Agriculture et alimentation en transition : MiiMOSA fait le point

En 5 ans, MiiMOSA a accompagné 3 500 projets agricoles et agroalimentaires, et ainsi levé plus de 35 millions d’euros. Leader dans le financement participatif de projets dédiés à l’agriculture et l’alimentation durable, cette initiative délivre en cette fin d’année son premier rapport d’impact. L’idée : mieux comprendre les enjeux et impacts des comportements citoyens comme entrepreneurs dans la transition agricole et alimentaire. Rencontre avec Florian Breton, Fondateur de MiiMOSA. 

The Good : Comment se matérialise concrètement la transition agricole ? En quoi l’agriculture et l’alimentation sont-ils au cœur des enjeux de la transition écologique ? Quelles sont les clés manquantes qui permettront à cette industrie de réellement se transformer ?

Florian Breton : La transition agricole a cette vertu de rassembler l’ensemble des grands enjeux de notre siècle : exigence sanitaire, préoccupations environnementales, respect des ressources naturelles, justice économique et sociale, transition alimentaire. Car si l’agriculture est responsable de 20% des émissions de GES, elle représente surtout un formidable levier pour répondre aux enjeux du changement climatique : stocker du carbone et compenser les émissions des autres secteurs, préserver la biodiversité, produire des énergies renouvelables et proposer une alternative crédible aux énergies fossiles…

Chez MiiMOSA, nous sommes convaincus que le financement est l’un des moteurs de ce changement, et qu’il faut en faciliter l’accès pour tous les acteurs de notre alimentation. C’est pourquoi nous souhaitons mettre en relation des porteurs de projet avec des citoyens, désireux d’être acteurs du changement mais aussi des entreprises, soucieuses de faire évoluer leurs modèles. Concrètement, cela signifie accompagner la mise en place de pratiques plus respectueuses du vivant : agro-écologie, agriculture biologique, bientraitance animale, ou encore préservation des sols tout en promouvant un modèle économique plus responsable : valorisation des circuits courts, réduction du gaspillage, juste rémunération de nos agriculteurs…

The Good : Quels sont les chiffres et enseignements clés que vous tirez de ce rapport Mesure D’impact 2020 ? Quels prochains enjeux à venir met-il en lumière ?

F.B. : Les retours d‘expérience sont essentiels, au-delà même des données économiques mesurées, car ils sont les briques les plus structurantes de la démarche entrepreneuriale, comme de la démarche de don et d’investissement. 

En interrogeant les porteurs de projet qui constituent notre communauté, nous faisons le constat que plus de 75% d’entre eux affirment que leur collecte a été déterminante dans la réalisation de leur projet. Ce chiffre met en lumière le rôle fondamental que peut avoir une plateforme de financement participatif. Au-delà de l’apport financier, les porteurs de projet témoignent de retombées positives en termes de communication (75% d’entre eux ont créé une communauté engagée autour de leur projet) mais cela renforce également leur confiance envers l’avenir.

Du côté des citoyens, notre étude confirme une tendance que nous observons depuis quelques années déjà : les Françaises et les Français ont la volonté de recréer du lien avec leur alimentation et de se rapprocher de ceux qui nous nourrissent. Pour cela, le financement participatif apparaît comme un levier d’action concret et accessible pour soutenir des projets porteurs de sens, faisant écho aux valeurs d’une consommation plus responsable : réduction du gaspillage, valorisation des circuits courts, agriculture biologique… 

Face à ces constats, les enjeux pour nous sont immenses. Nous devons continuer notre travail de sensibilisation auprès des citoyens sur les enjeux de la transition agricole, tout en leur donnant les clés pour être acteurs de leur alimentation.

The Good : Au-delà des initiatives locales et indépendantes, observez-vous des changements du côté des gros industriels ? Les pensez-vous capables de repenser leurs modèles ?

F.B. : Depuis les débuts de MiiMOSA, nous avons à cœur d’accompagner toutes les typologies d’acteurs -entreprises, coopératives, associations- à développer leur politique RSE au moyen d’actions concrètes. Nous leur permettons de valoriser leurs engagements en co-finançant des projets qui s’inscrivent dans leur démarche de développement durable. Nous avons par exemple accompagné plus de 150 éleveurs Danone dans la réduction de leur empreinte carbone, dans le cadre d’une collaboration tripartite avec l’institut de l’élevage. Nous travaillons aussi avec les distributeurs ayant à cœur de rendre leurs approvisionnements plus éco-responsables, à l’image de Carrefour dont nous avons financé certains de leurs fournisseurs pour plus de 4 millions d’euros. Notre collaboration avec ce dernier s’inscrit depuis trois ans maintenant dans le cadre du programme Act For Food visant à soutenir les initiatives en faveur du mieux-manger. Mais nous collaborons aussi avec des associations telles que Pour une Agriculture du Vivant, qui encouragent les projets en lien avec l’agro-écologie. Aujourd’hui, nous constatons que de plus en plus d’acteurs -marques, distributeurs, banques, coopératives- souhaitent illustrer leurs engagements directement sur le terrain, en passant des paroles aux actes. Ces derniers font appel à MiiMOSA pour aller plus loin que de simples actions de communication, en modifiant durablement leurs circuits d’approvisionnement.

The Good : En tant que leader en financement participatif dédié à l’agriculture et l’alimentation, quels obstacles et opportunités avez-vous rencontrés en développant votre offre ?

F.B. : MiiMOSA s’est toujours développé de manière collaborative en s’appuyant sur les institutions existantes pour faire connaître ce mode de financement innovant au secteur agricole et alimentaire. Nous avons ainsi toujours travaillé avec les chambres consulaires, associations, syndicats, banques, experts-comptables, collectivités territoriales, etc. Nous collaborons avec ces différents partenaires de multiples façons, notamment en dispensant des formations sur le financement participatif ou en organisant des appels à projets communs. Ces guichets territoriaux pour les agriculteurs redirigent ainsi de nombreux projets vers nous pour un accompagnement financier via un expert du crowdfunding agricole, de même que MiiMOSA invite les porteurs de projets qui viennent sur la plateforme à se faire accompagner par des structures complémentaires sur d’autres aspects de leur projet (comptable, technique, etc.).

Si les banques ont pu nous considérer comme un acteur concurrent au départ, elles sont aujourd’hui nombreuses à chercher à co-accompagner des dossiers avec la plateforme, cherchant ainsi à partager le risque, renforcer la visibilité et la notoriété du projet, assurer son développement commercial, etc. Ainsi, sur MiiMOSA, 8 projets sur 10 sont co-financés par des banques. MiiMOSA a des vertus qui sont inégalables par les banques, au regard de la taille de leur structure et la pression réglementaire qui s’est renforcée depuis la crise de 2008. Ainsi, co-financer un projet avec notre entreprise, c’est aussi apporter de la flexibilité aux clients finaux. En somme, nous ne révolutionnons pas le financement de l’agriculture tout seul.

The Good : Sur quelle grille d’évaluation vous basez-vous pour choisir les projets que vous soutenez ?  

F.B. : Concrètement, chaque projet agricole doit être au service de la transition agricole et/ou économique de l’exploitation via l’amélioration de ses modes de production ou grâce à la diversification de son modèle économique. Dans le cadre d’un projet alimentaire, nous accompagnons des projets au service de la transition alimentaire (développement du circuit-court, d’une consommation responsable, du vrac, réduction du gaspillage…). Par exemple, un restaurant peut être accompagné par MiiMOSA si le sourcing de produits est réalisé auprès d’agriculteurs en local. 

Nous portons également une attention toute particulière à notre offre de prêt participatif. Nous recevons de nombreux projets, mais avant de le proposer sur notre plateforme, notre équipe d’analystes examine en détail chacun des dossiers. Environ 6% des projets proposés sont validés et ensuite publiés. Nous sommes extrêmement vigilants pour proposer à nos épargnants des investissements qui correspondent à leur profil. Chaque projet est présenté à un Comité d’investissement (composé des membres de la Direction de MiiMOSA, de l’équipe crédits et risques et de d’experts externes), qui valide ou non la qualité du projet et donc sa mise en ligne. Lors de l’analyse des projets, la question des impacts positifs du projet est aussi essentielle que celle de sa viabilité économique. Ainsi, notre mesure d’impact révèle que près de 90% de nos investisseurs choisissent MiiMOSA car, par ce biais, ils ont le sentiment d’avoir un impact concret dans la transition agricole et alimentaire. 

The Good : Parmi les 3 500 projets agricoles et agroalimentaires responsables que vous avez jusqu’à présent portés, lequel fait particulièrement votre fierté ? Pourquoi ?

F.B. : Tous les projets accompagnés sont pour nous une source de fierté, car chacun d’entre eux participe, à son échelle, aux transitions de notre modèle agricole et alimentaire.

Si je dois retenir une collecte marquante cette année, j’aimerais mettre en lumière l’accompagnement par nos équipes de l’entreprise Velcorex dans le projet de réhabilitation d’une filature de lin en France. En levant 800 000€ sur la plateforme, l’entreprise a pu financer le recrutement de la main-d’œuvre ainsi que du matériel nécessaire à la maîtrise du processus de filature, évitant ainsi la délocalisation de l’activité. En parallèle, nous avons accompagné l’un de leurs agriculteurs fournisseurs dans l’amélioration de ses pratiques agricoles – certification HVE et passage en zéro pesticides. Cela montre que MiiMOSA peut jouer un rôle dans la mise en avant d’une filière en apportant du soutien aussi bien au transformateur qu’à l’agriculteur. 

J’aimerais aussi mentionner le bel élan collectif porté au printemps dernier, lors des débuts de la crise sanitaire, par le Collectif Solidaire, une association dont fait partie MiiMOSA aux côtés d’une dizaine de start-ups engagées (Phenix, Geev, Josette, Rutabago..). Grâce au soutien de 2 000 citoyens, plus de 150 000€ ont été récoltés permettant de distribuer 110 000 repas à nos soignants, particulièrement touchés par cette période difficile.

The Good : Au regard de ce premier bilan d’expérience, quels sont vos objectifs concrets pour la suite ?

F.B. : Les résultats de cette première mesure d’impact démontrent les multiples impacts de notre action et nous confortent dans notre vision – accélérer la transition agricole pour répondre aux principaux enjeux du 21ème siècle. A ce jour, nous avons accompagné 3 500 projets ce qui représente 35 millions d’euros d’investissements. Dès lors, grâce à notre communauté grandissante et à nos partenaires, nous avons l’ambition et la responsabilité de mettre à l’échelle MiiMOSA. Nous travaillons actuellement à la création du premier fonds de dette dédié à la transition agricole. Ce dernier, doté de 50 millions d’euros, verra le jour début 2021 et aura pour vocation de co-financer toutes les collectes en crédit supérieures à 100 000 euros. Ainsi, de manière très simple et rapide (moins d’une semaine), MiiMOSA sera en capacité de financer des projets allant de quelques centaines de milliers d’euros à plusieurs millions d’euros. S’en suivront d’autres fonds pour ainsi apporter près d’un demi-milliard d’euros à la transition de la thématique durant les 4 prochaines années.

Camille Lingre
Journaliste, ex rédac chef de The Good. Diplômée d’un Master en communication et journalisme, elle commence en agence de publicité chez DDB Paris puis intègre la rédaction d’INfluencia en 2017 et passe rédactrice en chef de The Good à son lanncement. Passionnée de littérature et engagée dans les luttes pour la justice sociale et la reconnaissance des minorités, elle est quitte en mai 2021 sa fonction de rédactrice en chef pour se consacrer au lancement de sa librairie.

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