Classement Utopies de l’empreinte carbone des régions françaises

Le think tank et cabinet de conseil Utopies met en avant un classement des émissions de CO2 des régions, en partant de leur consommation domestique, c’est-à-dire en mesurant leur empreinte carbone.

Dans une nouvelle note de position publiée le 27 juin, intitulée L’économie locale : un nouveau levier pour l’action climatique, le think tank et cabinet de conseil Utopies met en avant un classement des émissions de CO2 des régions, en partant de leur consommation domestique, c’est-à-dire en mesurant leur empreinte carbone. « Une métrique essentielle pour développer une nouvelle économie climatique, qui est actuellement dans l’angle mort des stratégies climat des territoires. UTOPIES entend ainsi contribuer au débat public sur les modalités d’un développement économique local à la fois plus résilient et bas-carbone, en détaillant la nature des importations les plus contributrices à l’empreinte carbone de la France et les moyens d’action dont disposent les collectivités territoriales pour les réduire », explique le cabinet de conseil fondé par Elisabeth Laville en 1993 dans un communiqué.

Selon l’étude, les émissions importées représentent près de la moitié (49%) de l’empreinte carbone de la France. De plus, la performance climatique des régions est très variable selon que l’on considère l’empreinte carbone (émissions territoriales + émissions importées – émissions liées aux exportations) ou les émissions territoriales – fonction de l’industrialisation des régions et de leur dépendance aux importations. Par ailleurs, 70% : potentiel de réduction des émissions importées lorsqu’elles sont remplacées par des écosystèmes productifs territoriaux misant sur la décarbonation du mix énergétique, l’efficience énergétique, des synergies industrielles et la réduction des transports.

Grâce à son outil d’analyse du métabolisme territorial LOCANOMICS, Utopies a donc évalué à l’échelle régionale l’empreinte carbone de chaque territoire et les a classés, en prenant en compte et en analysant plusieurs facteurs de variation (niveau de revenu des ménages, intensité carbone du système énergétique local, configuration du tissu économique local). Pour chaque territoire, l’empreinte carbone est constituée des émissions territoriales, desquelles sont retranchées les émissions liées à la production de biens et de services exportés et auxquelles sont ajoutées les émissions liées à la production de biens et de services importées sur le territoire pour y être consommés par les ménages ou les administrations publiques.

En considérant les émissions territoriales, les régions les plus industrialisées telles que l’Auvergne Rhône-Alpes ou les Hauts-de-France, figurent parmi les plus émettrices, à l’inverse de la Corse par exemple. En considérant l’empreinte carbone des territoires, cette perspective est renversée : Le Grand Est, la Bourgogne Franche-Comté et le Centre-Val de Loire, très dépendant des importations, affichent une empreinte carbone supérieure à 9,4 tCO2e/hab.

Le cas particulier de la région Île-de-France

Si elle apparaît comme relativement émettrice en absolu, la configuration de son territoire en fait un modèle permettant de limiter les émissions locales de GES : elle n’émet sur son territoire “que” 3,38 tCO2e/hab, bien loin des 6,78 tCO2e/hab de la moyenne nationale. Ce chiffre s’explique à la fois par le développement d’infrastructures de transport en commun qui réduisent les émissions liées aux déplacements des ménages, et par la nature du tissu économique davantage tourné vers les services. Le territoire est en revanche fortement dépendant des importations et voit son empreinte s’élever à 9,63 tCO2e/hab, avec 78 % de l’empreinte carbone représentée par des importations (décomposés en 35 % provenant du reste de la France, et 43 % provenant de l’étranger)

Focus méthodologique 

La méthodologie d’Utopies : approcher la question climatique par la mesure de l’empreinte carbone conduit à re-questionner le principe selon lequel chaque pays et chaque territoire ne sont responsables que des gaz à effet de serre émis sur leur sol. « Mais, aujourd’hui, les politiques climatiques internationales, européennes, nationales ou plus locales, ne traitent que très peu l’enjeu de l’empreinte carbone, laissant dans l’ombre l’impact des émissions importées. L’industrie manufacturière ne représente plus que 11% de la valeur ajoutée nationale en 2019 – ce qui fait de la France l’un des pays les plus désindustrialisés de l’Union Européenne. La consommation française n’a pas baissé pour autant, si bien que les deux tiers de la valeur des biens manufacturés consommés par les ménages français sont aujourd’hui importés. Les émissions importées représentent aujourd’hui la moitié de l’empreinte carbone de la France : elles sont passées de 39% en 1995 à 49% en 2019 », souligne le cabinet.

Au total, la contribution de la France aux émissions mondiales apparaît donc nettement plus élevée du point de vue de l’empreinte carbone que de celui des émissions territoriales : 618 contre 435 millions de tonnes de CO2, soit 42% de plus. C’est pourquoi, prendre en compte les émissions importées pour calculer l’empreinte carbone des territoires est essentielle pour pouvoir relever le défi de l’atténuation. L’empreinte carbone part de ce qui est, non pas produit, mais consommé dans le pays pour mesurer la totalité des émissions de CO2, en intégrant aussi celles qui ont lieu hors du territoire, le long des chaînes de production internationales.

Pour comprendre l’empreinte carbone de la France et des régions, il est nécessaire de comptabiliser à la fois les émissions émises sur le territoire, à la fois directement par les ménages (principalement par les véhicules et pour le chauffage des logements) mais aussi par les administrations et les entreprises pour répondre à la consommation intérieure (ex : production agricole et transformation industrielle non destinées à l’export) mais aussi les émissions générées hors du territoire, liées aux importations nécessaires pour satisfaire la consommation locale, soit des ménages (par exemple, une automobile provenant d’Allemagne), soit du tissu industriel national (par exemple, de la viande bovine importée des Pays-Bas pour être transformée dans une usine française en sauce bolognaise, qui sera achetée dans un supermarché en France).

Le calcul des émissions directes des ménages et de la production domestique s’appuie sur les inventaires d’émissions de GES nationaux et territoriaux élaborés par le CITEPA et les observatoires régionaux climat-air-énergie. Le modèle d’analyse entrées-sorties LOCANOMICS® développé par Utopies permet de décomposer la consommation nationale et régionale et de déterminer la part d’importations avec les émissions associées, à chaque étape de la chaîne de valeur.

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