Des protéines “ alternatives ” pour sauver la planète

À travers le monde, de plus en plus de consommateurs sont en train de faire évoluer leurs habitudes pour introduire dans leur alimentation des produits à base de protéines d’un nouveau genre, en remplacement de la viande, du poisson, des œufs ou du lait. Ce n’est qu’un début, avant la prochaine étape : la “viande” produite en laboratoire…

Entre 2019 et 2025, le marché mondial des protéines dites “alternatives” devrait croître de 9,5% par an, pour atteindre 17,9 milliards de dollars à cette échéance, selon une étude de l’institut Meticulous Research… La raison de cet engouement ? Une volonté croissante des consommateurs des pays développés de changer leur alimentation afin de réduire, voire remplacer, l’usage de la viande et ses dérivés, en réponse à diverses préoccupations (souffrance animale, enjeux de santé, coût environnemental…).

Un marché qui séduit aussi bien Blackstone que Jay-Z…

Ces protéines “alternatives”, qu’elles soient végétales (pois, lentilles, soja, champignons…) ou moins conventionnelles (insectes), voire totalement artificielles (la “viande de synthèse” produite en laboratoire) partagent un même avantage : une empreinte environnementale plus faible que l’élevage intensif de viande ou de poisson. En effet, selon une étude publiée dans la revue Science, la viande et les produits laitiers sont responsables de 60% des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture mondiale et utilisent plus de 80% des terres agricoles, alors qu’ils ne représentent que 18% des calories alimentaires et 37% des protéines consommées…

Le succès en bourse de Beyond Meat, valorisé 3,8 milliards de dollars lors de son introduction en mai 2019, a largement contribué à attirer les entrepreneurs – et les investisseurs – vers ce secteur. Des centaines de startups se sont lancées au cours des dernières années, ciblant directement les consommateurs ou se concentrant plutôt sur le marché de la restauration collective (restaurants, cantines scolaires et hospitalières, etc.). “Je suis au cœur de la Silicon Valley depuis longtemps et je n’ai jamais vu une industrie qui se développe aussi vite. Pour chaque entreprise à la recherche de financement, il y a deux à trois fonds qui essaient de vous donner de l’argent”, s’étonnait ainsi Lisa Feria, du fonds de capital risque Stray Dog Capital, spécialisé dans la foodtech, lors de la conférence SXSW en 2019. 

Les entrepreneurs sont en effet nombreux à voir dans cette tendance une opportunité sans précédent pour implanter de nouvelles marques alimentaires dans les rayons des supermarchés…. Just., Beyond MeatImpossible FoodsGood CatchAlpro (racheté par Danone dès 2016) sont les acteurs les plus visibles outre-Atlantique, tandis que l’Européen Oatly a su s’imposer sur le marché des laits végétaux avec sa communication décalée. Ce dernier est d’ailleurs désormais valorisé 2 milliards d’euros, après les investissements de BlackstoneJay-ZOprah Winfrey et Natalie Portman annoncés pendant l’été.

Vers du foie gras, du caviar et du saumon fumé de laboratoire…

Le marché est également porté par les promesses de viande, de poisson et de fruits de mer « cellulaires », « produits en laboratoire », « clean », « de culture », « de synthèse » ou « imprimés en 3D »… Autant de termes qualifiant les protéines produites grâce au développement in vitro de cellules animales. Abondamment financées par les investisseurs, des startups comme Memphis MeatsFinless Foods ou Wild Type Foods cherchent ainsi à produire du poisson ou de la viande de synthèse, à partir de la reproduction de cellules-souches. De quoi leur permettre d’obtenir des produits “d’origine animale” sans avoir besoin d’élever du bétail. 

Nous avons déjà du foie gras, du caviar et du saumon fumé de laboratoire…”, détaillait Olivia Fox Cabane à SXSW… Celle-ci édite une cartographie de l’écosystème des “protéines alternatives” qu’elle doit très régulièrement mettre à jour, tellement le marché se développe rapidement. “Ces entreprises utilisent des technologies qui ont été éprouvées dans d’autres domaines, comme la biologie, la médecine ou la pharmacie. Elles trouvent des moyens d’isoler une cellule animale et de la cultiver en laboratoire. Le résultat est un hamburger qui ressemble à un hamburger et qui contient exactement la même chose qu’une viande provenant d’un animal”, explique Dan Altschuler Malek, investisseur chez New Crop Capital, un autre fonds dédié à ce sujet.

Problème : ces protéines animales artificielles restent toujours beaucoup plus coûteuses à produire que la viande conventionnelle : de l’ordre de 12 fois plus, selon CB Insight… Mais en contrepartie, elles nécessitent jusqu’à 5 fois moins d’eau et 100 fois moins d’espace agricole. Elles génèrent aussi en moyenne 4,5 fois moins d’émissions de CO2 : une motivation supplémentaire pour attirer les investisseurs et les consommateurs, d’autant que leur coût de production devrait baisser progressivement. Reste à savoir si les consommateurs seront prêts à passer le pas de la viande artificielle…

Benoit Zante
Journaliste spécialisé dans les sujets de l'innovation, du marketing et de la transformation digitale, Benoit Zante couvre les grands événements technologiques mondiaux pour identifier et analyser les tendances émergentes. Il est aussi l'auteur de "Les défis de la transformation digitale" aux éditions Dunod.

Dernières publications

Foncia, Nexity et le Plan Bâtiment Durable signent un nouvel accord pour la rénovation énergétique des logements

Foncia, Nexity et le Plan Bâtiment Durable avec le Ministère de la Transition écologique ont signé le 24 mars dernier, le second Green Deal pour participer à la rénovation énergétique des logements qui fait...

Nouveau cap pour Hermès dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre

Dans la lignée de son modèle de production artisanale faiblement émetteur de CO2, Hermès a partagé ses nouveaux objectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Validés par l’initiative...

Éco-conception, efficacité énergétique, protection des ressources… des sujets qui gagnent en visibilité au CES de Las Vegas

Chaque année, les organisateurs du CES de Las Vegas remettent une série de prix aux innovations présentées sur le salon, dans 28 catégories : les “Innovation Awards”. Aux côtés des écrans énergivores, des robots et des gadgets connectés, les “greentech” et produits éco-conçus parviennent progressivement à se faire une petite place dans le salon. Zoom sur les innovations récompensées dans ce domaine.

Énergie : bientôt des cerfs-volants générateurs, dans les airs comme en mer

Imaginez un cerf-volant photovoltaïque perché dans les cieux pour récolter l’énergie du soleil. Ou bien son versant hydraulique, un « cerf-volant sous-marin » qui récupère dans un mouvement de looping l’énergie des courants. Il s’agit de deux prototypes en phase de test, qui pourraient bien bousculer les manières dont on produit de l’électricité renouvelable.

HELLO WATT

Hello Watt a été fondée en 2017 par Sylvain Le Fahler et Xavier Coudert, tous deux diplômés de l’Ecole centrale de Paris et par Patrick Rousset, ingénieur en avion civile de formation. Hello Watt se présente comme un conseiller énergie, c’est une plateforme web qui est totalement gratuite pour les utilisateurs. A travers des outils de type comparateur, achats groupés, autoconsommation solaire, rénovation énergétique, la plateforme permet de suivre et de maîtriser ses consommations et ses factures d’énergies