Economie circulaire : la France doit passer la vitesse supérieure

Emmanuel Macron vient de donner une sacrée impulsion à l’économie circulaire dans son plan France 2030. Mais quand, comment et avec qui, faire de la France une économie circulaire à grande échelle ? Anne Benady, Responsable environnement et économie circulaire du groupe AFNOR et auteure de « 100 questions sur l’économie circulaire » décrypte pour The Good les enjeux de l’économie circulaire.

En août dernier, presqu’au même moment, deux informations ont été révélées. L’une plutôt décourageante qu’est le rapport du GIEC confirmant l’urgence climatique, et l’autre, certes moins retentissante mais plutôt encourageante pour l’économie circulaire, qu’est la signature d’un partenariat entre Back Market et le groupe Seb, autour de la vente de produits de petit électroménager reconditionnés. L’alliance de David avec Goliath, le genre de nouvelle qu’on voudrait entendre tous les jours au JT ! Avant eux, bien sûr, il y a eu Décathlon, Tarkett, Signify (filiale de Philips) qui ont ouvert la voie. A quand un boulevard pour ces acteurs innovants ? Quand ne seront-ils plus des défricheurs ? Quand deviendront-ils la norme ?

A la question « quand ? », je réponds dès maintenant. Attendre, c’est légitimer cette spirale infernale « extraire-produire-consommer-jeter », climaticide, prédatrice de ressources et destructrice de biodiversité. Bien trop de produits sur le marché sont des déchets à retardement. 52% des Français estiment qu’il faut sortir du mythe de la croissance infinie*. C’est la 1re motivation du reconditionnement : une consommation réduite de matières premières. Cela passe aussi par l’allongement de la durée de vie des produits et la nécessité d’anticiper la 2e, la 3e, la 4e, voire la 5e vie de ces produits. Pour faire rempart à l’obsolescence programmée, on peut compter sur le savoir-faire français en design et éco-conception, porté par une nouvelle génération de start-up : Greenspector, Pandobac, Caruus. Soutenons-les, consultons-les ! Retrouvons-nous autour des méthodologies d’éco-conception qui encouragent les 3R : réduction, réutilisation, recyclage. A ces 3R, nous ajoutons la réparabilité et la robustesse, qui vont dans le sens de l’allongement de la durée d’usage. Avec, aujourd’hui, une étiquette utile : le fameux indice de réparabilité désormais affiché sur certains produits électroniques

A la question « comment ? », j’en appelle à l’audace et au courage des industriels. C’est une prise de risque importante pour un grand groupe comme Seb de passer d’un modèle basé sur la vente de volume à la vente de produits durables, robustes et réparables. A fortiori sur un marché accoutumé aux produits à bas coûts et d’une courte durée de vie. C’est aussi une prise de risque pour les ETI et PME. Tout en composant avec les contraintes législatives et celles des donneurs d’ordres, elles recherchent des modèles économiques plus agiles, réorganisent leurs talents et trouvent des relais de croissance hors des sentiers battus.

A la question « avec qui ? », je réponds : « ensemble ». On ne fait pas d’économie circulaire tout seul. Il faut connaître sa chaîne de valeur en amont et en aval, connaître les utilisateurs de son produit ou de son service à différents instants de leur vie, connaître le territoire sur lequel on agit. Pas d’économie circulaire sans rapprochement entre acteurs économiques.

Coopérer, parler le même langage, partager ses informations, s’entendre sur les standards. Est-ce possible dans l’environnement concurrentiel dans lequel nous évoluons ? Oui, à condition de faire appel à un tiers de confiance, pour créer et animer un dialogue entre les parties prenantes et tirer le meilleur de leurs pratiques pour le service de tous. Parce qu’il n’a jamais été aussi urgent d’agir de manière coordonnée !

Des certifications existent, pour reconnaître des organisations et des produits plus vertueux et plus circulaires. Des méthodologies aussi. Un premier cadre référentiel est disponible. Les exemples inspirants sont là. Le gouvernement a annoncé 370 millions d’euros de fonds publics supplémentaires pour accélérer la transition vers l’économie circulaire, et la moitié des 30 milliards d’euros du plan France 2030 sont consacrés à la transition écologique. Les forces sont en train de converger. Alors, mettons le coup d’accélérateur et devenons la scale-up nation de l’économie circulaire.

Anne Benady, Responsable environnement et économie circulaire, groupe AFNOR, Auteur de « 100 questions sur l’économie circulaire »

* Baromètre de la consommation responsable Greenflex Ademe 2021

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