Brune Poirson (Accor) : « Le secteur de l’hôtellerie doit mettre le développement durable au coeur de sa stratégie de reprise ».

Malgré la crise qui a frappé le secteur du tourisme, Accor conserve une longueur d’avance en matière de transformation écologique, sociale et solidaire. Le Jury du Grand Prix de la Good Économie a récompensé par deux fois le groupe : dans son engagement contre les violences faites aux femmes et pour la mise en place de ALL heartist fund, venu en aide notamment à ses collaborateurs les plus touchés par le Covid. Rencontre avec Brune Poirson, Directrice du Développement Durable du Groupe.

The Good : Vous êtes arrivée chez Accor au printemps. Quelle est votre feuille de route pour les prochains mois ?

Brune Poirson : La feuille de route qui m’a été fixée par notre PDG Sébastien Bazin est claire : aider à impulser des changements stratégiques afin d’emmener l’entreprise vers un modèle contributif, où nous rendons plus que ce que nous prenons. Nous travaillons déjà à la mise en oeuvre de solutions concrètes qui doivent nous permettre de résoudre des problèmes sociaux et environnementaux plutôt que d’en créer. 

Nos hôtels doivent devenir plus que des lieux utilisés quelques heures par jour, pour y dormir. Ils doivent être au coeur d’écosystèmes locaux où la nourriture que nous offrons à nos clients participe à la régénération de la biodiversité plutôt qu’à sa destruction, où les personnes qui y travaillent se voient offrir des perspectives plutôt que d’être condamnées à un avenir qui ne récompense pas leurs talents, où les bâtiments ne sont pas des passoires thermiques mais des banques de matériaux, où les habitants du quartier viennent y télétravailler plutôt que prendre leurs voitures pour se rendre au bureau. Toutefois, de nombreuses initiatives ont déjà été lancées par le passé et au sein de notre secteur, notre groupe est un moteur de ce changement depuis plusieurs décennies. La mission qui m’a été confiée est donc d’amplifier ce mouvement et transformer notre modèle pour qu’il soit pleinement vertueux.

Cette transformation est attendue par les propriétaires d’hôtels, exigée par un nombre croissant d’investisseurs, encouragée par des changements de régulation, et demandée par nos clients. Aux côtés de mes collègues du Comité Exécutif de l’entreprise, ma mission est donc de leur apporter des réponses tangibles pour que Accor demeure l’entreprise leader de son secteur en matière de performance sociale et environnementale. Le terreau est très fertile : Accor a été une entreprise pionnière en matière de développement durable. Elle a pris le sujet à bras le corps depuis 1998.

The Good : Comment définit-on et déploie-t-on une stratégie RSE à l’échelle internationale au vu de la diversité des problématiques et des enjeux des 110 pays dans lesquels Accor intervient ?

BP : Accor est implantée dans le monde entier et jouit d’une riche diversité d’hôtels, de marques, de salariés, et donc de cultures. Il s’agit d’une véritable force car notre capacité d’action est globale. Mais cela demande une méthode de mise en oeuvre pour maximiser l’impact social et environnemental.

Notre approche est centrée sur quatre grands piliers : l’élévateur social (« people »), la préservation de la biodiversité à travers l’alimentation (« eat »), l’optimisation des ressources naturelles (« stay ») et l’évolution de notre rapport à la communauté dans laquelle se trouve l’hôtel (« explore »). Sur cette base, notre objectif est de définir des « standards » internes ambitieux et qui s’imposent partout dans le monde. C’est par exemple le cas pour la mise en oeuvre d’une stratégie carbone, la lutte contre le plastique à usage unique, ou encore la réduction du gaspillage alimentaire. Ensuite, les pays dans lesquels nous opérons ont la possibilité de choisir un des quatre piliers sur lequel ils veulent faire preuve d’excellence et devenir des locomotives pour le reste du Groupe sur celui qu’ils auront choisi. Enfin, nous voulons transformer la culture de l’entreprise pour que le développement durable devienne l’affaire de tous.

Nos hôtels doivent devenir plus que des lieux utilisés quelques heures par jour, pour y dormir. Ils doivent être au coeur d’écosystèmes locaux

The Good : Deux projets menés par Accor sont récompensés par le Grand Prix de la Good Économie : les actions de lutte contre les violences faites aux femmes et ALL Heartist Fund. En quoi ces projets sont-ils emblématiques de la stratégie RSE de Accor 

BP : Je suis très heureuse que le jury ait distingué ces deux initiatives qui sont représentatives de deux valeurs inhérentes à notre Groupe : l’inclusion et la protection.

Comme le répète souvent Sébastien Bazin, nous sommes un Groupe ouvert sur l’extérieur et dont les hôtels doivent servir d’abris à chacun, d’où qu’il vienne. Parmi les personnes les plus vulnérables en France comme dans le reste du monde, se trouvent les femmes. Nous nous sommes donc engagés dans un projet d’éradication mondiale des violences faites aux femmes, en transformant nos chambres en abris d’urgence pour les femmes victimes de violences durant la crise covid, et en étant à l’initiative de coalitions rassemblant des acteurs privés et publics travaillant à des solutions concrètes pour que ces violences cessent.

Le ALL Heartist Fund – un fonds de solidarité de 70 millions d’euros – a été lancé par Sébastien Bazin, en accord avec le conseil d’administration, dès les premiers jours de la crise covid afin de venir en aide à nos collaborateurs et leurs familles, ainsi qu’aux personnes en première ligne du Covid-19. Nous avons attribué à ce fonds 25 % des dividendes prévus en 2020, soit 70 millions d’euros. Cette somme a permis de jouer le rôle d’assurance et d’amortisseur social pour les  personnes, partout dans le monde, qui ne bénéficiaient pas de mécanismes sociaux suffisamment protecteurs lors de la crise sanitaire. Aujourd’hui ce sont près de 94 000 requêtes qui ont pu bénéficier de près de 30 millions d’euros.

The Good : Accor, comme l’ensemble du secteur touristique, a été largement impactée par la crise. Comment, dans un contexte de crise, faire en sorte que la RSE reste/ soit au coeur des enjeux de l’entreprise ? La crise a-t-elle fait évoluer la stratégie RSE de Accor ?

BP : La crise du covid a accéléré la volonté de voir se mettre en oeuvre concrètement une transition juste, alliant progrès sociaux et environnementaux. Nous sommes au-delà de la prise de conscience qui avait en grande partie eu lieu avant le Covid (je pense par exemple au mouvement lancé par la COP21 ou encore par Greta Thunberg). Nous sommes entrés dans le temps de la mise en oeuvre. Ces questions ne sont plus cantonnées à une direction, celle du développement durable : il y a une volonté de rendre plus durables et inclusives les entreprises. C’est l’ambition de nombreux chefs d’entreprise ; c’est celle de Sébastien Bazin.

Durant des années, le secteur de l’hôtellerie a bénéficié d’une croissance record. La crise du covid l’a forcé à faire une pause brutale. Pour redémarrer, le secteur doit mettre le développement durable au coeur de sa stratégie de reprise. Nous manquons de bras aujourd’hui parce que les conditions de travail étaient parfois trop difficiles et ne permettaient pas aux talents de s’épanouir. Certains des hôtels que nous gérons sont directement menacés par des évènements climatiques extrêmes et l’érosion de la biodiversité en menace l’attractivité. Enfin, si nous voulons continuer à attirer des capitaux, il nous faut mettre au coeur de notre stratégie les questions sociales et environnementales.

Emilie Thiry
Ex publicitaire reconvertie dans la communication corporate en 2011, puis dans la politique en 2015, Emilie est depuis juillet 2020 en charge du consulting et de la diversification des offres d’INfluencia. Elle dirige à ce titre The Good, la plateforme dédiée à la transformation écologique, sociale et solidaire des entreprises et des marques. Elle anime également un séminaire sur le monde de la communication en Master 2 Conseil éditorial à Sorbonne Université. Emilie est diplomée de l’IEP de Strasbourg et ancienne élève du CELSA.

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