écologique et à la cohésion de la société. L’Etat et les associations ne peuvent pas tout.
Dans un contexte de tensions multiples, elles participent à la stabilité démocratique. La RSE n’est plus une option : c’est une condition pour “faire société”.