Enercoop et transition énergétique : “Il est impératif d’associer citoyens et collectivités au développement des projets”

Que doit-on attendre de l’énergie verte ? Comment les offres actuelles infusent-elle le marché et sont-elles toutes bonnes à prendre ? Quelle conscience citoyenne sur la consommation ? Comment transformer durablement nos modes de consommation en s’affranchissant d’un vert nucléaire pas si Good ? Suite à un sondage réalisé avec Opinionway, Enercoop délivre quelques clés pour mieux comprendre les enjeux de cette transformation nécessaire de l’énergie. Rencontre avec Amandine Albizzati, PDG d’Enercoop, une coopérative militante qui nous séduit.

The Good : Pourquoi avez-vous souhaité sonder les citoyens et quelles sont les leçons clés que vous en tirez ?

Amandine Albizzati : Il est aujourd’hui admis que la prise de conscience écologique est de plus en plus prégnante chez les Français. En tant que fournisseur coopératif d’électricité 100 % verte nous voulions aller plus loin, et en savoir davantage sur le rapport des Français aux énergies renouvelables. Nous savons bien sûr que les attentes de la société ont évolué sur ce sujet ces dernières années. Preuve en est, de plus en plus de citoyens rejoignent Enercoop chaque mois et s’impliquent dans notre coopérative en ayant à cœur d’être acteur de la transition énergétique. Cette étude nous a permis de confirmer ce que nous pressentions. 

Si, sans surprise, la prise de conscience écologique change les habitudes de consommation, notamment chez les plus jeunes, les Français demandent à être mieux informés sur les différentes sources d’énergie qui constituent les offres d’électricité verte. Certains d’entre eux, et encore une fois majoritairement les 18/34 ans, sont prêts à faire un effort financier pour avoir l’assurance d’opter pour une offre d’électricité 100 % renouvelable qui soit écologiquement exigeante. C’est justement ce que revendique Enercoop : plus de transparence pour engager une transition énergétique vertueuse. 

The Good : Parmi les chiffres marquants, on note que 42 % des Français estiment aussi que la part des énergies renouvelables dans la production totale d’électricité en France est trop basse. Au-delà d’une sensibilisation des citoyens à opter pour des offres (vraiment) vertes sur leur consommation personnelle d’électricité, que devrions nous faire à plus grande échelle ? 

A.A. : La France est en effet en retard sur ses objectifs de développement des énergies renouvelables : alors que le cadre européen fixait un objectif de 23 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie d’ici 2020 en France, nous en sommes aujourd’hui à 19,1 %. Il s’agit donc aujourd’hui d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables sur les territoires, en particulier les projets de production portés par les acteurs locaux. Il est en effet impératif d’associer citoyens et collectivités au développement des projets en leur permettant d’investir et de participer à leur gouvernance. Les projets d’énergie renouvelable à forte plus value sociale et environnementale doivent ainsi être privilégiés par les pouvoirs publics. 

Il est possible de lever les obstacles au développement d’initiatives à gouvernance locale de différentes manières : définir une trajectoire énergétique claire aux échelons nationaux, régionaux et locaux en fixant des objectifs de production d’énergie citoyenne ou encore adapter les mécanismes de soutien public existants aux spécificités des projets locaux et citoyens.

Pour autant, rappelons que la transition énergétique ne saurait se baser seulement sur le développement des énergies renouvelables : mener des actions portant sur l’efficacité et la sobriété énergétique est tout aussi central, comme l’a théorisé l’institut négaWatt

 avec le triptyque Energie Renouvelables/Efficacité/Sobriété. 

The Good : Plus qu’un fournisseur, Enercoop se veut un acteur militant. Comment cet activisme se matérialise-t-il concrètement ? 

A.A. : Il y a plus de 15 ans, Enercoop est née de la volonté d’acteurs militants (Biocoop, Greenpeace, les Amis de la Terre, etc.) qui ont saisi l’opportunité de l’ouverture du marché de l’électricité pour faire naître un projet énergétique résolument différent : un fournisseur d’électricité 100 % renouvelable (le seul à l’époque), sous forme de coopérative d’intérêt collectif. Sur la base de ces deux grands fondements, Enercoop a su, au fil des années, faire grandir ses ambitions : un approvisionnement  direct sur la base d’une rémunération juste auprès de producteurs d’énergie renouvelable partout en France, le refus du recours au nucléaire, le développement de coopératives Enercoop locales pour se rapprocher des enjeux énergétiques des territoires, le déploiement d’une vie démocratique interne en associant ses sociétaires à sa gouvernance, sans actionnaires à rémunérer. En ça, Enercoop est militant, et dans la constellation que constituent les acteurs du marché de l’électricité, il a toujours su marquer sa place unique. 

The Good : Au cœur de vos missions : impliquer les citoyens dans son organisation. Comment ça marche ? 

A.A. : Très concrètement, Enercoop permet à ses clients de devenir sociétaires de la coopérative la plus proche de chez eux, en prenant une part sociale. Mais ce n’est pas tout, puisque les salariés, les producteurs d’énergie, les partenaires et collectivités peuvent aussi devenir sociétaires de la coopérative. Le fournisseur Enercoop appartient ainsi à toutes celles et ceux qui gravitent autour de son projet. L’ensemble des coopératives du réseau Enercoop comptent plus de 50 000 sociétaires à travers la France. Ce sont donc eux qui décident des grandes orientations que prend leur coopérative, en participant aux assemblées générales, en s’impliquant dans les conseils d’administration, en devenant ambassadeurs d’Enercoop.

Autre implication possible, celle d’investir son épargne dans des nouveaux moyens de production renouvelable près de chez soi. Enercoop, avec d’autres, est à l’origine du mouvement Énergie Partagée qui est un outil d’investissement solidaire et mutualisé dédié à 100 % au financement d’initiatives de production d’énergie renouvelable et de maîtrise de l’énergie. Nos sociétaires s’impliquent aussi très concrètement dans le développement de projets près de chez eux avec certaines de nos coopératives locales, car décidés à faire se réaliser concrètement la transition énergétique sur leur territoire. 

The Good : Nucléaire, législation, quels sont les enjeux majeurs de l’électricité verte auxquels vous faites face et quels sont les obstacles que vous avez jusqu’à présent réussi à surmonter ? 

A.A. : Parmi les obstacles majeurs auxquels nous faisons face aujourd’hui figurent, entre autres, le mécanisme de l’ARENH (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique), autour duquel il y a trop peu d’information ce qui le rend inintelligible pour le consommateur ; le fonctionnement des garanties d’origine; le manque de reconnaissance de nos spécificités en tant que structure coopérative de l’économie sociale et solidaire, évoluant dans un secteur très concurrentiel, celui de l’énergie. 

La structuration très centralisée du marché de l’énergie fait également partie des enjeux auxquels nous sommes confrontés. A nos débuts en 2005, il était extrêmement complexe pour un fournisseur d’avoir accès à la production d’énergie renouvelable, en particulier celle bénéficiant d’un soutien public de l’État, et donc de proposer à ses clients des offres vertes basées sur des contrats directs avec des producteurs. Heureusement, certaines barrières se sont progressivement levées au gré de l’évolution de la réglementation, notamment en 2015 lorsque Enercoop est devenu le premier organisme agréé à pouvoir racheter l’électricité des projets de production dits “sous obligation d’achat”, qui est l’un de modes de soutien public aux énergies renouvelables en France. Si cette ouverture reste largement incomplète, elle n’en reste pas moins un exemple d’obstacle qui a été surmonté par la coopérative.

Camille Lingre
Journaliste, ex rédac chef de The Good. Diplômée d’un Master en communication et journalisme, elle commence en agence de publicité chez DDB Paris puis intègre la rédaction d’INfluencia en 2017 et passe rédactrice en chef de The Good à son lanncement. Passionnée de littérature et engagée dans les luttes pour la justice sociale et la reconnaissance des minorités, elle est quitte en mai 2021 sa fonction de rédactrice en chef pour se consacrer au lancement de sa librairie.

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