Californie : un quartier bientôt entièrement imprimé en 3D

Le projet de la ville de Palm Springs est écologique en matière d’efficacité énergétique et de réduction des déchets du bâtiment. Mais les options piscine, jacuzzi et douche extérieure questionnent la sincérité du projet.

Si la ville du comté de Riverside n’est pas insensible à l’écologie, elle était jusque-là réputée avant toute chose pour son rayonnement LGBTQI+. La création en 1991 du plus gros festival lesbien au monde, le Dinah Shore Weekend, a fait de la ville à palmiers un haut lieu du féminisme. Aujourd’hui, la ville s’engage dans l’environnement et le fait savoir. Sur le site de l’office du tourisme, Palm Springs a annoncé qu’elle s’engageait dans la construction d’un « premier quartier résidentiel entièrement imprimé en 3D » d’ici 2022. Une initiative a priori écologique puisque les 15 maisons seront « à consommation énergétique nette nulle » selon le média américain The Hill. Cela signifie que la quantité d’énergie utilisée par ses maisons 3D sera plus ou moins égale à la quantité d’énergie solaire créée sur le site. C’est du moins ce qu’affirment les responsables du projet, le groupe immobilier Palari et la société de construction Mighty Buildings.

95% d’heures de travail en moins

Les avantages de l’impression 3D sont nombreux. Selon Mighty Buildings, la fabrication modulaire de la 3D favorise l’emploi d’une pierre qui durcit une fois exposée à la lumière UV. Cette fortification naturelle permettrait notamment de fabriquer des maisons deux fois plus rapidement que d’habitude, mais surtout de réduire de 95% la durée de construction puisque l’intervention est très largement automatisée. L’entreprise américaine affirme également que le projet produirait dix fois moins de déchets qu’une construction conventionnelle. Alexey Dubov, cofondateur de Mighty Buildings, annonce dans un communiqué que ce projet « sera le premier déploiement concret de notre vision du futur du logement : des maisons bâties rapidement, à moindre coût et de manière durable ». Une déclaration critiquable si on s’arrête sur les questions d’accessibilité et de durabilité.

Un prix entre 595 000 et 950 000€

Un projet est-il écologique lorsque son accessibilité est réservée aux plus riches ? Les deux entreprises prévoient un budget de 15 millions de dollars pour ce quartier résidentiel en 3D, avec des prix d’achat allant de 600 000€ au million d’euros. À ce prix-là, les propriétaires pourront d’ailleurs installer des batteries Tesla et des chargeurs de véhicules électriques, affirme le média The Hill. Chaque propriété pourra en outre être équipée d’une piscine, d’un jacuzzi et de douches extérieures. Une vision du confort et de la consommation a priori peu compatible avec l’écologie, tant en termes de ressources en eau que de consommation électrique. À l’inverse, au Mexique, un projet de maisons 3D à destination de familles à faibles revenus a été annoncé fin décembre 2019. Une manière d’articuler concrètement écologie et solidarité. En France, la recherche envisage sérieusement l’impression 3D comme un moyen efficace de réduire les déchets de chantiers.

L’impression 3D, le parangon des makers

Expérimentée dès les années 70, la technique de l’impression en 3D a vite été envisagée comme une révolution en ce qu’elle fabrique un objet de manière additive – ajout de couches successives – et non plus de manière soustractive. La démocratisation des imprimantes 3D et leur libre vente dans le milieu des années 2000 ont ouvert la voie à une forme plus aboutie de Do it yourself. Le mouvement maker, des ingénieurs qui fabriquent des outils et des machines avec une logique collective d’apprentissage et des matériaux le plus souvent locaux, ont fait de cette technique leur parangon. Si l’impression 3D se limitait pendant longtemps à la fabrication de petites pièces (clefs, composantes d’avion etc.), elle s’ouvre désormais à des objets de plus grosse taille. Des maisons, mais aussi des drones, des ordinateurs, des robots. Une petite révolution qui s’étend au fur et à mesure à certains secteurs industriels.

Romain Salas
Journaliste. Après une licence de droit à la Sorbonne et un master en médias et communication au CELSA, Romain tombe dans les charmes du journalisme et de l'écriture. Avec un tropisme fort pour l’écologie et la justice sociale, il imprègne dans ses choix éditoriaux un parfum d'engagement à la mesure des urgences de notre temps.

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