Cinq questions sur le bilan de la COP27 à Sami Labat Tahri, consultant chez Carbone 4

Enseignant Energie-Climat à l’ESCP et consultant chez Carbone 4, Sami Labat Tahri répond à nos questions sur les points notables de la COP27 qui à eu lieu du 6 au 18 novembre dernier à Charm el-Cheikh en Egypte.

The Good : L’Union européenne et certains Etats membres vont verser ensemble plus d’un milliard d’euros pour aider l’Afrique à s’adapter au changement climatique : c’est l’une des grandes décisions de cette COP27 qui tend à rééquilibrer les rapports de force entre les pays du Nord et ceux du Sud ?

Sami Labat Tahri : 100 milliards d’euros avaient déjà été prévus auparavant. Ce qui vient d’être décidé cette année correspond à 1% de ce montant. Ceci pose donc la question des financements climat des pays riches envers les pays pauvres : au-delà de ce milliard promis à l’Afrique (qui au passage est très peu par rapport aux pertes que le continent a subi à cause du réchauffement climatique : il se réchauffe d’ailleurs deux fois plus vite que les autres continents), il manque toujours un vrai système de responsabilisation des pays riches.

The Good : Un an après son lancement, la coalition “Beyond oil and gas” (BOGA, au-delà du pétrole et du gaz), l’alliance de pays et territoires favorables à une sortie progressive du pétrole et du gaz peinait à s’élargir, n’ayant recruté à la COP27 que les Fidji et le Chili. Pourquoi les gros pays pollueurs continuent-ils de faire l’autruche malgré l’urgence climatique et comment les contraindre à accélérer leur sortie des énergies fossiles ?

Sami Labat Tahri : Les pays développés font l’autruche en mettant en avant trois arguments : le fait qu’ils ne sont pas responsables (mais les usagers si), que cela appauvrirait leur nation et que cela ne représente « que » 1% des émissions de C02 mondiales. Il ne faut donc pas attendre grand chose des politiques. Pour renverser ce rapport de force, il faut que les citoyens s’approprient le sujet à travers les formations, les écoles et les influenceurs. Car si 25% de la décarbonation se trouvent dans les mains des particuliers, 75% le sont au niveau de la société dans son ensemble (étude carbone 4). Aux citoyens d’en prendre conscience pour exiger des actes politiques forts de celles et ceux qui les représentent.

The Good : AMEA Power, l’une des sociétés d’énergie renouvelable à la croissance la plus rapide au Moyen-Orient, a annoncé lors de la COP27 avoir signé un accord-cadre avec le gouvernement égyptien afin de développer un projet d’hydrogène vert de 1,000 MW, pour produire l’ammoniac vert destiné à l’exportation. L’hydrogène est-il l’énergie renouvelable du futur ou la solution énergétique sobre reste-t-elle le mix énergétique renouvelable ?

Sami Labat Tahri : Toutes les énergies renouvelables ont des qualités et des défauts. L’hydrogène est encore très mal compris. Déjà, il y a différents types d’hydrogène : l’hydrogène vert issu de l’électrolyse de l’eau peut être intéressant mais pas l’hydrogène noir ou marron qui est issu d’énergies fossiles. De plus, l’hydrogène est à utiliser judicieusement pour être vraiment sobre car elle a des usages décarbonant et d’autres non. Par exemple, dans le cas de la voiture à hydrogène, c’est un non-sens d’utiliser de l’hydrogène produit avec de l’électricité pour pouvoir ensuite produire de l’électricité dans la pile à combustible pour faire fonctionner l’automobile. L’hydrogène étant une ressource rare, il vaut mieux s’en servir par exemple pour la pétrochimie pour décarboner l’ammoniaque.

The Good : L’engagement réaffirmé des pays du G20, qui représente 80% des émissions mondiales, à poursuivre les efforts pour limiter le réchauffement à 1,5°C : un vent d’espoir ?

Sami Labat Tahri : Les pays du G20 qui parlent encore de l’objectif du 1,5 degré sont hypocrites et manque d’honnêteté car ils savent que l’on n’y arrivera pas. L’objectif du -2 degré est encore faisable en revanche. J’aurais donc été davantage rassuré par un peu d’honnêteté intellectuelle de leur part pour affirmer cela et se concentrer sur l’objectif 2 degrés.

The Good : Quel est votre sentiment suite aux annonces du 20/1 sur la création d’un fonds dédié pour couvrir les dégâts déjà causés par le changement climatique ?

Sami Labat Tahri : Les pays ont finalement réussi à aboutir à un accord pour la création d’un fond de compensation des dommages du dérèglement climatique pour les pays pauvres. Payer pour réparer les dommages est évidemment une bonne chose, mais on ne peut que souligner le fait que rien n’a été décidé pour justement s’éviter ces dommages : pas de déclaration contraignante pour mettre fin à l’ouverture de nouveaux gisements pétroliers/gaziers dans le monde, pas de mesure forte pour empêcher la déforestation qui détruit des puits de carbone, etc. Bref, une COP de plus sans avancée réelle. La différence c’est qu’au moins cette fois les citoyens ne se sont pas faits d’illusions.

Emilie Kovacs
Emilie Kovacs
Rédactrice en chef de The Good, est tombée dans la marmite du développement durable il y a une dizaine d'année. Cette journaliste d'origine hongroise aime mettre en lumière les acteurs et actions à impact, celles et ceux qui font plutôt que celles et ceux qui disent, les solutions plutôt que les critiques. Eternelle optimiste, elle est convaincue que l'être humain pourra se sortir du pétrin écologique dans lequel il s'est fourré. #Team beurre demi-sel, coquillages et crustacés !

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L’auteur est politologue et conseiller politique. Intellectuel engagé, il enseigne le changement climatique à l’IÉSEG School of Management.

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